L’affaire Riad Salamé, ancien gouverneur de la Banque du Liban, constitue l’un des plus grands scandales financiers de l’histoire du pays. Accusé de détournement de fonds, de blanchiment d’argent et d’enrichissement illicite, Salamé fait l’objet d’enquêtes judiciaires non seulement au Liban, mais aussi en Europe et aux États-Unis. Cette affaire met en lumière la faillite du système bancaire libanais et les liens entre les élites politiques et les institutions financières internationales.
Un parcours controversé
Riad Salamé a dirigé la Banque du Liban pendant près de 30 ans, ayant été nommé gouverneur en 1993 sous le mandat du Premier ministre Rafic Hariri. Pendant des décennies, il a été présenté comme l’homme qui garantissait la stabilité financière du Liban, jouant un rôle central dans le maintien de la confiance des investisseurs et de la diaspora libanaise. Sous son autorité, le système bancaire libanais a attiré des milliards de dollars, notamment grâce à des politiques de taux d’intérêt élevés qui ont encouragé les dépôts en devises étrangères. Il a conçu un système financier basé sur des incitations alléchantes pour attirer les capitaux, tout en maintenant une parité artificielle entre la livre libanaise et le dollar américain, qui est restée fixe à 1 507,5 LL/USD pendant plus de deux décennies.
Pendant longtemps, Salamé a bénéficié d’une image de technocrate compétent, régulièrement salué par les institutions internationales pour sa gestion des finances publiques. Le modèle qu’il a défendu reposait sur une politique monétaire qui visait à rassurer les marchés et à éviter une fuite des capitaux. Ses choix économiques ont contribué à positionner le Liban comme un centre bancaire régional, attirant des dépôts étrangers et assurant la liquidité du système financier. En parallèle, la Banque du Liban a accumulé des réserves importantes en devises, renforçant encore la perception d’une économie stable et résistante aux chocs extérieurs. À plusieurs reprises, il a été récompensé par des magazines financiers internationaux et perçu comme un garant de la stabilité du pays, même dans les périodes les plus difficiles, comme après l’assassinat de Rafic Hariri en 2005 et durant la guerre de 2006 entre le Hezbollah et Israël.
Cependant, ce modèle économique s’est révélé insoutenable et reposait en grande partie sur un schéma de financement proche d’un système de Ponzi. Le secteur bancaire fonctionnait sur un équilibre fragile entre les entrées de capitaux et le paiement des intérêts exorbitants sur les dépôts. Pour maintenir la stabilité de la monnaie et financer les déficits de l’État, la Banque du Liban a mis en place des opérations de « financial engineering » à partir de 2016, où elle offrait des rendements très élevés aux banques locales pour qu’elles lui fournissent des liquidités en dollars. Cette pratique a permis de retarder la crise mais a accentué la dépendance du pays à des flux continus de nouveaux dépôts.
Lire la suite



