En août 2024, l’Algérie a généreusement offert au Liban 30 000 tonnes de fioul pour aider ce pays en proie à une crise énergétique sévère. Toutefois, ce don, censé atténuer les coupures d’électricité qui paralysent le Liban, s’est rapidement heurté à un problème technique majeur : le fioul algérien ne correspond pas aux spécifications des centrales électriques libanaises.
En effet, selon un document émis par la société « Sonatrach » et estampillé « zéro », les normes spécifiques du fioul algérien fourni ne sont pas entièrement conformes aux spécifications libanaises, car le fioul a été classé comme « Grade A » au lieu de « Grade B », indiquant que la teneur en soufre est de 0,26 %, soit supérieure à la norme spécifiée (moins de 0,1 %). Cela soulève des questions sur les raisons de cette non-conformité complète et sur la raison pour laquelle le fioul n’est pas utilisé directement mais échangé. Cela pose également des questions sur les entités qui bénéficient de ces opérations et sur l’absence d’une augmentation des heures de fourniture d’électricité.
Face à cette situation, le gouvernement libanais envisage donc de recourir à un mécanisme de swap, similaire à celui utilisé pour échanger du fioul irakien non conforme, afin de convertir ce don en carburant utilisable.
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La cargaison a donc été déchargée dans les terminaux pétroliers du Nord du Liban avant les opérations de swap de la cargaison.
Le Liban traverse une crise énergétique sans précédent depuis plusieurs années. Les infrastructures électriques du pays, largement endommagées par la guerre civile (1975-1990) et jamais correctement reconstruites, sont dans un état de délabrement avancé. L’Électricité du Liban (EDL), la compagnie publique chargée de la production et de la distribution d’électricité, fonctionne avec des déficits massifs, incapables de répondre aux besoins croissants de la population.
En conséquence, le pays connaît des coupures de courant qui peuvent durer jusqu’à 23 heures par jour, obligeant les citoyens à se tourner vers des générateurs privés pour subvenir à leurs besoins en électricité. Ces générateurs sont souvent contrôlés par des réseaux mafieux, ce qui renforce la privatisation de ce service de base et augmente le coût de l’électricité pour les ménages libanais.
Le Scandale Sonatrach de 2020 : Un Passé Qui Refait Surface
L’arrivée du fioul algérien a ravivé le souvenir du scandale Sonatrach de 2020, un épisode sombre de l’histoire énergétique libanaise. À l’époque, du fioul frelaté, fourni par une filiale de la compagnie algérienne Sonatrach, avait été livré aux centrales électriques libanaises, provoquant de graves dysfonctionnements. L’enquête qui s’en est suivie a révélé un vaste réseau de corruption impliquant des fonctionnaires libanais et des intermédiaires, qui avaient falsifié des documents pour permettre l’importation de ce carburant de mauvaise qualité.
Des personnalités influentes ont été impliquées dans ce scandale, mais des rumeurs circulent aujourd’hui au Liban selon lesquelles les procédures judiciaires engagées à l’époque auraient été abandonnées. Si ces rumeurs s’avèrent fondées, elles pourraient avoir des répercussions profondes sur la confiance des citoyens dans le système judiciaire libanais, déjà fortement érodée.
Le Mécanisme de Swap : Une Stratégie de Survie
Les opérations de swap de fioul sont devenues une pratique courante pour le Liban, en particulier dans le contexte de ses accords avec l’Irak. Ces swaps sont nécessaires car le fioul lourd fourni par l’Irak ne correspond pas aux spécifications techniques des centrales électriques libanaises, similaires à la situation actuelle avec le fioul algérien.
Cet accord, bien qu’utile à court terme, souligne la dépendance du Liban aux importations de carburant et l’incapacité du pays à garantir une autosuffisance énergétique. En 2024, l’accord avec l’Irak a été prolongé pour une année supplémentaire, avec un volume similaire de fioul échangé contre des services libanais, notamment dans les domaines de la santé et de l’agriculture.
Le premier accord majeur de swap de fioul entre le Liban et l’Irak a été signé en 2021. Cet accord permettait au Liban de recevoir un million de tonnes de fioul lourd irakien, que le pays ne pouvait pas utiliser directement dans ses centrales électriques en raison de la haute teneur en soufre. Pour pallier cette incompatibilité, le Liban a mis en place un mécanisme d’échange : le fioul irakien était échangé contre du fioul compatible via des intermédiaires, comme l’Emirates National Oil Company (ENOC) basée à Dubaï. Cette compagnie a remporté un appel d’offres pour échanger 84 000 tonnes de fioul irakien contre 30 000 tonnes de fioul de qualité B et 33 000 tonnes de gazole, lesquels pouvaient être utilisés dans les centrales libanaises.
Ce mécanisme a permis au Liban de maintenir un minimum de production d’électricité malgré les défis techniques et financiers. Aujourd’hui, les autorités libanaises envisagent de recourir à un système similaire pour échanger le fioul algérien incompatible, transformant ainsi ce don en une ressource réellement exploitable. Cependant, ces opérations de swap, bien qu’efficaces à court terme, ne résolvent pas les problèmes structurels du secteur énergétique libanais.



