Un système gangrené par la corruption
Le Liban est classé parmi les pays les plus corrompus au monde selon plusieurs indicateurs internationaux. La corruption touche tous les niveaux de la société, des institutions étatiques aux secteurs privés, engendrant une méfiance généralisée envers l’État. Les détournements de fonds publics, le favoritisme et la faiblesse des mécanismes de contrôle ont exacerbé la crise économique et sociale. La Banque mondiale estime que plus de 10 milliards de dollars ont été perdus en raison de la mauvaise gestion et des détournements au cours de la dernière décennie. Ces pratiques ont également empêché l’arrivée d’investissements étrangers indispensables pour relancer l’économie. Des exemples récents illustrent cette corruption systémique. L’affaire de l’explosion du port de Beyrouth en 2020 a révélé une chaîne de négligences et de détournements de fonds concernant l’entretien des infrastructures portuaires. Par ailleurs, la gestion des subventions énergétiques a été marquée par des abus, où des milliards de dollars ont été dilapidés dans un système opaque favorisant certaines élites.
Les efforts réformistes freinés par les divisions politiques
Malgré des appels constants pour une lutte sérieuse contre la corruption, les réformes sont entravées par les divisions entre les blocs parlementaires. Les projets de loi visant à renforcer la transparence, comme la création d’une Cour spéciale pour juger les affaires de corruption ou l’adoption d’un budget transparent, ont été bloqués à plusieurs reprises par des partis cherchant à protéger leurs propres intérêts. L’absence de consensus politique freine également la mise en œuvre des recommandations internationales, notamment celles exigées par le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre d’un éventuel plan de sauvetage. Les récents efforts pour mener des audits indépendants des comptes publics ont été confrontés à des obstacles juridiques et administratifs. Les institutions concernées, comme la Banque du Liban, ont été accusées de manquer de coopération, ce qui a conduit à un retard prolongé dans les réformes structurelles. De plus, les blocages sont souvent aggravés par des considérations confessionnelles, chaque groupe cherchant à protéger ses propres intérêts au détriment de l’intérêt national.
Le rôle de la société civile dans la lutte contre la corruption
Face à l’inaction des élites politiques, la société civile libanaise joue un rôle actif dans la lutte contre la corruption. Les manifestations de 2019 ont été marquées par des revendications claires pour la transparence, la responsabilité et la fin de l’impunité. Plusieurs ONG locales et internationales surveillent activement les dépenses publiques, dénoncent les irrégularités et sensibilisent la population à l’importance de la bonne gouvernance. Des initiatives comme l’accès aux informations publiques, désormais garanti par une loi adoptée en 2017, permettent à des journalistes et militants d’enquêter sur les abus de pouvoir. Des enquêtes récentes ont permis de révéler des détournements massifs dans des contrats publics, notamment dans les secteurs des infrastructures et de l’énergie. Cependant, les menaces et intimidations à l’encontre de ceux qui dénoncent la corruption restent fréquentes, limitant l’impact de ces actions.
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Le FMI et la communauté internationale : catalyseurs de réforme ?
La communauté internationale exerce une pression importante sur le Liban pour engager des réformes sérieuses en matière de transparence. Les pays donateurs, réunis dans le cadre de la conférence CEDRE en 2018, ont conditionné l’octroi de financements à la mise en œuvre de réformes structurelles. Cependant, ces engagements restent en grande partie non tenus. Le FMI a également posé des conditions strictes, notamment la restructuration du secteur bancaire, la modernisation des mécanismes de contrôle des dépenses publiques et l’audit des comptes de la Banque du Liban. Un rapport récent estime que les réformes anti-corruption pourraient rapporter environ 5 milliards de dollars par an à l’État libanais, notamment en réduisant l’évasion fiscale et en révisant les subventions inefficaces. Cependant, ces mesures nécessitent une volonté politique et des institutions judiciaires indépendantes, deux éléments qui font actuellement défaut.
Les obstacles structurels et institutionnels
La corruption au Liban est renforcée par des structures politiques et administratives qui favorisent les intérêts confessionnels et partisans. Le système de partage du pouvoir entre les différentes communautés religieuses contribue à la fragmentation des institutions, ce qui rend difficile la mise en œuvre de politiques coordonnées. Les nominations basées sur le clientélisme, plutôt que sur la compétence, affaiblissent l’efficacité des administrations publiques. De plus, l’absence d’indépendance judiciaire empêche les enquêtes sur les affaires de corruption de progresser. Les responsables politiques impliqués dans des scandales utilisent souvent leur influence pour échapper aux poursuites. L’absence de mécanismes de protection pour les lanceurs d’alerte aggrave cette situation. À cela s’ajoute la faiblesse des systèmes numériques de gestion publique, ce qui complique encore davantage la traçabilité des fonds.
Les opportunités pour un renouveau
Malgré les nombreux obstacles, des opportunités existent pour transformer le système. La pression populaire, combinée au besoin urgent d’un soutien international, offre une fenêtre de tir pour les réformistes. L’adoption de lois clés, telles que celles sur la déclaration de patrimoine et le renforcement des audits publics, pourrait constituer un premier pas vers la restauration de la confiance des citoyens. L’utilisation accrue des technologies numériques pour surveiller les dépenses publiques et renforcer la transparence offre également un potentiel important. Par exemple, la mise en place d’un système numérique centralisé pour la gestion des contrats publics pourrait réduire considérablement les risques de corruption. Enfin, des initiatives internationales, comme celles de la Banque mondiale, peuvent fournir une expertise technique et un soutien financier pour moderniser les institutions libanaises.



