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La note souveraine du Liban maintenue à « C » par Moody’s : un signal d’échec persistant de la restructuration de la dette

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Le Liban reste classé dans la catégorie la plus risquée, sans perspective d’amélioration à moyen terme

L’agence de notation Moody’s Investors Service a reconduit en avril 2025 la note souveraine du Liban à « C », le niveau le plus bas de son échelle de solvabilité. Cette note confirme le statut de défaut partiel et prolongé de l’État libanais, qui n’a pas procédé à un règlement structuré de sa dette extérieure depuis sa première suspension de paiement en mars 2020. La note est accompagnée d’une perspective « stable », c’est-à-dire sans espoir d’amélioration tant qu’aucune réforme de gouvernance, de politique fiscale ou de restructuration bancaire n’aura été engagée.

Cette notation reflète une absence complète de crédibilité financière, combinée à une incapacité politique à produire un plan économique cohérent. En l’absence d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) et de toute loi de restructuration bancaire ou budgétaire, le Liban reste exclu des marchés de capitaux internationaux, incapable d’émettre, d’emprunter ou de refinancer sa dette.

Une dette souveraine en suspension juridique et comptable

Depuis 2020, aucun plan formel de restructuration n’a été validé, ni par le Parlement, ni par les créanciers privés. Le stock de dette en devises, estimé à 31 milliards USD, est techniquement impayé mais juridiquement non traité. Les euro-obligations libanaises (Eurobonds) continuent de s’échanger sur le marché secondaire à des taux de décote de 85 à 92 %, ce qui indique que les investisseurs considèrent l’État comme insolvable à long terme.

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Les autorités publiques ont abandonné tout effort de communication avec les détenteurs de titres étrangers. Aucun calendrier de négociation, ni mandat officiel, ni comité de coordination n’a été activé depuis l’été 2022. En conséquence, la dette libanaise est aujourd’hui suspendue dans un vide juridique, sans reconnaissance formelle de défaut total, mais sans intention de paiement.

Tableau – Notation souveraine du Liban par Moody’s (2020–2025)

AnnéeNote attribuéeÉvolutionPerspective
2020Caa2Négative
2021CaNégative
2022CStable
2023CStable
2024CStable
2025CStable

Incapacité de l’État à produire un plan crédible

Le maintien de cette note « C » traduit une défaillance systémique de la gouvernance. Depuis cinq ans, aucun budget de l’État n’a été voté à temps, les comptes publics n’ont pas été audités ni certifiés, et le ministère des Finances continue de publier des chiffres incompatibles entre eux (solde primaire, dette brute, dépenses par ministère).

L’ensemble du processus de gestion budgétaire est hors normes internationales, empêchant tout engagement crédible auprès d’organisations telles que le FMI, la Banque mondiale ou la Banque européenne d’investissement. L’absence d’un audit formel de la Banque du Liban (BDL) et des comptes des ministères de tutelle empêche toute lecture consolidée de la solvabilité de l’État.

Des actifs publics non mobilisés, un passif en expansion

Alors que la dette en devises reste gelée, les engagements en livres libanaises (paiement des fonctionnaires, retraites, subventions, pensions militaires) continuent de croître sans couverture. En l’absence d’accord budgétaire, l’État finance son fonctionnement par la création monétaire indirecte, via des avances de la BDL, elle-même en déficit.

Les actifs publics (terrains, foncier maritime, parts dans les entreprises publiques, droits de douane et taxes à venir) ne sont ni évalués ni utilisés dans le cadre d’un plan de remboursement structuré. Les rares discussions menées en 2021 sur la création d’un fonds souverain de restructuration ont été abandonnées. L’État libanais ne dispose d’aucun mécanisme de gestion de ses engagements futurs.

Une dette souveraine sans horizon de sortie

Aucun acteur institutionnel n’envisage une amélioration de la note à court ou moyen terme. Pour Moody’s, le maintien d’une note “C” sur une longue période est exceptionnel, mais justifié ici par l’absence totale de mesures correctrices. Dans d’autres pays en défaut (Argentine, Ghana, Zambie), des mécanismes de restructuration ont été mis en place dans les deux années suivant le défaut. Le Liban, lui, entre dans sa cinquième année de défaut sans plan.

Ce blocage a pour effet direct de maintenir l’économie libanaise dans un régime de survie en dollarisation informelle, sans accès au crédit, à l’investissement international, ni à l’aide budgétaire multilatérale. Le système bancaire, également en défaut implicite, est incapable de canaliser l’épargne locale ou d’amorcer une relance.

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Newsdesk Libnanews
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