Depuis octobre 2023, l’escalade des affrontements militaires au sud du Liban a ajouté un fardeau considérable à une économie déjà gravement affaiblie. Les affrontements avec Israël ont entraîné des destructions massives d’infrastructures, des déplacements de population et une perturbation profonde de l’activité économique, notamment dans les secteurs du tourisme, de l’agriculture, et de la consommation interne.
Baisse du PIB et contraction économique
Le rapport souligne que le PIB réel du Liban a enregistré une contraction de 0,8 % en 2023, exacerbée par une réduction des recettes touristiques suite à une forte baisse des arrivées de touristes après le troisième trimestre. Avant l’intensification du conflit en septembre 2024, le PIB devait se contracter de 1 % en 2024, mais l’aggravation des combats et la destruction généralisée devraient entraîner une récession beaucoup plus prononcée, dont l’ampleur reste encore difficile à évaluer.
Conséquences sur le secteur touristique et agricole
Le secteur touristique, qui était l’un des rares piliers de la croissance libanaise, a subi un choc important. Avant la montée des violences, les revenus du tourisme avaient enregistré une légère reprise au cours des neuf premiers mois de 2023. Cependant, la reprise a été interrompue par la guerre, réduisant fortement les recettes dans le secteur. Le Sud du Liban, une région clé pour le tourisme rural et écologique, a été gravement touché, aggravant les pertes économiques.
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Le secteur agricole a également subi de plein fouet les conséquences du conflit. Des centaines de foyers ont perdu leurs moyens de subsistance dans les gouvernorats du Sud et de Nabatiyeh, tandis que les infrastructures agricoles ont été détruites, aggravant l’insécurité alimentaire. Le rapport indique que les conflits ont provoqué une réduction massive des rendements, contribuant ainsi à une diminution de 1 % de la production agricole en 2024.
Inflation et dépréciation monétaire : un contexte de crise prolongée
Le Liban a connu une hyperinflation en 2023, avec un taux atteignant 221,3 %, principalement en raison de la forte dépréciation de la livre libanaise au premier semestre. La stabilisation du taux de change à 89 500 LBP pour un dollar US depuis juillet 2023 a apporté un certain répit, avec une réduction de l’inflation à 45,7 % attendue en 2024, sous réserve de la poursuite de cette stabilité monétaire.
Le tableau suivant résume les indicateurs macroéconomiques clés pour le Liban en 2024 :
| Indicateur Macroéconomique | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 (prévision) |
|---|---|---|---|---|
| Croissance du PIB réel (%) | -7,0 | -0,6 | -0,8 | -1,0 |
| Consommation privée (%) | 2,1 | 2,3 | 0,2 | -0,6 |
| Inflation (CPI) (%) | 150,0 | 171,2 | 221,3 | 45,7 |
| Balance courante (% du PIB) | -14,7 | -34,6 | -28,1 | -20,0 |
| Solde budgétaire (% du PIB) | 0,9 | -2,9 | 0,5 | 0,2 |
| Dette publique (% du PIB) | 172,5 | 179,7 | 179,7 | 142,0 |
Les projections de la Banque mondiale montrent que, malgré les efforts de stabilisation monétaire, le pouvoir d’achat des ménages reste sévèrement érodé. L’inflation des produits de base, en particulier des denrées alimentaires, a continué à peser sur les classes moyennes et pauvres, malgré un ralentissement global de la hausse des prix en 2024.
Déficit de la balance courante et réduction des investissements
Le déficit de la balance courante du Liban reste élevé, bien qu’il ait légèrement diminué pour atteindre 28,1 % du PIB en 2023, contre 34,6 % en 2022. Ce déficit est principalement attribué au déséquilibre des échanges de biens, les importations demeurant largement supérieures aux exportations, tandis que le commerce des services, historiquement un point fort, a été gravement affecté par la chute du tourisme.
Le flux net d’investissements directs étrangers (IDE) a également reculé, atteignant 1,2 % du PIB en 2024, signalant une perte de confiance des investisseurs étrangers dans la capacité du Liban à stabiliser son environnement économique et politique. Les investisseurs hésitent à injecter des capitaux dans une économie marquée par des tensions persistantes et un cadre institutionnel paralysé.
Réformes budgétaires : une stabilisation fragile
Le Liban a cependant réussi à stabiliser temporairement son budget. Le surplus budgétaire de 0,5 % du PIB en 2023devrait se prolonger en 2024, grâce à une meilleure collecte des taxes et à des restrictions des dépenses publiques, selon le MPO. Cependant, le rapport met en garde contre l’accumulation d’arriérés et la nécessité de réformer en profondeur les finances publiques pour éviter une déstabilisation à long terme.
Le taux de dette publique devrait connaître une baisse relative, passant de 179,7 % du PIB en 2023 à 142 % en 2024, en grande partie grâce aux efforts de stabilisation monétaire et aux réformes fiscales mineures. Toutefois, cette amélioration reste fragile et dépend de la capacité du pays à maintenir l’ordre budgétaire et à mobiliser des ressources supplémentaires, notamment via des prêts bilatéraux et multilatéraux.
Perspectives économiques et scénarios pour 2024
L’économie libanaise reste à un tournant critique. Bien que certaines mesures de stabilisation aient montré des signes d’amélioration en 2023, le conflit en cours et l’instabilité politique freinent les perspectives de reprise à court terme. Avant l’escalade militaire de septembre 2024, les prévisions de contraction du PIB pour 2024 étaient limitées à 1 %, mais l’intensification des hostilités pourrait plonger l’économie dans une récession beaucoup plus sévère.
La Banque mondiale souligne que l’inflation devrait décélérer à un taux moyen de 45,7 % en 2024, à condition que la stabilité du taux de change soit maintenue. De plus, l’impact de la dollarisation croissante de l’économie risque d’amplifier les inégalités, les ménages pauvres et ceux ayant des revenus en livres libanaises étant les plus durement touchés.
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