samedi, janvier 31, 2026

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Le Liban avance sur la construction de trois silos à blé pour atténuer sa dépendance aux importations

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Le Liban, confronté à une dépendance structurelle aux importations alimentaires, a récemment franchi une étape significative dans la consolidation de sa sécurité alimentaire. Selon des informations publiées par Ad Diyar le 27 janvier 2026, le pays consomme plus de 600 000 tonnes de blé par an, tandis que sa production locale ne dépasse pas 50 000 tonnes. Cette disparité entraîne une dépendance aux importations estimée entre 85 % et 90 %, un chiffre qui souligne la vulnérabilité de l’économie libanaise face aux fluctuations internationales des prix et des approvisionnements. Dans ce contexte, un projet de construction de trois nouveaux silos – à Beyrouth, Tripoli et dans la Békaa – a été mis sur les rails, avec un accent mis sur la priorisation de la sécurité alimentaire au-delà des contraintes budgétaires. Ce développement, annoncé par le ministre de l’Économie et du Commerce, Amer Bisat, intervient alors que le Liban navigue toujours dans les eaux troubles de sa crise économique, marquée par une érosion de la confiance dans la monnaie et un système bancaire fragilisé depuis 2019.

La consommation annuelle de blé au Liban : un pilier de l’alimentation quotidienne

Le blé reste au cœur de l’alimentation libanaise, constituant la base de produits essentiels comme le pain, les pâtes et les pâtisseries traditionnelles. D’après les données du ministère de l’Agriculture, relayées par un rapport de la Food and Agriculture Organization (FAO) daté de février 2025, la consommation moyenne par habitant avoisine les 130 kg par an, un niveau parmi les plus élevés pour les céréales dans la région. Pour l’année 2025, la FAO a estimé les besoins en blé à environ 670 000 tonnes pour la période juillet 2024-juin 2025, un volume en hausse de 4 % par rapport à la moyenne quinquennale, reflétant à la fois la croissance démographique et les perturbations liées au conflit récent avec Israël. Ces chiffres corroborent les estimations d’Ad Diyar, qui soulignent une consommation dépassant les 600 000 tonnes annuelles, avec une demande accrue dans les zones urbaines comme Beyrouth et Tripoli, où le pain plat (khobz) représente jusqu’à 40 % des calories quotidiennes pour les ménages modestes.

Cette consommation élevée s’inscrit dans un contexte démographique complexe. Le Liban abrite environ 5,5 millions d’habitants, auxquels s’ajoutent plus d’un million de réfugiés syriens et palestiniens, selon les estimations de l’United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR) en janvier 2026. Ces populations vulnérables accentuent la pression sur les ressources alimentaires, particulièrement dans les camps comme ceux de la Békaa, où les rations distribuées par le Programme alimentaire mondial (PAM) couvrent souvent moins de 50 % des besoins caloriques. Un porte-parole du PAM, cité dans un communiqué du 19 janvier 2026, a déclaré : « La dépendance au blé importé expose le Liban à des risques accrus en cas de perturbations des chaînes d’approvisionnement, comme nous l’avons vu avec les conflits régionaux et les hausses de prix mondiaux. » En effet, les importations de blé ont représenté en moyenne 31 300 tonnes par mois en 2025, à un prix de 263 dollars par tonne, selon une étude du ministère de l’Économie.

Une production locale limitée par des contraintes multiples

La production domestique de blé au Liban reste marginale, ne couvrant que 10 à 15 % des besoins nationaux. Les terres arables, concentrées dans la plaine de la Békaa et les régions côtières, subissent les effets cumulés de la sécheresse, de l’urbanisation galopante et des conflits armés. Selon un rapport de la FAO publié en août 2025, la récolte de céréales pour l’année 2025 s’est établie à environ 90 000 tonnes, soit près de 50 % en deçà de la moyenne, en raison de conditions de sécheresse exceptionnelles et de dommages infligés par les hostilités au sud du pays. Le ministre de l’Agriculture, Nizar Hani, a confirmé lors d’une conférence de presse le 15 janvier 2026 que « les surfaces cultivées en blé ont diminué de plus de moitié depuis 2016, passant de 80 000 hectares à moins de 40 000, en raison du manque d’irrigation et des coûts élevés des intrants agricoles ».

Ces défis sont exacerbés par le changement climatique. Les précipitations ont chuté de 20 % au cours de la dernière décennie, selon les données du World Bank Lebanon Economic Monitor de l’hiver 2025, rendant les cultures pluviales comme le blé particulièrement vulnérables. Dans la Békaa, principal grenier du pays, les fermiers rapportent des rendements moyens de 2 tonnes par hectare, contre 5 tonnes dans les pays voisins comme la Turquie. Le gouvernement, sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam, a alloué des subventions limitées pour les semences et les engrais, mais ces mesures restent insuffisantes face à l’inflation des coûts, qui a atteint 150 % pour les intrants importés en 2025. Un rapport de la Banque mondiale daté de janvier 2026 note que « la production locale de blé pourrait potentiellement doubler avec des investissements en irrigation, mais les contraintes budgétaires post-crise limitent ces initiatives ».

La lourde dépendance aux importations et ses coûts économiques

Avec une dépendance aux importations oscillant entre 85 % et 90 %, le Liban reste tributaire des marchés mondiaux pour son approvisionnement en blé. Les principaux fournisseurs incluent la Russie, l’Ukraine et la Turquie, qui ont fourni plus de 80 % des volumes en 2025, selon les statistiques du ministère des Finances. Le coût de ces importations s’est élevé à environ 98,5 millions de dollars en 2023, mais les projections pour 2025-2026 indiquent une hausse due à la volatilité des prix mondiaux. La FAO, dans son rapport de janvier 2026 sur les perspectives agricoles mondiales, prévoit une augmentation des importations de blé au Moyen-Orient, avec le Liban nécessitant environ 2,5 millions de tonnes cumulées pour la région, en raison de la croissance démographique et des conflits persistants.

Cette dépendance n’est pas sans conséquences financières. Pour payer ces importations, le Liban doit mobiliser des devises fortes, un défi majeur dans un contexte de réserves en dollars limitées à la Banque du Liban. Le ministre des Finances, Yassin Jaber, a déclaré lors d’une session du Conseil des ministres le 15 janvier 2026 : « Nos importations alimentaires exigent une liquidité externe stable, or la crise bancaire depuis 2019 a érodé nos capacités de paiement, forçant une rationalisation des allocations de devises. » En effet, Al 3arabi Al Jadid, dans son édition du 27 janvier 2026, relie cette situation à la structure économique libanaise, marquée par une érosion de la confiance dans la livre libanaise et une dépendance aux remises des expatriés, qui ont chuté de 30 % depuis la pandémie. Les importations de blé représentent ainsi une part significative de la facture énergétique et alimentaire, estimée à 50 % des importations totales de marchandises, selon les données de la Banque mondiale pour 2023.

Le projet de silos : un pas concret vers une meilleure résilience

Face à ces vulnérabilités, le gouvernement a priorisé la construction de nouveaux silos pour stocker le blé importé. Annoncé en janvier 2026, le projet prévoit trois installations : une à Beyrouth avec une capacité de 235 000 tonnes, une à Tripoli et une dans la Békaa, pour un total de 414 000 tonnes – contre 150 000 tonnes pour les anciens silos détruits lors de l’explosion du port de Beyrouth en 2020. Le ministre de l’Économie, Amer Bisat, a expliqué dans un communiqué du 19 janvier 2026 que « ce projet, financé en partie par une subvention du Fonds koweïtien pour le développement économique arabe d’environ 1,5 million de dollars pour l’étude technique, vise à bolster la sécurité alimentaire en permettant un stockage stratégique sur plusieurs sites ».

L’exécution du projet est divisée en phases. La première, centrée sur Beyrouth, devrait voir la pose de la première pierre dans les mois à venir, avec une étude détaillée achevée d’ici fin 2026. Les sites choisis – Beyrouth pour sa proximité au port principal, Tripoli pour desservir le nord et la Békaa pour stocker près des zones de production – visent à décentraliser les réserves et à réduire les risques liés aux conflits ou aux catastrophes. Un rapport du World Bank daté de décembre 2025 souligne que « ces infrastructures pourraient atténuer les chocs d’approvisionnement, comme ceux vécus lors de la guerre en Ukraine en 2022, qui avaient provoqué une hausse de 50 % des prix du blé au Liban ».

Les défis du financement dans un contexte économique précaire

Le coût total du projet s’élève à 250 millions de dollars, un montant substantiel pour un pays dont la dette publique dépasse 150 % du PIB, selon les estimations de la Banque mondiale en janvier 2026. Des négociations sont en cours avec le Fonds koweïtien et d’autres partenaires arabes pour sécuriser les fonds, mais les contraintes budgétaires persistent. Le Premier ministre Nawaf Salam, lors d’une réunion du Conseil des ministres le 8 février 2025, a insisté sur la nécessité de « prioriser les investissements en sécurité alimentaire, même si cela implique des arbitrages budgétaires difficiles ». La composition actuelle du gouvernement, confirmée par le site officiel de la présidence (presidency.gov.lb), inclut des figures clés comme le ministre des Travaux publics et des Transports, Fayez Rasamny, chargé de superviser les aspects logistiques.

Cette initiative s’inscrit dans une réforme plus large du secteur agricole. Le ministère de l’Agriculture a lancé des programmes pour augmenter la production locale, avec des subventions pour l’irrigation couvrant 20 000 hectares dans la Békaa. Cependant, l’accès aux devises reste un goulot d’étranglement, comme l’a noté un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en décembre 2025 : « Sans flux entrants stables, les importations de blé pourraient être compromises, aggravant la fragilité économique ».

Implications immédiates pour la sécurité alimentaire

La sécurité alimentaire au Liban demeure fragile, avec 17 % de la population – soit environ 874 000 personnes – confrontée à une insécurité alimentaire aiguë entre novembre 2025 et mars 2026, selon l’analyse IPC (Integrated Food Security Phase Classification) publiée par la FAO et le PAM en décembre 2025. Cette situation est particulièrement aiguë parmi les réfugiés syriens, où les taux de malnutrition infantile ont doublé depuis 2024. Les dommages aux infrastructures agricoles, estimés à plus d’un milliard de dollars, incluent la destruction de 12 000 hectares de terres arables au sud, forçant une dépendance accrue aux importations.

Dans les zones rurales comme la Békaa, les agriculteurs signalent une baisse de 50 % de leurs revenus due à la sécheresse prolongée et aux conflits, renforçant la nécessité de stocks tampons via les nouveaux silos. Le PAM, dans un communiqué du 23 décembre 2025, a indiqué que « les projections pour avril-juillet 2026 prévoient une hausse à 961 000 personnes en insécurité alimentaire, soulignant l’urgence d’investissements en résilience ». Les récentes réformes monétaires, incluant une rationalisation des subventions au blé, ont stabilisé les prix du pain à 50 000 livres libanaises par paquet, mais les ménages vulnérables peinent toujours à accéder à une alimentation diversifiée.

Le contexte de la crise bancaire et des flux de devises

La dépendance au blé n’est pas un dossier isolé ; elle reflète la structure économique libanaise depuis la crise de 2019. Al 3arabi Al Jadid, le 27 janvier 2026, décrit une érosion de la confiance dans la monnaie, avec une dépréciation de la livre de plus de 90 % face au dollar. Les banques, sous contrôle strict de la Banque du Liban, limitent les retraits en devises, impactant les importateurs qui doivent payer en dollars pour le blé russe ou ukrainien. Le ministre des Finances, Yassin Jaber, a rapporté lors d’une audition parlementaire le 22 janvier 2026 que « les remises des expatriés, chutant à 6 milliards de dollars en 2025 contre 7,5 milliards en 2019, réduisent notre capacité à financer les importations essentielles ».

Cette crise a entraîné une contraction économique de 34 % depuis 2019, selon le World Bank Lebanon Economic Monitor de l’hiver 2025, avec des secteurs comme l’agriculture et le tourisme particulièrement touchés. Les importations alimentaires, représentant 16,26 % des importations de marchandises en 2023, pèsent sur la balance commerciale, déficitaire de 10 milliards de dollars annuels. Des efforts pour diversifier les sources, comme des accords avec l’Égypte pour des importations de farine, ont été initiés, mais les perturbations au port de Beyrouth persistent.

Les implications immédiates des récentes initiatives gouvernementales se manifestent dans les allocations budgétaires pour 2026. Le Conseil des ministres, le 15 janvier 2026, a approuvé une recommandation pour accélérer les silos, intégrant des mesures pour protéger les stocks contre les risques géopolitiques. Dans la Békaa, des projets d’irrigation financés par l’ONU couvrent déjà 5 000 hectares, permettant une augmentation potentielle de 10 000 tonnes de blé local en 2026. À Tripoli, le port, en expansion depuis 2025, facilite désormais 20 % des importations céréalières, réduisant la pression sur Beyrouth. Ces avancées, bien que modestes, illustrent les efforts pour atténuer les vulnérabilités immédiates liées aux devises et aux approvisionnements externes.

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