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Le Conseil des ministres s’attaque à la souveraineté sécuritaire et à la refonte institutionnelle

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Une réunion marquée par un tournant stratégique

Le Conseil des ministres, réuni le 7 août 2025 sous la présidence du Premier ministre Nawaf Salam, a marqué un tournant politique majeur en engageant l’État dans une série de décisions sensibles, à la fois sur le plan sécuritaire, institutionnel et diplomatique. Cette séance, tenue dans un climat de tension croissante, a vu l’exécutif affirmer clairement sa volonté de reprendre l’initiative, notamment face aux blocages persistants sur plusieurs dossiers clés.

Au cœur de cette réunion, la décision d’affirmer l’exclusivité de la détention des armes par l’État constitue le fait politique le plus saillant. Elle a été votée malgré le retrait des ministres proches du Hezbollah et du mouvement Amal, qui ont quitté la salle avant la fin des discussions. L’adoption du texte, sans consensus mais avec une majorité suffisante, consacre une prise de position politique affirmée du gouvernement, malgré le contexte de vacance présidentielle et de division parlementaire.

Cette décision, bien que symbolique dans l’immédiat, s’inscrit dans une stratégie plus large de reprise en main de la souveraineté par l’État. Elle soulève néanmoins une série de défis pratiques, sécuritaires et politiques que l’armée et les institutions devront gérer dans les mois à venir.

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L’armée au cœur du dispositif

La mission confiée aux forces armées consiste à élaborer un plan opérationnel de restauration du monopole sécuritaire de l’État. Le chef de l’armée, Joseph Aoun, a assisté à la session, intervenant pour rappeler les contraintes auxquelles ses hommes sont confrontés, notamment en matière de déploiement et de coordination interinstitutionnelle.

Le document approuvé en Conseil des ministres fixe un horizon de trois mois pour la soumission d’un premier rapport d’étape, avec des recommandations chiffrées et un calendrier d’actions. Il précise que ce plan devra être concerté avec les parties locales, ce qui laisse entrevoir la difficulté d’un dialogue avec les acteurs concernés, notamment dans les régions du Sud et de la Bekaa.

Le ministère de la Défense a été mandaté pour établir une cartographie des zones de présence armée hors de contrôle de l’État. Des unités spéciales devraient être mobilisées à titre exploratoire pour renforcer la présence militaire dans certaines zones stratégiques, sans pour autant s’engager dans des actions de confrontation directe.

Un gouvernement divisé mais déterminé

La réunion s’est déroulée dans un climat tendu, marqué par des échanges musclés entre plusieurs ministres. Si la majorité des membres du gouvernement a soutenu la démarche du Premier ministre, certains ont exprimé des réserves quant à son opportunité, soulignant le risque de polarisation excessive.

Les ministres issus des blocs chiites ont dénoncé une décision unilatérale et ont quitté la séance avant le vote, qualifiant le texte de provocation. Ils ont averti que cette démarche allait à l’encontre du pacte national et risquait d’attiser les tensions communautaires. La présidence du Conseil a, de son côté, insisté sur la légitimité de la décision, fondée sur les prérogatives de l’exécutif et la nécessité de restaurer la cohésion étatique.

La session a également été l’occasion pour Nawaf Salam de défendre son approche institutionnelle, affirmant que le gouvernement devait sortir de son rôle de gestion des affaires courantes pour répondre aux urgences nationales. Il a souligné que « l’État ne peut rester neutre face à la prolifération des armes », ajoutant que « le moment est venu de réaffirmer nos fondements constitutionnels ».

Réformes institutionnelles et nominations clés

Outre le dossier sécuritaire, le Conseil des ministres a abordé plusieurs sujets institutionnels sensibles. La nomination de hauts fonctionnaires, suspendue depuis plusieurs mois, a été relancée, notamment dans les secteurs de la justice, de la sécurité intérieure et de la diplomatie. Un consensus a été trouvé pour désigner un nouveau secrétaire général au ministère des Affaires étrangères, un diplomate de carrière reconnu pour sa neutralité.

D’autres dossiers restent toutefois bloqués. La nomination d’un directeur général pour les Télécommunications a été reportée en raison de désaccords persistants entre les blocs ministériels. Le Conseil a chargé une commission restreinte de proposer une liste consensuelle avant la fin du mois.

Le gouvernement a également adopté un décret prolongeant d’un an le mandat du président du Conseil supérieur de la magistrature, dont le renouvellement était l’objet de fortes tensions entre les ministres issus des camps opposés. Cette décision a été saluée comme une mesure de temporisation, permettant d’éviter une vacance institutionnelle préjudiciable au fonctionnement de la justice.

Politique économique : statu quo et prudence

Sur le plan économique, les discussions ont porté sur l’état de l’exécution budgétaire et les perspectives de financement des services publics. Le ministre des Finances a présenté un rapport faisant état d’un déficit accru au premier semestre, malgré une relative stabilité des recettes douanières. Il a averti que sans une révision rapide de la politique fiscale, l’État ne pourra pas assurer ses engagements pour le dernier trimestre de l’année.

La question des subventions aux secteurs sensibles, notamment l’électricité, a été abordée sans qu’aucune décision ne soit prise. Plusieurs ministres ont exprimé leur scepticisme quant à la poursuite de cette politique, estimant qu’elle creusait les déséquilibres sans résultats tangibles. Un plan de rationalisation progressive sera soumis lors de la prochaine session.

Le Conseil a par ailleurs acté la reprise des discussions avec le Fonds monétaire international, en fixant une feuille de route pour une série de réformes structurelles. Une délégation ministérielle devrait se rendre à Washington à la fin du mois d’août pour relancer les négociations. Le dossier reste toutefois soumis à l’approbation préalable du Parlement, ce qui pourrait en retarder l’issue.

Enjeux régionaux et diplomatiques

Le volet diplomatique a été abordé en lien avec les tensions à la frontière sud. Le ministre des Affaires étrangères a évoqué une série de contacts en cours avec plusieurs capitales arabes et européennes afin de faire valoir la position du Liban. Il a affirmé que la communauté internationale devait « comprendre les équilibres propres au Liban » et ne pas imposer des solutions inapplicables.

La question du déploiement de la FINUL a également été brièvement discutée. Le ministère concerné a signalé que le mandat actuel arrivait à échéance en septembre et qu’une extension serait négociée au Conseil de sécurité. Il a été décidé de maintenir les consultations diplomatiques en coordination avec l’ONU pour éviter toute réduction de la mission sur le terrain.

Le Conseil a en outre pris acte de la réception d’une lettre officielle du gouvernement syrien concernant la réactivation des échanges économiques transfrontaliers. Une commission bilatérale sera mise sur pied pour examiner les modalités de coopération dans les domaines agricoles et énergétiques.

Poursuite du bras de fer

Si la réunion du 7 août n’a pas débouché sur des ruptures spectaculaires, elle marque néanmoins un moment charnière dans la gestion des affaires de l’État. Le gouvernement, en affirmant sa volonté de restaurer l’exclusivité de l’autorité sécuritaire, s’engage dans une voie politique à haut risque. La suite dépendra de sa capacité à concrétiser ses décisions, à maintenir l’unité de l’exécutif et à résister aux contre-feux institutionnels.

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Newsdesk Libnanews
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