mardi, février 24, 2026

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La réintégration judiciaire d’un élève à l’International College de Beyrouth soulève des questions sur la discipline scolaire

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Dans un contexte libanais marqué par des tensions sociales persistantes et une polarisation accrue autour des questions éducatives, l’affaire impliquant Malek Hamad, un élève de 16 ans scolarisé à l’International College (IC) de Beyrouth, a récemment fait l’objet d’une décision judiciaire notable. Le 8 janvier 2026, la juge des référés de Beyrouth, Racha Hteit, a ordonné la réintégration immédiate de cet adolescent, renvoyé par son établissement en novembre précédent suite à une agression filmée et diffusée sur les réseaux sociaux. Cette ordonnance, rendue à la suite d’un recours déposé par la famille via l’avocat Marc Habka, met en lumière les enjeux du droit à l’éducation face aux sanctions disciplinaires dans les écoles privées libanaises, un secteur vital pour le système éducatif du pays.

L’incident au cœur de la controverse

L’affaire remonte au mois de novembre 2025, lorsqu’une vidéo circulant sur les réseaux sociaux a montré Malek Hamad en train d’agresser violemment un jeune Syrien âgé de 23 ans dans une rue du quartier de Zeitouné, à Beyrouth. Selon un communiqué des Forces de sécurité intérieure (FSI) daté du 10 novembre 2025, l’agression aurait été précédée d’une altercation où le Syrien aurait d’abord agressé l’adolescent. La séquence, largement partagée, capture Malek Hamad assénant des coups, encouragé par un adulte identifié comme le garde du corps de son père, Bilal Hamad. Ce dernier, conseiller de l’ancien Premier ministre Najib Mikati, a rapidement réagi par un communiqué condamnant l’acte et appelant à l’arrestation du garde du corps, qui a effectivement été interpellé.

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L’International College, une institution centenaire réputée pour son excellence académique et son programme bilingue, a réagi avec fermeté. Dans un communiqué, l’école a qualifié l’acte de « répréhensible » et a prononcé un renvoi définitif contre Malek Hamad, invoquant des violations graves de son règlement intérieur. Au-delà de l’agression elle-même, l’établissement a relevé une menace proférée par l’élève à l’encontre d’un étudiant d’une autre école, l’American Community School (ACS), qui avait publiquement qualifié l’incident d’« inhumain ». Le règlement de l’IC stipule que de telles mesures d’exclusion ne peuvent être appliquées qu’à la fin de l’année scolaire, et uniquement dans des cas exceptionnels, après une procédure disciplinaire.

La procédure scolaire interne

Avant de prononcer le renvoi, l’administration de l’IC a procédé à une enquête. Malek Hamad a été entendu par téléphone en présence de sa mère, un entretien décrit comme bref, durant quelques minutes seulement. L’adolescent y a affirmé s’être défendu contre une agression préalable. Une réunion subséquente, d’une heure environ, s’est tenue le 14 novembre 2025 avec le président de l’école, Tobin Wait, et la mère de l’élève. Celle-ci a expliqué le contexte de l’incident et exprimé les remords de son fils. Cependant, cette rencontre intervenait après la notification de l’exclusion, ce qui a été perçu comme une formalité plutôt qu’une véritable opportunité de défense.

Les rapports scolaires des deux dernières années dépeignent Malek Hamad comme un élève exemplaire, « aimable et respectueux », avec d’excellents résultats académiques. La mère avait sollicité un rendez-vous avec la direction avant toute sanction, mais l’école a maintenu sa position, arguant de la gravité des faits et de leur impact sur la réputation de l’institution.

Le recours judiciaire et la décision de la juge

Face à cette exclusion, la famille Hamad a saisi la justice. Le 27 novembre 2025, l’avocat Marc Habka, spécialiste des litiges éducatifs, a déposé un recours devant le tribunal des référés de Beyrouth. La juge Racha Hteit, connue pour ses décisions en matière de droits des mineurs, a examiné l’affaire et rendu son verdict le 8 janvier 2026. Elle a enjoint l’IC à réintégrer immédiatement Malek Hamad pour qu’il puisse poursuivre sa scolarité, sous peine d’une astreinte de 50 millions de livres libanaises (environ 550 dollars) par jour de retard.

La motivation du jugement repose sur le caractère fondamental du droit à l’éducation, protégé par le droit international, notamment l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi que par les lois libanaises relatives à la protection des mineurs. La juge a souligné que toute atteinte à ce droit peut justifier un recours judiciaire, et que l’exclusion risque de compromettre irrémédiablement l’avenir de l’élève. Elle a critiqué la procédure scolaire, estimant que l’entretien téléphonique n’offrait pas une défense adéquate et que la réunion postérieure n’était pas une audition formelle. « Toute atteinte à ce droit peut constituer un sujet de recours auprès des tribunaux », a-t-elle indiqué dans son arrêt.

Malek Hamad a repris les cours dès le lendemain, le 9 janvier 2026, marquant une victoire rapide pour la partie plaignante.

Les liens familiaux et leur influence potentielle

L’affaire n’est pas dépourvue de connotations politiques. Bilal Hamad, père de Malek, occupe le poste de conseiller auprès de Najib Mikati, figure sunnite influente et ancien Premier ministre. M. Mikati, qui a formé un gouvernement en 2021 et a été reconduit dans des rôles consultatifs après les élections de 2022, a publiquement condamné l’agression et exigé l’arrestation du garde du corps impliqué. Ce dernier, employé par Bilal Hamad, travaillait pour une société de sécurité privée, une pratique courante parmi les élites libanaises dans un pays marqué par l’instabilité sécuritaire depuis la crise de 2019.

Bien que rien n’indique une ingérence directe, la proximité avec des cercles politiques soulève des interrogations sur l’équité des procédures. Le Liban, où le clientélisme et les réseaux confessionnels influencent souvent les décisions administratives et judiciaires, voit régulièrement des affaires similaires impliquant des familles influentes. Najib Mikati, originaire de Tripoli et impliqué dans des initiatives éducatives via sa fondation, n’a pas commenté publiquement le volet judiciaire.

Les réactions de l’école et des acteurs éducatifs

Les avocats de l’IC, Nadim Abboud et Tatiana Hamiyé, ont déclaré respecter la décision judiciaire et se soumettre à la loi. L’école dispose d’une semaine pour interjeter appel, une option qu’elle envisage selon des sources internes. Un avocat spécialisé en droit éducatif, sous couvert d’anonymat, a critiqué le jugement comme une ingérence excessive dans l’autonomie des établissements privés, notant l’absence de loi explicite interdisant les exclusions définitives.

Me Habka, de son côté, s’est félicité de l’arrêt, le qualifiant de reconnaissance du droit à l’éducation comme « essentiel » et du principe de défense pour les élèves. « Cette décision consacre la scolarité comme un droit fondamental et renforce le droit de l’élève à se défendre avant toute sanction », a-t-il déclaré.

Le contexte éducatif libanais

Cette affaire s’inscrit dans un paysage éducatif fragilisé par la crise économique et les défis post-pandémie. Les écoles privées comme l’IC accueillent une grande partie des élèves libanais, avec plus de 70 % des inscriptions selon les données du ministère de l’Éducation pour l’année 2025-2026. Les incidents de violence, en hausse de 25 % entre 2023 et 2025 d’après le Centre de recherche éducative et de développement (CERD), reflètent les tensions sociales exacerbées par l’inflation et la précarité.

Les implications immédiates de l’affaire

Depuis la réintégration de Malek Hamad le 9 janvier 2026, l’IC a renforcé ses mesures de surveillance interne pour prévenir d’éventuelles tensions. L’enquête policière sur l’agression initiale se poursuit, avec des auditions en cours au commissariat de Beyrouth. Le jeune Syrien agressé a reçu des soins pour ses blessures, et des charges pour voies de fait pourraient être retenues contre Malek Hamad et le garde du corps. Des associations de parents d’élèves, comme l’Union des parents d’élèves du Liban (UPEL), ont appelé à des protocoles plus clairs pour gérer les exclusions, citant une augmentation des recours judiciaires similaires, avec plus de 60 % aboutissant à des réintégrations entre 2020 et 2025.

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