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Le Commodore Hotel de Beyrouth ferme définitivement ses portes

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Le Commodore Hotel de Beyrouth ferme définitivement ses portes en janvier 2026

Le Commodore Hotel, situé dans le quartier animé de Hamra à Beyrouth, a fermé ses portes de manière définitive en janvier 2026, marquant la fin d’une ère pour cet établissement emblématique qui avait traversé plus de huit décennies d’histoire libanaise tumultueuse. Cette fermeture, survenue le 10 janvier 2026, intervient dans un contexte de crise économique persistante au Liban, aggravée par les répercussions d’un conflit récent entre Israël et le Hezbollah, dont le cessez-le-feu a été négocié en novembre 2024. L’hôtel, qui comptait plus de 200 chambres réparties sur neuf étages, avait longtemps symbolisé la résilience de la capitale libanaise face aux épreuves, mais les défis actuels ont finalement eu raison de son fonctionnement quotidien.

Construit en 1943 sur la rue Baalbek, le Commodore a d’abord été un hôtel modeste avec 132 chambres, destiné à une clientèle locale et internationale attirée par le dynamisme de Beyrouth, alors surnommée le « Paris du Moyen-Orient ». Au fil des ans, il s’est imposé comme un lieu central dans le paysage urbain de Hamra, un quartier connu pour ses cafés, ses universités et son effervescence culturelle. Avant la guerre civile, l’établissement accueillait des voyageurs d’affaires, des touristes et des personnalités locales, profitant de sa proximité avec la mer Méditerranée et les artères commerciales de la ville. Mais c’est pendant le conflit libanais, de 1975 à 1990, que le Commodore a acquis sa renommée internationale, devenant un refuge incontournable pour les correspondants de presse étrangers.

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Un refuge au cœur du chaos

Durant les quinze années de guerre civile, le Commodore s’est transformé en un bastion pour les journalistes occidentaux couvrant les événements au Liban. Alors que les communications étaient souvent coupées dans le reste de la ville, l’hôtel maintenait des lignes téléphoniques fixes opérationnelles, des machines Telex et des téléimprimeurs, permettant aux reporters d’envoyer leurs dépêches vers les rédactions du monde entier. Des gardes armés assuraient la sécurité des lieux, protégeant les occupants contre les tirs de snipers et les bombardements sporadiques qui ravageaient Beyrouth-Ouest. Cette zone, majoritairement musulmane, était particulièrement exposée aux affrontements entre milices, et l’hôtel offrait un semblant de normalité au milieu du désordre.

Les journalistes se souviennent de l’ambiance unique qui régnait au Commodore. Tim Llewellyn, correspondant de la BBC, décrit comment l’hôtel était un carrefour d’informations où se croisaient chefs de guérilla, diplomates, espions et reporters. Il rapporte qu’à une occasion, le leader palestinien Yasser Arafat s’y est arrêté pour prendre un café avec le père du gérant de l’époque. Robert H. Reid, ancien correspondant de l’Associated Press, évoque le « charme miteux » des lieux : des chambres basiques avec des matelas inconfortables, une nourriture ordinaire, mais une camaraderie exceptionnelle parmi les clients journalistes, qui transformaient l’hôtel en un club social pour se détendre après des journées passées dans l’une des villes les plus dangereuses du monde.

Scheherezade Faramarzi, autre correspondante de l’Associated Press, souligne que le Commodore était une « bouée de sauvetage » pour les médias internationaux à Beyrouth-Ouest, où les reporters pouvaient déposer leurs articles, manger, boire, dormir et se cacher des raids aériens, des bombardements et d’autres violences. L’hôtel gagnait à la fois en gloire et en notoriété, servant de base pour couvrir des événements majeurs comme l’invasion israélienne de 1982 et le siège de trois mois de Beyrouth-Ouest qui a suivi. Des reporters montaient sur le toit pour filmer les combats, capturant des images qui faisaient le tour du globe.

Le perroquet Coco, mascotte inoubliable

Parmi les anecdotes les plus marquantes du Commodore figure son mascotte, un perroquet nommé Coco, qui résidait au bar et imitait à la perfection le sifflement des obus entrants. Ce volatile effronté surprenait souvent les nouveaux arrivants, ajoutant une touche d’humour absurde au milieu de la tension ambiante. Ahmad Shbaro, fils du gérant de l’époque, raconte que lors d’un bombardement intense à la fin des années 1970, deux chambres ont été touchées par des obus, forçant le personnel et les journalistes à passer la nuit dans la discothèque souterraine Le Casbah. Coco, avec ses imitations, devenait alors une distraction bienvenue.

Malheureusement, le perroquet a disparu lors des combats de 1987, probablement emporté par des hommes armés qui ont pris d’assaut l’hôtel. Cette perte symbolique marquait le début de la fin pour l’établissement original, qui a subi de lourds dommages lors d’affrontements entre miliciens chiites et druzes. En février 1986, une semaine de combats entre les milices druzes du Parti socialiste progressiste et les chiites d’Amal avait conduit à un pillage généralisé de l’hôtel, jusqu’à l’intervention de l’armée syrienne le 22 février pour rétablir l’ordre. Ces événements illustraient la vulnérabilité constante du Commodore, pourtant protégé par des mesures de sécurité renforcées.

Le rôle clé du gérant Yusuf Nazzal

Yusuf Nazzal, le gérant du Commodore pendant la guerre, jouait un rôle pivotal dans la survie de l’hôtel. Inspiré par une conversation en 1975 avec Tim Llewellyn lors d’un vol, où le journaliste suggérait de créer un hôtel adapté aux zones de guerre avec des communications fiables et un personnel connecté, Nazzal a mis en place un système ingénieux. Il offrait des prêts aux journalistes en difficulté financière, remboursables via des dépôts sur un compte bancaire à Londres. Cette flexibilité, combinée à la présence de gardes armés et à une gestion astucieuse des ressources, permettait à l’hôtel de rester ouvert malgré les coupures d’électricité et les pénuries.

Terry Anderson, correspondant senior de l’Associated Press, était un habitué des lieux avant son enlèvement en mars 1985. Kidnappé alors qu’il se rendait au Commodore pour jouer au tennis, il a passé près de sept ans en captivité. Des vidéos de lui pendant sa détention le montraient portant un t-shirt « Hotel Commodore Lebanon », un rappel poignant de son lien avec l’établissement. Ces kidnappings de reporters occidentaux, qui se multipliaient à partir du milieu des années 1980, ont progressivement vidé l’hôtel de sa clientèle journalistique, forçant de nombreux médias à quitter Beyrouth-Ouest.

La destruction et la renaissance en 1996

En février 1987, les dommages accumulés ont conduit à la démolition de la structure originale du Commodore. L’hôtel, pris entre les feux croisés des milices, n’a pu résister aux impacts répétés. Parmi les investisseurs pour la reconstruction figurait Hussam Boubess, et l’établissement a rouvert ses portes en février 1996, affilié au groupe Concorde Hotels de France. Cette nouvelle version, avec 203 chambres et suites dont certaines dotées de balcons privés, visait à retrouver le lustre d’avant-guerre tout en s’adaptant à un Liban en reconstruction.

Le Commodore post-guerre civile a bénéficié d’une période de relative stabilité, attirant à nouveau des touristes et des voyageurs d’affaires. Hamra, avec ses rues piétonnes et ses boutiques, redevenait un pôle attractif, et l’hôtel participait à cette revitalisation. Cependant, les cicatrices du conflit restaient visibles dans l’architecture et les mémoires collectives. Sans Coco et sans l’effervescence des années de guerre, le Commodore se repositionnait comme un hôtel de luxe cinq étoiles, offrant des services modernes tout en conservant une aura historique.

Les défis économiques persistants

La crise financière qui frappe le Liban depuis 2019 a profondément affecté le secteur hôtelier, et le Commodore n’a pas été épargné. Avec une dette publique exorbitante, une inflation galopante et une dévaluation de la livre libanaise, les établissements comme celui-ci ont vu leur clientèle se raréfier. Les coupures d’électricité quotidiennes, qui durent souvent plusieurs heures, obligent les hôtels à recourir à des générateurs diesel coûteux, augmentant les dépenses opérationnelles dans un contexte de recettes en baisse.

À cela s’ajoutent les tensions régionales récurrentes. Le conflit entre Israël et le Hezbollah, qui a culminé en 2024 avant un cessez-le-feu en novembre de la même année, a dissuadé les touristes potentiels. Bien que le Liban ait connu une brève reprise touristique en 2023, les hostilités ont ravivé les craintes de sécurité, vidant les hôtels de Beyrouth. Le Commodore, comme d’autres établissements, a fermé ses portes dans ce climat d’incertitude, suivant la tendance de plusieurs hôtels touchés par la crise.

L’impact du cessez-le-feu de novembre 2024

Le cessez-le-feu négocié en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, sous l’égide de médiateurs internationaux, visait à mettre fin à des mois d’échanges de tirs le long de la frontière sud-libanaise. Cependant, ses implications immédiates pour l’économie libanaise restent limitées. Les dommages infrastructurels dans les régions frontalières, combinés à une instabilité politique persistante, ont freiné toute relance touristique. À Beyrouth, des quartiers comme Hamra subissent les retombées, avec une baisse drastique des réservations hôtelières.

Pour le Commodore, cette période post-conflit a exacerbé les difficultés existantes. Les responsables de l’hôtel ont refusé de commenter la fermeture, mais les observateurs notent que les coûts énergétiques élevés, dus aux pannes récurrentes du réseau électrique national, rendent l’exploitation non viable. En janvier 2026, le portail principal de l’hôtel a été fermé, symbolisant la fin d’un chapitre pour cet édifice qui avait survécu à des décennies de turbulences.

Les échos d’une page qui se tourne

La fermeture du Commodore évoque inévitablement les souvenirs de ceux qui l’ont fréquenté. Ahmad Shbaro se remémore les nuits passées au sous-sol pendant les bombardements, où journalistes et personnel partageaient des moments de solidarité. Tim Llewellyn souligne comment l’idée même de l’hôtel comme refuge de guerre est née d’une discussion fortuite, transformant un établissement ordinaire en un pilier de l’information internationale.

Dans le contexte actuel, cette fermeture s’inscrit dans une série de disparitions d’icônes beyrouthines. D’autres hôtels ont succombé à la crise ces dernières années, laissant Hamra orphelin de ses landmarks historiques. Le Commodore, avec son passé de résilience, illustre les défis structurels du Liban : une économie fragilisée par des décennies de corruption, de conflits et de dépendance à l’aide extérieure.

Les implications immédiates pour Hamra

En janvier 2026, le quartier de Hamra ressent déjà les effets de cette fermeture. Les employés du Commodore, dont le nombre exact n’est pas précisé mais qui se chiffrait en dizaines, se retrouvent sans emploi dans un marché du travail saturé. Les commerces environnants, qui profitaient du flux de clients de l’hôtel, signalent une baisse d’activité. La rue Baalbek, autrefois animée par les allées et venues des résidents et visiteurs, paraît plus calme, reflétant les tensions persistantes au Liban malgré le cessez-le-feu.

Les autorités libanaises, confrontées à une multitude de crises, n’ont pas encore réagi publiquement à cette fermeture, mais elle met en lumière les besoins urgents en matière de soutien au secteur touristique. Des initiatives locales pour préserver le patrimoine architectural de Beyrouth pourraient émerger, bien que pour l’instant, l’accent reste sur la gestion des retombées économiques immédiates. Le bâtiment du Commodore, désormais vacant, attend un avenir incertain, tandis que les souvenirs de ses années glorieuses persistent dans les récits des survivants de l’époque.

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