Le rapport 2025 du Forum économique mondial classe le Liban au 136e rang mondial sur 146 pays en matière de réduction des inégalités de genre. Malgré une légère progression, le pays reste à l’arrière-garde régionale et mondiale, faute de réformes structurelles.
Le Global Gender Gap Report 2025 du Forum économique mondial (World Economic Forum, WEF) a attribué au Liban la 136e place sur 146 pays évalués, soit une progression de deux rangs par rapport à 2024. Le Liban est classé 8e parmi 13 pays arabes, derrière les Émirats arabes unis (85e), le Koweït (109e) et l’Algérie (131e). Cette position souligne la faible performance du pays en matière d’autonomisation économique, de représentation politique et d’accès à la santé reproductive, malgré des taux d’éducation féminine comparables à ceux des pays développés.
Classement déséquilibré : éducation forte, pouvoir économique absent
Le Liban affiche un taux élevé de scolarisation féminine (notamment dans l’enseignement supérieur), mais cette réussite ne se traduit pas par une insertion économique équivalente. L’indice 2025 révèle une parité quasi atteinte dans l’éducation (99,8 %), mais un écart abyssal dans la participation économique, avec une parité à seulement 31,3 %. Le taux d’activité des femmes reste inférieur à 25 %, en partie à cause de la structure du marché du travail, de l’absence de politiques de garde d’enfants, et de la prédominance de l’économie informelle.
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Tableau 1 : Scores du Liban par pilier (WEF 2025)
| Pilier | Score (0–1) | Rang mondial |
|---|---|---|
| Éducation | 0,998 | 45e |
| Santé et survie | 0,970 | 75e |
| Participation économique | 0,313 | 142e |
| Autonomisation politique | 0,045 | 145e |
| Indice global | 0,582 | 136e |
Source : World Economic Forum, Global Gender Gap Report 2025
Un score politique catastrophique
Le Liban est classé avant-dernier au monde (145e sur 146) en matière de représentation politique des femmes. Le Parlement libanais compte actuellement seulement 8 femmes sur 128 députés, soit 6,3 %. Aucun quota n’a été adopté malgré les recommandations de la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (CESAO). La participation féminine au gouvernement reste marginale : 2 ministres femmes dans le cabinet sortant, sans portefeuille stratégique. Le pouvoir local, lui aussi, reste quasi exclusivement masculin, avec moins de 5 % de maires femmes.
Stagnation structurelle depuis 2011
Le Liban stagne depuis plus d’une décennie dans le bas du classement mondial. En 2011, il était 135e sur 135. Les progrès enregistrés depuis 2019 (ouverture partielle du marché bancaire, programmes de formation) restent marginaux. Les discriminations sont toujours inscrites dans le code du statut personnel, qui varie selon les communautés religieuses. Aucune loi unifiée sur les droits familiaux n’a été adoptée, et le mariage des mineures reste légal sous certaines juridictions confessionnelles.
Comparaison régionale : le Liban dépassé par ses voisins
Contrairement aux idées reçues, plusieurs pays arabes dépassent désormais le Liban en matière d’égalité de genre. Les Émirats arabes unis (85e) ont institué un quota parlementaire de 50 % pour les femmes, appliqué dès 2019. Le Maroc (114e) a renforcé l’autonomie économique via des programmes ciblés sur les PME féminines. Le Koweït (109e) affiche un meilleur score politique. Le Liban ne surpasse que cinq pays arabes, dont le Yémen (dernier mondial), la Syrie (144e) et l’Algérie (131e), malgré un capital humain féminin bien plus élevé.
Manque de stratégie nationale intégrée
Le Liban ne dispose d’aucune stratégie nationale intersectorielle pour l’égalité de genre. Les quelques initiatives pilotées par des ONG ou des agences de l’ONU (UN Women, PNUD) sont ponctuelles et non coordonnées. Aucun financement budgétaire dédié à l’égalité n’a été inscrit depuis 2020, et les indicateurs de genre sont absents du budget général. Les politiques de protection sociale n’intègrent pas de ciblage spécifique des femmes chefs de ménage, alors qu’elles représentent près de 20 % des foyers dans les zones urbaines.
Coûts économiques de l’inégalité
Selon le FMI, le Liban pourrait gagner 9 points de PIB d’ici 2030 en cas de parité économique entre hommes et femmes. Le maintien de l’exclusion féminine du marché du travail prive l’économie de capacités productives et fiscales majeures, tout en aggravant les inégalités sociales. Dans un pays où le taux de chômage des jeunes dépasse 47 %, l’inclusion économique des femmes n’est plus une option sociale, mais une nécessité macroéconomique.



