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L’agriculture, levier discret de résilience économique et sociale au Liban

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Le retour stratégique du soutien agricole dans le Sud libanais

Dans un contexte de crise économique profonde, le secteur agricole libanais connaît un regain d’intérêt, notamment dans les régions méridionales du pays. Les surfaces cultivées en oliviers, blé et tabac sont en nette augmentation, en particulier à Jezzine, Nabatieh et Marjeyoun. Ce redéploiement agricole repose sur une série de soutiens articulés autour de l’action du ministère de l’Agriculture, de l’engagement d’ONG locales et du concours de donateurs internationaux.

Le ministère a accordé des subventions ciblées pour encourager la mise en culture de terres jusque-là en friche, avec un accent particulier sur les cultures vivrières et à haute valeur ajoutée. Des programmes de microcrédit ont également été mis en place, facilitant l’achat de semences, d’engrais et de matériel de base.

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Dans le même temps, plusieurs ONG libanaises et partenaires internationaux ont distribué du matériel d’irrigation, des systèmes de pompage solaire et des unités de transformation mobile. À Jezzine, par exemple, une coopérative spécialisée dans le blé a reçu un soutien technique pour améliorer ses capacités de stockage et garantir une meilleure conservation du produit. À Nabatieh, des serres ont été installées pour permettre des cultures hors saison.

Cette dynamique n’est pas encore à la hauteur des besoins structurels du pays, mais elle permet de stabiliser une partie des circuits de production alimentaire interne.

Coopératives et filières : moteurs d’un ancrage rural durable

La résilience du tissu agricole repose largement sur la redynamisation des coopératives locales. Dans les régions mentionnées, des dizaines de coopératives ont repris leurs activités après des années de stagnation. Ces structures jouent un rôle crucial dans la mutualisation des moyens de production, la formation des producteurs et la commercialisation des produits.

La filière laitière, notamment dans le domaine des fromages de chèvre, illustre bien cette renaissance. Des unités artisanales ont été relancées à Marjeyoun et dans ses environs, avec une demande croissante sur les marchés locaux et auprès des réseaux de la diaspora. La valorisation de ces produits passe par des circuits courts, souvent soutenus par des marchés de producteurs organisés ponctuellement dans les municipalités.

Les coopératives ont aussi contribué à l’émergence de chaînes de valeur intégrées, depuis la production jusqu’à la transformation. Certaines exploitations agricoles ont investi dans des moulins à huile d’olive, des séchoirs solaires pour les herbes médicinales ou encore des conditionneuses pour les légumes secs. Cette montée en gamme de la production contribue à augmenter les revenus des agriculteurs et à stabiliser leur activité dans un environnement économique très volatil.

Stabilisation sociale et prévention de l’exode rural

Au-delà des indicateurs économiques, la relance agricole joue un rôle de stabilisateur social. Dans plusieurs localités du Sud, les autorités municipales constatent une baisse relative de l’exode vers les villes. De jeunes diplômés ont choisi de reprendre les terres familiales, soutenus par des formations pratiques organisées par les ONG partenaires et parfois par des universités locales.

Le maintien des populations rurales, en particulier des femmes et des jeunes, est un enjeu majeur de résilience. Les coopératives offrent des espaces d’emploi, de socialisation et de responsabilisation communautaire. À Nabatieh, des ateliers de transformation de produits laitiers emploient exclusivement des femmes, leur assurant un revenu régulier et une autonomie accrue.

Dans les zones non couvertes par ces initiatives, la précarité reste aiguë. Le contraste entre les villages bénéficiant d’un appui structurel et ceux laissés pour compte met en lumière l’importance de généraliser ces efforts. À Marjeyoun, la reprise de l’agriculture a aussi eu pour effet de diminuer les tensions communautaires en offrant des perspectives économiques partagées.

La sécurité alimentaire à l’agenda des nouvelles municipalités

L’enjeu agricole ne relève plus uniquement du ministère concerné. Depuis les dernières élections municipales, plusieurs municipalités ont intégré des volets agricoles dans leurs plans d’action. À Saïda, la nouvelle municipalité a signé des accords avec des producteurs locaux pour assurer un approvisionnement régulier des marchés populaires et stabiliser les prix des denrées de base.

Cette politique municipale vise à protéger le pouvoir d’achat des ménages les plus vulnérables tout en soutenant les circuits de production locaux. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de gestion urbaine intégrée, où les marchés agricoles sont pensés comme des espaces économiques, sociaux et alimentaires prioritaires.

D’autres villes, comme Zahrani ou Bint Jbeil, étudient la création de régies municipales alimentaires ou d’incubateurs agricoles. L’idée est de fournir un appui technique, logistique et parfois foncier à des projets agricoles portés par des jeunes ou des chômeurs en reconversion.

Cette évolution témoigne d’une revalorisation du rôle des municipalités dans la planification alimentaire, en réponse au vide laissé par l’État central. Elle révèle aussi une conscience croissante de la vulnérabilité des villes aux chocs d’approvisionnement.

Une relance encore incomplète, mais porteuse d’autonomie

Malgré ces signaux positifs, les limites structurelles de la relance agricole sont nombreuses. Les acteurs de terrain pointent l’absence de coordination entre les différents ministères impliqués (Agriculture, Économie, Énergie), ainsi que la faiblesse des infrastructures rurales. L’accès à l’eau reste problématique, de même que la sécurité foncière pour des milliers de petits exploitants qui cultivent des terres sans titres clairs.

Le financement demeure un frein majeur. Si les subventions et les dons permettent de lancer certains projets, leur pérennisation dépend de circuits économiques stables. Les coopératives réclament un statut juridique renforcé, leur permettant d’accéder au crédit bancaire et d’intégrer les dispositifs nationaux de développement.

La mise en place d’un plan stratégique agricole national, souvent annoncée, n’a toujours pas vu le jour. Un tel plan devrait intégrer les données climatologiques, les contraintes de la transition énergétique et la reconfiguration des échanges régionaux. Il devrait aussi articuler les niveaux local, régional et national autour d’objectifs de souveraineté alimentaire partielle et de développement rural durable.

Les producteurs eux-mêmes restent lucides sur la fragilité de leur redressement. Beaucoup redoutent un désengagement progressif des bailleurs internationaux ou un changement d’orientation politique. Néanmoins, ils considèrent que les acquis récents — en termes de visibilité, de reconnaissance institutionnelle et d’initiatives concrètes — constituent un socle sur lequel construire.

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Newsdesk Libnanews
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