Un gouvernement sous haute surveillance parlementaire
La séance parlementaire destinée à discuter la déclaration ministérielle du gouvernement Nawaf Salam a commencé ce matin sous une tension palpable. Cette étape cruciale doit permettre de déterminer si l’équipe gouvernementale obtiendra la confiance des députés et pourra ainsi entamer son programme de réformes. Le Premier ministre Nawaf Salam a ouvert la session en présentant son programme, qu’il a placé sous le signe de la réforme, du redressement et de la souveraineté nationale. Il a insisté sur la nécessité pour le Liban de tourner la page des crises multiples qui l’ont affaibli, affirmant que son gouvernement s’engageait à reconstruire l’État sur des bases solides et à rétablir la confiance des citoyens dans les institutions.
Dans un discours solennel, Nawaf Salam a réaffirmé son engagement à protéger les libertés fondamentales des Libanais et à garantir leur sécurité. Il a souligné que son gouvernement porterait le nom de « Réforme et Sauvetage » non comme un simple slogan, mais comme un engagement ferme à instaurer un État de droit. Il a évoqué l’urgence de restaurer la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire, précisant que le gouvernement prendrait les mesures nécessaires pour libérer les terres libanaises encore sous occupation israélienne et appliquer pleinement la résolution 1701 des Nations unies.
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Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de reconstruire ce qui a été détruit lors des conflits récents. Il a annoncé la mise en place d’un fonds dédié à la reconstruction, soulignant que son financement devait être transparent et basé sur des partenariats internationaux. Il a également abordé la question de la neutralité du Liban, affirmant que son gouvernement veillerait à ce que le pays ne soit pas entraîné dans des conflits régionaux.
Dans un autre registre, il a mis l’accent sur l’importance de réformes administratives et judiciaires. Il a rappelé que son gouvernement s’engageait à garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire, à accélérer les formations judiciaires et à veiller à la transparence des nominations au sein des institutions publiques. Il a assuré que des mesures seraient prises pour lutter contre la corruption et moderniser le secteur public, afin de répondre aux attentes des citoyens et des partenaires internationaux.
L’un des points les plus scrutés de la déclaration ministérielle concerne la relance des négociations avec le Fonds monétaire international. Nawaf Salam a affirmé que son gouvernement s’efforcerait de conclure un nouvel accord avec l’institution financière, tout en veillant à ce que les réformes économiques soient mises en place dans l’intérêt des citoyens. Il a également souligné l’urgence de trouver des solutions pour préserver les droits des déposants dans le secteur bancaire, précisant que la question des fonds bloqués dans les banques libanaises serait traitée avec rigueur.
Sur le plan des infrastructures, le Premier ministre a annoncé des projets de développement pour améliorer les transports et moderniser l’aéroport de Beyrouth, ainsi que le port. Il a également évoqué la nécessité de reprendre l’exploration pétrolière et gazière, estimant que ces ressources pouvaient représenter une opportunité majeure pour l’économie libanaise.
Une opposition parlementaire entre scepticisme et adhésion conditionnelle
Après la présentation de la déclaration ministérielle, les réactions des députés n’ont pas tardé à se manifester. Elias Bou Saab, vice-président du Parlement, a pris la parole en premier pour saluer certains engagements du gouvernement, tout en soulevant plusieurs interrogations majeures. Il a demandé des précisions sur le financement de la reconstruction, s’interrogeant sur l’origine des fonds et sur les garanties qui seront offertes pour assurer la transparence des dépenses. Il a également insisté sur l’application de la résolution 1701, rappelant qu’Israël ne l’a jamais respectée alors que le Liban s’y est toujours conformé. Il a appelé le président Joseph Aoun à initier un dialogue national afin de trouver une feuille de route commune et éviter les divisions internes.
Bola Yaacoubian a, pour sa part, exprimé un scepticisme marqué. Elle a déclaré que si elle accordait sa confiance au gouvernement, c’était par nécessité, et non par adhésion totale à son programme. Elle a dénoncé l’état de déliquescence des institutions et a mis en garde contre toute forme de compromission qui pourrait retarder les réformes. Elle a appelé à un changement radical et a exhorté le gouvernement à rompre définitivement avec les pratiques du passé.
Michel Moawad a souligné que sa confiance allait davantage à un processus qu’à une équipe en particulier. Il a affirmé que la question de la souveraineté devait être une priorité et a rappelé que l’État devait être le seul détenteur de la force militaire. Il a aussi insisté sur la nécessité de mettre en place un cadre strict pour le contrôle des armes sur le territoire libanais.
Fouad Makhzoumi a dénoncé ce qu’il considère comme des lacunes dans la déclaration ministérielle. Il a regretté l’absence de mention explicite sur la levée du secret bancaire et la lutte contre l’évasion fiscale. Il a critiqué le manque de clarté concernant les enquêtes judiciaires en cours, notamment sur l’explosion du port de Beyrouth. Il a appelé le gouvernement à agir rapidement pour rétablir la confiance des citoyens et des partenaires financiers internationaux.
Mohammed Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah, a pour sa part défendu la nécessité d’une « stratégie de défense intégrée » face aux menaces régionales. Il a souligné que la résistance armée avait toujours été un élément clé de la sécurité nationale et a mis en garde contre toute tentative de remettre en cause cet équilibre. Il a également critiqué les pressions internationales sur le Liban, affirmant que le pays devait préserver son indépendance face aux ingérences extérieures.
D’autres députés, comme Michel Daher, ont axé leur intervention sur la nécessité de réformes économiques. Il a plaidé pour l’annulation du secret bancaire et la mise en place d’un cadre légal permettant de retracer les flux financiers des dix dernières années. Il a également insisté sur l’urgence de trouver une solution pour les déposants, estimant que le maintien de la situation actuelle risquait d’aggraver la crise de confiance dans le système financier.
Un vote attendu dans un climat de tensions politiques
Malgré les divergences de vues, une majorité parlementaire semble prête à accorder sa confiance au gouvernement Nawaf Salam. Toutefois, plusieurs députés ont insisté sur le fait que cette confiance ne serait pas un blanc-seing et que la mise en œuvre des réformes promises serait scrutée de près.
Les débats devraient se poursuivre dans l’après-midi, et le vote de confiance pourrait intervenir dans la soirée ou demain matin. Si le gouvernement parvient à obtenir un large soutien, il devra rapidement faire face aux attentes élevées des citoyens et à la pression des institutions financières internationales. L’enjeu principal restera la capacité de Nawaf Salam et de son équipe à traduire les engagements de la déclaration ministérielle en actions concrètes, dans un pays où les blocages institutionnels et les rivalités politiques ont souvent freiné les réformes.



