Le conglomérat émirati al-Habtoor, dirigé par l’homme d’affaires Khalaf al-Habtoor, a annoncé le 28 janvier 2026 la fermeture complète de ses activités au Liban, assortie d’une plainte contre l’État libanais et la Banque du Liban pour des pertes cumulées dépassant 1,7 milliard de dollars. Cette décision, prise dans un contexte d’insolvabilité bancaire généralisée et de restrictions imposées depuis 2019, met en exergue les défaillances structurelles d’un système financier libanais gangrené par l’opacité, les pratiques douteuses et l’incapacité à se réformer. Présent au Liban depuis 2001 avec des investissements massifs dans l’hôtellerie et l’immobilier, le groupe dénonce une « hémorragie financière » directement imputable aux banques, dont les gel des dépôts et les manipulations monétaires ont transformé des actifs légitimes en pertes irrécupérables. Cette sortie brutale, qui entraîne la mise à pied de centaines d’employés et la liquidation d’actifs emblématiques comme le Hilton Beirut Habtoor Grand, souligne l’urgence d’une restructuration bancaire qui tarde à venir, laissant les investisseurs étrangers face à un mur d’inefficacité et de non-transparence.
Deux jours plus tôt, le 26 janvier 2026, al-Habtoor avait déjà menacé de poursuites judiciaires, accusant les autorités bancaires d’avoir violé des accords bilatéraux en bloquant l’accès à des fonds déposés en toute légalité. Cette plainte, fondée sur les traités d’investissement de 1999 entre les Émirats arabes unis et le Liban, cible explicitement les pratiques des banques libanaises, qualifiées d’« arbitraires » et de « préjudiciables » par le groupe. Elle intervient alors que le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025, peine à négocier avec le Fonds monétaire international (FMI) des ajustements à un plan de sauvetage obsolète datant de 2022. Lors d’une conférence à Davos le 23 janvier 2026, le Premier ministre Salam a admis que le FMI exigeait des clarifications sur la hiérarchie des créances dans la loi sur le « gap financier », révélant les blocages profonds qui protègent les intérêts des banques au détriment des déposants et des investisseurs.
L’annonce choc d’al-Habtoor et ses accusations directes
Dans son communiqué du 28 janvier 2026, publié sur les réseaux sociaux, le groupe al-Habtoor ne mâche pas ses mots sur les responsabilités des banques libanaises. « En raison des conditions prévalant au Liban, et après un examen interne complet, le groupe al-Habtoor a pris la décision de procéder à la fermeture de ses opérations dans le pays », indique le texte, pointant une instabilité prolongée aggravée par des « campagnes hostiles, des attaques publiques et des actions diffamatoires » dirigées contre ses activités. Mais c’est surtout le rôle des institutions financières qui est visé : malgré des efforts pour absorber les pertes depuis l’entrée en crise en 2019, le groupe affirme que les restrictions bancaires ont rendu la situation « intenable ». « Cette approche n’est plus viable. Alors que les conditions continuent de se détériorer, que les défaillances institutionnelles persistent et qu’aucune solution significative ou structurelle n’émerge pour remédier aux carences de fond, le groupe al-Habtoor se voit contraint de mettre un terme à ses opérations au Liban, d’enrayer l’hémorragie financière en cours et de procéder à la cessation des contrats de l’ensemble de ses employés », précise le communiqué, qualifiant cette mesure de « légale et opérationnelle nécessaire ».
Le groupe évalue ses pertes à 6,24 milliards de dirhams émiratis, soit environ 1,7 milliard de dollars, un chiffre étayé par des rapports internes et des évaluations indépendantes. Parmi les actifs impactés figurent le Metropolitan Palace Hotel et Habtoor Land, un parc à thème à l’est de Beyrouth, autrefois piliers du tourisme libanais. Al-Habtoor accuse les banques d’avoir imposé des blocages illégitimes sur des fonds en dollars, transformant des investissements productifs en gouffres financiers. Cette plainte, annoncée le 26 janvier 2026, invoque des violations directes par les autorités libanaises et la Banque du Liban, et pourrait être portée devant des instances internationales comme le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements. « Nos investissements ont subi un préjudice grave et soutenu en raison de mesures imposées par les autorités libanaises et la Banque du Liban », déclare le communiqué, soulignant l’échec des négociations amiables malgré des années de tentatives.
Les banques libanaises au cœur d’une crise systémique
La crise bancaire libanaise, qui éclate en 2019, est marquée par une insolvabilité généralisée que les institutions financières ont largement contribué à aggraver par leurs pratiques opaques. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en janvier 2026, le PIB réel du Liban a chuté de près de 40 % entre 2019 et 2024, avec une contraction supplémentaire de 7,5 % en 2024 due à la guerre. Le PIB nominal s’établit à 28,28 milliards de dollars en 2024, contre 55 milliards en 2018, reflétant une dévaluation catastrophique de la livre libanaise, qui a perdu 98 % de sa valeur depuis 2019. L’inflation, culminant à 221,3 % en 2023, s’est atténuée à 14 % au premier semestre 2025, mais les banques ont joué un rôle central dans cette spirale, en maintenant des taux artificiels et en gelant les dépôts pour masquer leurs bilans désastreux.
Les pertes du secteur bancaire sont estimées à plus de 70 milliards de dollars par le FMI, un montant révisé à la hausse après la guerre de 2024. Près d’un million de comptes restent bloqués depuis 2019, privant les déposants – particuliers comme entreprises – de leurs avoirs. La Banque du Liban, insolvable elle-même, a été placée sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) en octobre 2024 pour des manquements graves en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme, des accusations qui soulignent le manque de fiabilité chronique du système. Les banques commerciales, quant à elles, ont accumulé des dettes colossales via des opérations d’ingénierie financière pré-2019, où des profits fictifs étaient distribués aux actionnaires au détriment des déposants. Un audit partiel révélé en 2023 par le FMI montre que ces pratiques ont creusé un « gap » financier que les banques refusent d’assumer pleinement, préférant reporter les pertes sur l’État et les clients.
Le taux de chômage, à 27 % entre avril et octobre 2025 selon l’Organisation internationale du travail, est exacerbé par ces défaillances bancaires, qui ont paralysé les crédits et les investissements. La pauvreté multidimensionnelle touche trois quarts de la population, avec un accès limité à l’électricité, à l’eau et aux soins, des carences que les banques ont indirectement aggravées en bloquant les fonds nécessaires aux importations essentielles. La dette publique, à 150 % du PIB malgré la suspension des paiements extérieurs depuis 2020, inclut des engagements opaques envers la Banque centrale, que les institutions financières exploitent pour éviter une restructuration réelle.
Les entraves persistantes à la restructuration bancaire
La restructuration des banques libanaises reste un mirage, bloquée par des intérêts corporatistes et un manque flagrant de volonté politique. Le gouvernement de Nawaf Salam a adopté en décembre 2025 une loi sur le « gap financier » visant à répartir les pertes entre l’État, la Banque centrale, les banques et les déposants. Pourtant, le FMI, dans une déclaration du 23 janvier 2026, a exigé des amendements urgents pour clarifier la hiérarchie des créances, accusant implicitement les banques de freiner le processus pour protéger leurs actionnaires. « Nous avons besoin de garanties que les petits déposants ne seront pas sacrifiés au profit des grands intérêts », a déclaré un porte-parole du FMI lors d’une session technique à Washington le 15 janvier 2026, pointant du doigt les résistances des banques commerciales.
La loi de restructuration bancaire n°23 de 2025, promulguée en juillet 2025, impose un audit des bilans sur dix ans par la Commission de contrôle des banques, avec un assouplissement partiel du secret bancaire. Des amendements d’octobre 2025 visent à limiter les recours judiciaires des banques, mais ces mesures sont jugées cosmétiques par les experts. Un rapport du Carnegie Endowment for International Peace daté du 7 janvier 2026 critique vertement les banques pour leur rôle dans le blocage : « Les institutions financières libanaises ont systématiquement priorisé leurs profits sur la transparence, creusant un fossé qui rend toute réforme illusoire sans une intervention extérieure musclée ». Sous des scénarios modérés analysés lors d’une table ronde à l’Université américaine de Beyrouth le 21 janvier 2026, un « bail-in » de 83 % des dépôts en dollars pourrait théoriquement restaurer la solvabilité, mais la moitié du système bancaire resterait insolvable en cas de stress supplémentaire, révélant la fragilité inhérente due à des années de mauvaise gestion.
L’Association des banques du Liban (ABL), dans un communiqué du 5 janvier 2026, a réclamé une répartition « équitable » des pertes, arguant que les déposants et les banques ne peuvent combler seuls le gap. Cette position, vue comme une esquive, ignore les responsabilités des banques dans l’ingénierie financière qui a gonflé les bilans avant 2019. Le ministre des Finances Yassin Jaber, affilié au mouvement Amal, a déclaré le 10 janvier 2026 que « les banques doivent contribuer davantage », mais sans mesures concrètes, cette rhétorique reste lettre morte. Le FMI insiste sur un audit complet de la Banque du Liban, bloqué jusqu’en 2023 par l’ancien gouverneur Riad Salameh, dont le dossier de corruption – incluant des allégations de détournement de fonds – a été transféré à la plus haute cour criminelle le 12 janvier 2026.
L’opacité endémique du système financier libanais
Le manque de transparence des banques libanaises est un mal profond, ancré dans la loi sur le secret bancaire de 1960, assouplie en 2025 mais encore insuffisante pour restaurer la confiance. Le FMI, dans son rapport d’avril 2025, dénonce des lacunes en gouvernance à la Banque du Liban, qui ont érodé sa crédibilité internationale. Placées sur la liste grise du GAFI, les banques risquent une inscription sur la liste noire si les réformes stagnent, un scénario qui isolerait davantage le Liban des flux financiers mondiaux. Des audits partiels révèlent que des profits issus d’opérations spéculatives ont été siphonnés sans traçabilité, laissant les déposants face à des pertes non justifiées.
Le ministre de l’Industrie Joe Issa El-Khoury a proposé le 18 janvier 2026 de vendre 15 milliards de dollars de réserves d’or pour rembourser les déposants via des obligations internationales, critiquant la loi sur le gap qui étale les remboursements sur 20 ans sans garanties solides. « Les banques ont profité d’un système opaque pour masquer leurs échecs, et il est temps de briser ce tabou », a-t-il déclaré lors d’une session parlementaire, en référence à la loi 42/1986 protégeant les réserves d’or. Cette idée, controversée, met en lumière le désespoir face à l’opacité bancaire, où des milliards de dollars en dépôts gelés restent inaccessibles sans explication claire.
Des experts du Middle East Institute, dans un briefing du 20 janvier 2026, notent que sans une résolution globale soutenue par le FMI, la crise monétaire perdure, limitant toute reprise. La Banque mondiale, dans son évaluation de mars 2025, estime les pertes privées dues aux restrictions bancaires à plus de 70 milliards de dollars, un chiffre contesté par les banques mais corroboré par des analystes indépendants. L’absence de transparence a également favorisé des pratiques de corruption, comme en témoigne l’affaire Salameh, où des fonds publics auraient été détournés via des circuits bancaires non audités.
Les réformes avortées et les résistances bancaires
Le gouvernement Salam, avec ses 24 ministres équilibrés confessionnellement, a soumis un budget par décret en mars 2025 pour restaurer un semblant de contrôle fiscal. Yassin Jaber, au ministère des Finances, mène des négociations avec le FMI, qui exige des ajustements au plan de 2022. Une mission du FMI en septembre 2025 a salué les lois sur la restructuration et le secret bancaire comme « essentielles », mais incomplètes face aux obstructions des banques. « Nous observons une réticence claire des institutions financières à ouvrir leurs livres, ce qui bloque tout progrès », a indiqué un représentant du FMI lors d’une réunion à Beyrouth le 25 janvier 2026.
Les obstacles sont multiples : divisions sur la répartition des pertes, avec les banques réclamant l’utilisation d’actifs d’État pour combler un gap qu’elles ont largement creusé. Le gouvernement rechigne à assumer une dette de 16,5 milliards de dollars envers la Banque centrale, plus 14,9 milliards sous l’article 113 du Code monétaire, des engagements que le FMI refuse de valider sans transparence accrue. Un rapport du Washington Institute for Near East Policy d’octobre 2025 critique cette impasse : « Les banques libanaises, en protégeant leurs intérêts, prolongent la souffrance économique au détriment des déposants et de l’économie réelle ».
L’ABL, en décembre 2025, a proposé un plan où banques et déposants absorbent l’essentiel des pertes, sans contribution significative de l’État, une approche qualifiée d’« inéquitable » par le ministre Jaber lors d’une déclaration le 8 janvier 2026. La liste grise du GAFI complique l’accès au financement externe, forçant les banques à des mesures désespérées comme des frais exorbitants sur les retraits limités. Le FMI prévoit une croissance modeste de 2,3 % pour 2025-2026, conditionnée à des réformes que les banques entravent par leurs lobbies.
Les conséquences pour les investisseurs et l’économie
La plainte d’al-Habtoor expose les risques accrus pour les investisseurs étrangers, victimes collatérales des défaillances bancaires. Invoquant des violations de traités bilatéraux, le groupe accuse les restrictions d’avoir causé des dommages directs, un grief partagé par d’autres entités gulfiques. En 2022, al-Habtoor avait déjà averti de poursuites, mais la guerre de 2024 a amplifié les pertes, avec des dommages estimés à 14 milliards de dollars selon la Banque mondiale. Le secteur touristique, autrefois 20 % du PIB, a vu ses arrivées internationales chuter de 80 % en 2024, les banques ayant gelé les fonds nécessaires à la maintenance des infrastructures.
La levée des interdictions de voyage par les pays du Golfe en mai 2025 n’a pas inversé la tendance, les investisseurs fuyant un système financier jugé « toxique ». Le président Joseph Aoun, élu en janvier 2025, a appelé le 29 janvier 2026 à des réformes pour « restaurer la confiance », mais sans cibler explicitement les banques, sa déclaration reste vague. Les tensions sécuritaires, avec plus de 2 036 violations israéliennes du cessez-le-feu entre octobre et décembre 2025 selon une plainte libanaise à l’ONU le 26 janvier 2026, aggravent l’instabilité, mais c’est l’opacité bancaire qui dissuade les capitaux.
Situation économique immédiate et défis persistants
Au 29 janvier 2026, l’économie libanaise stagne, avec des réserves en devises à 11 milliards de dollars soutenant une stabilité précaire. L’inflation à 14 % continue d’éroder les revenus, tandis que le budget 2025 alloue 5 milliards à la reconstruction post-guerre, des fonds que les banques pourraient détourner via des circuits opaques. Les besoins en reconstruction s’élèvent à 11 milliards pour 2025-2026, centrés sur le sud et la Bekaa, où les frappes israéliennes du 25 janvier 2026 ont tué deux affiliés du Hezbollah, illustrant les risques persistants.
L’armée libanaise, via le plan « Bouclier de la patrie », annonce un monopole sur les armes au sud, mais Israël conteste ces efforts dans un communiqué du 27 janvier 2026. Le FMI, le 23 janvier 2026, presse pour des ajustements au plan de sauvetage, estimant les pertes à plus de 70 milliards, un fardeau que les banques refusent d’endosser pleinement. La Banque mondiale prévoit une croissance de 3,5 % en 2025, tirée par les transferts de la diaspora, mais l’insolvabilité bancaire et le manque de transparence freinent tout rebond, comme le démontre le retrait d’al-Habtoor. Les déplacés du sud, près de 65 000, restent bloqués par les tensions, aggravant une crise humanitaire que les défaillances financières des banques perpétuent.


