dimanche, février 22, 2026

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Le Liban post-Nasrallah : une recomposition politique inévitable ?

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L’assassinat de Sayyed Hassan Nasrallah le 27 septembre a marqué un tournant dans l’histoire politique et militaire du Liban. En tant que dirigeant charismatique du Hezbollah, Nasrallah incarnait une figure centrale, à la fois redoutée et respectée. Son successeur, Naim Kassem, plus aligné sur l’Iran, peine à rallier la même adhésion populaire et stratégique. Dans un pays marqué par des crises économiques et sociales majeures, cette transition ouvre la voie à une recomposition des forces politiques internes, redessinant les équilibres fragiles entre les acteurs locaux et régionaux.

La perte d’un leader charismatique

Hassan Nasrallah a longtemps été le symbole de la résistance contre Israël et l’incarnation du Hezbollah comme puissance militaire et politique au Liban. Son charisme et sa capacité à mobiliser les masses avaient assuré au Hezbollah une base de soutien solide, dépassant parfois les clivages confessionnels. Naim Kassem, son successeur, est perçu comme un dirigeant plus effacé, davantage technocrate, et dont l’influence est directement dictée par l’Iran. Cette différence de style et de leadership risque d’affaiblir la cohésion interne du Hezbollah tout en exacerbant les critiques de ses adversaires politiques.

Selon un analyste proche du dossier : « Nasrallah était à la fois un symbole de résistance et un habile négociateur. Sa disparition laisse un vide stratégique difficile à combler ».

Un Hezbollah plus vulnérable

L’affaiblissement du Hezbollah ne se limite pas à la disparition de Nasrallah. Sur le terrain militaire, les événements récents, notamment le conflit israélo-libanais d’octobre à novembre, ont mis en évidence les vulnérabilités logistiques du groupe. L’effondrement de l’arrière-base syrienne suite à la montée en puissance de HTS (Hayat Tahrir al-Sham) a considérablement restreint ses capacités d’approvisionnement. La perte de cette profondeur stratégique force le Hezbollah à se replier vers le Liban, rendant ses infrastructures plus exposées aux frappes israéliennes.

Le contexte régional joue également contre le groupe chiite. L’Iran, en proie à des difficultés économiques et à des contestations internes, est moins en mesure de soutenir le Hezbollah comme par le passé. Naim Kassem, bien qu’étroitement lié à Téhéran, peine à maintenir l’image d’autonomie stratégique que Nasrallah avait soigneusement cultivée.

La recomposition du paysage politique libanais

L’affaiblissement du Hezbollah ouvre la voie à une recomposition des forces politiques internes. Plusieurs dynamiques pourraient se dessiner :

  1. Rivalités interchiites : Certains acteurs politiques chiites, comme le président du Parlement Nabih Berri, pourraient chercher à tirer profit de la transition actuelle. Plus modéré et pragmatique, Berri pourrait capitaliser sur les divisions internes au sein du Hezbollah pour renforcer sa position.
  2. L’axe sunnite : L’affaiblissement du Hezbollah offre une opportunité aux forces sunnites, traditionnellement soutenues par l’Arabie saoudite. Des leaders comme Najib Mikati pourraient se positionner comme des alternatives crédibles, appelant à une refonte du système politique pour rétablir un équilibre confessionnel fragilisé.
  3. Montée des critiques internes : Le Hezbollah, accusé de compromettre la souveraineté libanaise en alignant les intérêts du pays sur ceux de l’Iran, pourrait voir émerger des contestations internes plus structurées. Des mouvements de la société civile, déjà actifs depuis la crise économique de 2019, pourraient profiter de ce moment d’instabilité pour réclamer des réformes profondes.

L’impact des acteurs régionaux

La recomposition politique du Liban ne peut être dissociée des ingérences régionales. L’Arabie saoudite, l’Iran, mais aussi la Turquie et les puissances occidentales cherchent à influencer le nouveau rapport de forces libanais. L’affaiblissement du Hezbollah, qui bénéficiait d’une hégémonie militaire au sein du pays, pourrait raviver des affrontements par procuration entre ces acteurs externes.

  • L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis : Leur objectif serait d’affaiblir l’influence iranienne en renforçant les partis sunnites et en soutenant une transition politique plus équilibrée.
  • L’Iran : Pour Téhéran, le maintien du Hezbollah reste stratégique. L’arrivée de Naim Kassem renforce le contrôle iranien, mais le manque de leadership pourrait limiter l’efficacité du groupe.
  • Israël : L’État hébreu voit dans cette recomposition politique une opportunité pour intensifier sa stratégie de containment contre le Hezbollah, espérant une fragmentation interne qui affaiblirait durablement son ennemi.

Les conséquences pour la stabilité du Liban

La disparition de Hassan Nasrallah exacerbe les incertitudes pour le Liban. Déjà confronté à une crise économique sans précédent, avec une inflation galopante et une monnaie dévaluée, le pays risque de basculer dans une phase d’instabilité politique accrue. La fragilité des institutions étatiques, couplée à la montée des tensions intercommunautaires, menace de raviver des conflits internes.

  1. Crise de gouvernance : La transition au sein du Hezbollah pourrait entraîner un blocage politique durable, aggravant la paralysie des institutions libanaises.
  2. Tensions sécuritaires : Un Hezbollah affaibli pourrait être tenté de recourir à des démonstrations de force pour réaffirmer son autorité, ce qui augmenterait le risque de confrontation avec Israël.
  3. Instabilité économique : Les investisseurs internationaux, déjà frileux, pourraient se détourner davantage du Liban, freinant toute tentative de redressement économique.

Perspectives ouvertes

La disparition de Hassan Nasrallah ouvre un chapitre incertain pour le Liban. Si Naim Kassem incarne une continuité alignée sur l’Iran, son manque de charisme et l’affaiblissement structurel du Hezbollah créent un espace pour de nouveaux rapports de forces. Cette transition, surveillée de près par les acteurs régionaux, pourrait soit mener à une fragmentation accrue, soit ouvrir la voie à une recomposition politique plus équilibrée.

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