mardi, janvier 13, 2026

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Le comité du « mécanisme » reporte sa réunion : une trêve en suspens entre Sud-Liban et salles de réunion

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Au Sud-Liban, les villages frontaliers vivent toujours au rythme des survols, des coups de canon sporadiques et des patrouilles de casques bleus. À plusieurs centaines de kilomètres de là, dans les capitales concernées, diplomates et militaires discutent d’un autre théâtre : la salle de réunion où se rassemblera, une nouvelle fois, le comité dit du « mécanisme », chargé de suivre le cessez-le-feu conclu à l’automne 2024 entre le Liban et Israël. Une nouvelle étape de ce calendrier a été décalée : une réunion prévue ces jours-ci a été reportée à la période suivant la visite du pape Léon XIV, en présence annoncée de l’envoyée américaine Morgan Ortagus.

Un comité né du cessez-le-feu de 2024

Le comité en question est une structure à cinq composantes, formée après l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu, en novembre 2024. Il réunit des représentants des États-Unis, qui en assurent la présidence, du Liban, d’Israël, de la Force intérimaire des Nations unies au Liban et d’un pays européen membre permanent du Conseil de sécurité. Sa mission officielle est claire : superviser l’application de l’arrêt des hostilités, recenser les violations et accompagner, le cas échéant, un processus de retrait des forces encore présentes en territoire contesté.

Depuis sa création, le comité a tenu treize réunions à Naqoura, au siège de la force internationale, sur le littoral sud. Les premières rencontres se sont déroulées à un rythme espacé, dans un climat qualifié de « lent » par des responsables libanais, qui ont fait part de leur agacement devant la difficulté à obtenir des comptes rendus précis des violations et des perspectives concrètes sur l’avenir des points occupés.

Au fil des mois, et à mesure que les menaces d’escalade se sont multipliées, la fréquence des réunions a augmenté. Les deux derniers mois ont été marqués par une activité plus soutenue du comité, chaque rencontre servant à examiner des listes de survols, de tirs d’artillerie ou de frappes aériennes, ainsi que les réclamations libanaises sur les cinq positions maintenues par l’armée israélienne au nord de la ligne de retrait.

Dans ce cadre, le « mécanisme » n’a pas vocation à se substituer aux résolutions du Conseil de sécurité, ni à la force internationale déjà déployée sur le terrain, mais à offrir un lieu de coordination où les parties peuvent confronter leurs chiffres, leurs griefs et leurs demandes. Les autorités libanaises y voient un instrument pour consigner, noir sur blanc, la réalité des violations de la trêve et inscrire leurs revendications dans un cadre reconnu par les acteurs internationaux.

Une réunion repoussée après la visite du pape

C’est dans ce contexte qu’une nouvelle réunion du comité, initialement envisagée pour la fin novembre, a été officiellement reportée. La décision a été prise de la décaler à une date postérieure à la visite de Léon XIV, attendue comme un moment politique et spirituel majeur pour le pays. Selon les informations publiées, ce report tient à la fois au calendrier serré des responsables libanais mobilisés par l’organisation de la visite pontificale et à la volonté de limiter les risques d’incidents diplomatiques ou sécuritaires pendant cette période.

La prochaine session doit se tenir en présence de Morgan Ortagus, conseillère américaine chargée de ce dossier, qui avait déjà participé à une réunion précédente du même comité. Son passage à Beyrouth a marqué, selon plusieurs responsables, un tournant dans la manière dont Washington encadre désormais la trêve : la présence d’une personnalité politique de premier plan au sein d’un format à l’origine surtout militaire et technique a été interprétée comme un signe d’implication plus directe.

La même source rappelle que c’est après cette première participation que l’administration américaine a multiplié les messages de fermeté. Des contacts ont été annulés, notamment une série d’entretiens prévus pour le commandant de l’armée lors d’une visite aux États-Unis, finalement reportée. Les responsables libanais y voient la traduction d’une pression croissante sur l’institution militaire et sur l’État pour qu’ils accélèrent l’exécution de leurs engagements liés à la trêve, en particulier en matière de monopole des armes.

Le report de la réunion actuelle ne s’accompagne pas d’une remise en question officielle du format. Au contraire, les parties libanaises continuent de présenter le comité comme un canal de dialogue nécessaire, même si les résultats concrets sont jugés limités jusqu’ici. Le choix de repousser la session à après la visite du pape est présenté comme un ajustement de calendrier, non comme une suspension des travaux.

Un agenda chargé : cessez-le-feu, armes et frontières

Au fil des mois, l’ordre du jour du comité s’est étoffé. À la mission initiale de supervision du cessez-le-feu se sont ajoutés plusieurs dossiers sensibles, qui reflètent les priorités et les inquiétudes des différentes parties.

Le premier point, resté central, est celui des violations de la trêve. Les comptes rendus libanais recensent des milliers de survols aériens, des centaines de tirs et plusieurs frappes menées sur le territoire, y compris loin de la ligne de front. Chaque réunion du comité est l’occasion pour la délégation libanaise de présenter des cartes, des horaires, des images et des rapports produits par l’armée et la force internationale. De leur côté, les représentants israéliens justifient ces opérations par la présence supposée de cibles militaires ou par des considérations de « défense préventive ».

Le deuxième point concerne les cinq positions encore occupées par l’armée israélienne au nord de la ligne fixée après le retrait. Le Liban demande leur évacuation complète, considérant qu’elles contreviennent à l’esprit de la trêve et créent des faits accomplis sur le terrain. Les documents circulant au sein du comité mentionnent ces positions comme des « points litigieux » devant faire l’objet d’un traitement spécifique dans le cadre du mécanisme.

Un troisième thème a fait son entrée plus récemment : la question de la frontière maritime et des accords de délimitation. Alors que le Liban vient de signer un texte avec Chypre, le ministre israélien de la Défense a évoqué publiquement la possibilité de « revoir » l’accord conclu précédemment avec Beyrouth, liant cette perspective au dossier des armes de la résistance. Cette déclaration a été notée dans les documents de travail du comité, certains participants considérant que le mécanisme pourrait être appelé, à terme, à examiner les implications pratiques de ces prises de position sur la zone économique en mer.

Le quatrième sujet, plus délicat, est celui des armes non étatiques. Les textes qui circulent dans les cercles libanais évoquent l’idée de placer, dans un second temps, « l’avenir des armes de la résistance dans tout le Liban » sur la table des discussions, « en exprimant la disponibilité à négocier » sous l’égide du mécanisme, et ce « conformément aux conseils de l’envoyé américain » chargé de ce dossier. La formulation souligne que ce point ne figure pas dans le mandat originel du comité consacré au cessez-le-feu, mais pourrait être abordé dans un cadre élargi.

La position officielle libanaise : engagement sur la trêve et monopole des armes

Face à cet agenda complexe, les responsables libanais s’efforcent de présenter un message unifié. Au sommet de l’État, le chef de l’exécutif répète, lors de ses rencontres avec les émissaires étrangers, que le Liban est « pleinement engagé dans toutes les clauses de l’accord de cessation des hostilités » et que l’armée poursuivra l’application de la feuille de route adoptée par le gouvernement en matière de sécurité dans le Sud. La formule récurrente met l’accent sur deux éléments : la bonne foi de l’État et le rôle central assigné à l’institution militaire.

Les informations disponibles détaillent cette feuille de route. L’armée a élaboré un plan en cinq phases, qui commence au sud du Litani et vise à faire de cette zone un secteur entièrement dépourvu d’armes illégales d’ici la fin de l’année. Dans ce cadre, les unités déployées ont mené plus de 6 000 missions et opérations depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, fermé plus de 25 tunnels et saisi plusieurs milliers de pièces d’armement ou de munitions. Deux rapports mensuels ont déjà été transmis aux autorités concernées sur le degré de mise en œuvre de ce plan.

Ces chiffres sont régulièrement mis en avant par la délégation libanaise au sein du comité. L’objectif est de montrer que l’État ne se contente pas de déclarations, mais qu’il agit sur le terrain pour garantir la sécurité dans la zone d’opérations de la force internationale, conformément à la résolution qui définit son déploiement. Les comptes rendus libanais insistent également sur la coopération quotidienne entre l’armée et les casques bleus, rappelant que des milliers de patrouilles conjuguées sont effectuées chaque année et que les échanges d’informations restent soutenus.

Dans les entretiens avec les responsables étrangers, le président et le chef du gouvernement ajoutent un message politique : le monopole de l’État sur les armes est présenté comme un objectif à moyen terme, distinct des ultimatums extérieurs. Les autorités soulignent la décision adoptée début août, qui confie à l’armée la mission de proposer une stratégie de mise en œuvre de ce principe, en plusieurs étapes. Ce document, a-t-il été rappelé, a été porté à la connaissance du comité pour être intégré aux discussions.

Pressions et menaces autour du « mécanisme »

Alors que le comité se prépare à sa prochaine réunion, les déclarations venues de l’étranger se multiplient et pèsent sur l’atmosphère. Le ministre israélien de la Défense a ainsi affirmé devant le Parlement de son pays que les États-Unis avaient « imposé » un démantèlement de la capacité militaire de la résistance d’ici la fin de l’année, tout en se disant convaincu qu’un tel scénario ne se réaliserait pas. Il a ajouté que, si ce désarmement n’intervenait pas, il n’y aurait « pas d’autre choix que de travailler de nouveau avec force au Liban ».

Dans le même temps, l’administration américaine maintient une pression directe sur Beyrouth. Des responsables américains ont transmis aux autorités libanaises l’idée d’une échéance fixée à la fin de l’année pour avancer sur le contrôle des armes et sur le séchage des financements jugés problématiques. Selon les comptes rendus libanais, ces messages s’accompagnent d’un avertissement : si aucun progrès n’est enregistré, l’alternative pourrait être une montée en puissance des opérations israéliennes, avec le risque de voir le pays glisser dans une guerre d’attrition.

Dans ce cadre, le rôle du comité est double. Pour certaines chancelleries, il offre un espace où consigner, par écrit, ces exigences et ces délais, en les reliant à des indicateurs concrets : nombre d’armes saisies, missions de l’armée, retrait éventuel de positions occupées. Pour les autorités libanaises, il sert de tribune pour rappeler que le pays respecte ses engagements liés au cessez-le-feu, tout en dénonçant le maintien des violations et l’absence de garanties à long terme.

Une trêve encadrée mais fragile

En reportant sa prochaine réunion à après la visite du pape, le comité du « mécanisme » ne modifie pas son mandat, mais il illustre la fragilité de l’équilibre actuel. D’un côté, le Liban continue de se prévaloir de son respect des engagements militaires et sécuritaires pris à la fin de la guerre. De l’autre, Israël maintient ses opérations ciblées, conserve des positions sur le terrain et évoque la possibilité de revoir les accords maritimes conclus. Entre les deux, les États-Unis et d’autres acteurs internationaux utilisent ce format pour faire passer des messages de fermeté sur l’avenir des armes non étatiques.

Pour l’heure, la prochaine échéance formelle reste la réunion du comité après la fin de la visite pontificale, à une date qui n’a pas encore été annoncée publiquement, et à laquelle l’envoyée américaine doit participer aux côtés des représentants des autres membres.

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