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Le Liban confronté aux tirs de roquettes du Hezbollah : les périls d’un désarmement forcé

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Les événements survenus dans la nuit du 1er au 2 mars 2026 ont replacé le Liban au cœur d’une crise sécuritaire aiguë, avec des lancements de six roquettes depuis le sud du pays vers le nord d’Israël, revendiqués par le Hezbollah en représailles à la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei. Ces tirs, qui ont activé les sirènes d’alerte à Haïfa et dans les environs, ont été suivis de frappes aériennes et navales israéliennes sur des sites à Beyrouth et Tyr, causant au moins 31 morts et 149 blessés selon le ministère libanais de la Santé. Dans ce contexte de tensions ravivées, la question du désarmement du Hezbollah, engagée depuis l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, prend une dimension critique. Le gouvernement libanais, dirigé par Nawaf Salam, poursuit un plan en deux phases pour appliquer la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006, qui exige le désarmement des milices non étatiques au sud du fleuve Litani et le déploiement exclusif de l’armée libanaise dans cette zone. Pourtant, l’hypothèse d’un recours à la force pour imposer ce désarmement soulève des interrogations profondes sur les risques d’une guerre civile et d’une dissolution de l’armée, dans un pays déjà marqué par des fractures confessionnelles et une instabilité chronique.

Un plan de désarmement sous haute tension

Le processus de désarmement du Hezbollah a franchi une étape significative en janvier 2026, lorsque l’armée libanaise a annoncé avoir achevé la première phase de son plan, couvrant la région entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres au nord. Cette opération, supervisée par le comité de surveillance du cessez-le-feu composé de représentants américains, français, libanais, israéliens et onusiens, a impliqué la saisie de centaines de roquettes et la neutralisation de sites de stockage d’armes. Le général Joseph Aoun, commandant en chef de l’armée libanaise et président de la République depuis janvier 2025, a déclaré lors d’une conférence de presse à Beyrouth que cette phase avait permis de « restaurer partiellement la souveraineté de l’État au sud du Litani », insistant sur la coopération avec la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), forte de plus de 10 000 casques bleus.

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La deuxième phase, lancée en février 2026 et prévue pour s’achever en quatre mois selon les annonces du Premier ministre Nawaf Salam, étend ces efforts au nord du fleuve. Lors d’une réunion du Conseil des ministres le 16 février, Salam a affirmé que cette étape était « réalisable si l’armée dispose des mêmes conditions logistiques et sécuritaires ». Cette déclaration intervient alors que le gouvernement a approuvé un plan global aligné sur la résolution 1701, qui prévoit le transfert ou la confiscation des armes restantes du Hezbollah. Le ministre de la Défense, Michel Menassa, a précisé que des patrouilles renforcées et des perquisitions dans les villages chiites du sud avaient déjà mené à la découverte de caches d’armes, incluant des missiles iraniens et des drones. Cependant, ces opérations se heurtent à une résistance croissante du Hezbollah, qui refuse de livrer ses armes au nord du Litani, arguant que cela servirait « les objectifs de l’agression israélienne », comme l’a déclaré son secrétaire général adjoint, Naïm Qassem, dans un discours télévisé le 17 février.

Les tirs de roquettes du 1er mars illustrent la fragilité de ce processus. Revendiqués par le Hezbollah comme une « opération limitée » en réponse à l’élimination de Khamenei, ils ont visé une base militaire israélienne près de Haïfa, sans causer de dommages significatifs grâce aux interceptions du Dôme de fer. En riposte, l’armée israélienne a ciblé des centres de commandement à Dahiyeh, dans les banlieues sud de Beyrouth, et un site de stockage à Tyr, affirmant dans un communiqué que ces structures étaient utilisées pour « approfondir la connexion avec le régime iranien ». Le porte-parole israélien, le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, a exclu une invasion terrestre imminente, mais a averti que des frappes supplémentaires pourraient suivre si les menaces persistent. Ces échanges marquent la première violation majeure du cessez-le-feu depuis novembre 2024, et soulignent comment un désarmement forcé pourrait dégénérer en confrontations plus larges, impliquant non seulement Israël mais aussi des acteurs internes libanais.

Les avertissements sur une guerre civile imminente

Le Hezbollah, affaibli par les pertes subies lors du conflit de 2024 mais toujours influent dans la communauté chiite, a multiplié les mises en garde contre toute tentative de désarmement par la force. Un haut responsable du mouvement, cité dans des déclarations du 14 janvier 2026, a averti que cela risquerait de « plonger le Liban dans une guerre civile », rappelant les événements de 1975 lorsque l’éclatement de l’armée entre milices communautaires avait initié quinze années de chaos. Qassem a réitéré ce message en février, déclarant que « toute concession est un affaiblissement supplémentaire » et que les armes du Hezbollah servent à « défendre la résistance, le peuple et la patrie ». Ces propos reflètent la position du mouvement, qui perçoit le désarmement comme une capitulation face aux pressions internationales, particulièrement américaines et israéliennes.

Samir Geagea, chef des Forces libanaises, a exacerbé ces tensions en exhortant le gouvernement, le 2 mars 2026, à déclarer le Hezbollah « hors la loi », avec des mesures comme la dissolution de ses structures militaires et la saisie de ses armes. Dans une déclaration diffusée depuis Beyrouth, Geagea a qualifié cette étape de « moment critique » après vingt années d’efforts infructueux, accusant le Hezbollah d’être indissociable de l’Iran et de précipiter le pays vers un « tournant fatal ». Cette position, émanant d’une figure chrétienne influente, met en lumière les fractures confessionnelles : les Forces libanaises, ancrées dans les communautés maronites, voient dans le désarmement une opportunité de rééquilibrer le pouvoir, tandis que le Hezbollah, soutenu par une base chiite fidèle, y voit une menace existentielle.

Des analystes régionaux, citant des sources diplomatiques françaises, notent que le contexte actuel – avec l’affaiblissement du régime iranien suite à la mort de Khamenei – offre une « fenêtre d’ouverture » pour avancer sur le désarmement. Le ministre français des Affaires étrangères a souligné, le 6 février 2026, la nécessité de « donner à l’armée libanaise les moyens de poursuivre ce travail », lors d’une visite à Beyrouth. Pourtant, des pressions extérieures, comme celles de l’Égypte, de la Turquie et du Qatar, avertissant le Hezbollah d’une possible guerre israélienne si les armes ne sont pas remises, compliquent le tableau. Un post sur les réseaux sociaux daté du 1er janvier 2026 rapporte que ces pays ont fixé une date butoir au 31 décembre 2025 pour le retrait des forces du Hezbollah au nord du Litani, un délai non respecté qui a contribué à l’escalade récente.

La fragilité structurelle de l’armée libanaise

L’armée libanaise, pilier présumé de la souveraineté nationale, se trouve au cœur des risques associés à un désarmement forcé. Composée de plus de 80 000 hommes, elle reflète les équilibres confessionnels du pays : environ un tiers chiite, un tiers sunnite et un tiers chrétien, avec des minorités druzes et alaouites. Le président Joseph Aoun, maronite et ancien commandant en chef, a insisté sur son unité lors d’une allocution le 2 mars 2026, déclarant que l’armée est « prête à intervenir pour protéger les frontières » sans confrontation directe avec le Hezbollah. Cependant, des observateurs soulignent que forcer le désarmement pourrait entraîner des désertions massives parmi les soldats chiites, loyaux au Hezbollah, reproduisant le scénario de 1975 où l’armée s’est fragmentée en milices.

Le ministre de la Défense, Michel Menassa, a confirmé que des formations supplémentaires, financées par des partenaires internationaux comme la France et les États-Unis, visent à renforcer les capacités de l’armée. Une conférence de soutien prévue le 5 mars 2026 à Paris devrait débloquer des aides pour équiper les unités frontalières. Pourtant, des rapports internes indiquent que l’armée manque de moyens pour affronter directement le Hezbollah, dont l’arsenal, bien que réduit depuis 2024, inclut encore des milliers de roquettes et des drones sophistiqués. Des saisies récentes, comme celles d’octobre 2025 le long de la frontière syro-libanaise, ont révélé des cargaisons d’armes destinées au mouvement, interceptées en coopération avec le gouvernement transitoire syrien.

Les implications immédiates des événements du 1er mars mettent cette fragilité en évidence. L’armée libanaise a renforcé ses positions le long de la Ligne bleue, coordonnant avec la FINUL pour des patrouilles conjointes. Le commandant de la FINUL, le général Aroldo Lázaro Sáenz, a appelé à une « retenue maximale », notant que des violations ont été enregistrées des deux côtés. Des incidents mineurs, comme des échanges de tirs isolés le 2 mars, ont été rapportés sans escalade, mais ils illustrent comment un désarmement forcé pourrait diviser l’armée, avec des officiers chiites refusant d’agir contre le Hezbollah.

Les dynamiques confessionnelles au cœur des risques

Le système confessionnel libanais, où les postes sont répartis selon les communautés – 128 sièges au Parlement, avec 27 chiites dont une majorité pro-Hezbollah –, amplifie les dangers d’un désarmement par la force. Le cabinet Salam, formé en février 2025 avec 24 ministres dont cinq femmes, inclut des représentants des Forces libanaises comme Charles Hage aux Télécommunications, et des chiites proches d’Amal comme Yassine Jaber aux Finances. Cette coalition hétérogène, avec Tarek Mitri comme vice-Premier ministre, vise à équilibrer les influences, mais elle peine à imposer des décisions unanimes sur la sécurité.

Des manifestations à Beyrouth et Tripoli, survenues le 2 mars 2026, ont vu des citoyens sunnites et chrétiens accuser le Hezbollah de prioriser des agendas iraniens. À Tripoli, des pancartes appelaient à une « souveraineté réelle », reflétant les frustrations face aux retombées des tirs de roquettes. Le Hezbollah, via ses porte-parole, maintient que ses actions protègent le Liban, affirmant que les tirs étaient « proportionnés et ciblés sur des sites militaires ». Des réunions interconfessionnelles, organisées par des leaders religieux comme le patriarche maronite Béchara Raï, visent à apaiser les tensions, mais les clivages persistent.

Les défis humanitaires et économiques aggravés

Les frappes israéliennes du 2 mars ont exacerbé la crise humanitaire, avec des quartiers comme Haret Hreik à Beyrouth endommagés, provoquant des déplacements de population. Le ministère de la Santé, dirigé par Hanine Sayyed, a rapporté que les hôpitaux sont saturés, traitant des blessures dues à des explosions. La Croix-Rouge libanaise a distribué des kits d’urgence à des centaines de familles, tandis que l’UNICEF alerte sur les impacts sur les enfants.

Économiquement, avec une dette publique dépassant 150 milliards de dollars, les marchés ont chuté le 2 mars, dépréciant la livre libanaise. Le ministre des Finances, Yassine Jaber, a annoncé des mesures pour stabiliser les banques, appelant au FMI pour des fonds conditionnés à des réformes. Dans le sud, l’agriculture subit des pertes, menaçant les récoltes.

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