Le rapport 2025 de la Heritage Foundation, publié en mars, positionne le Liban au 148e rang mondial sur 180 pays en matière de liberté économique, avec une note particulièrement basse dans le pilier dédié à la liberté commerciale. Cette composante, qui mesure l’ouverture d’un pays au commerce international sur la base des barrières tarifaires, des quotas, des régulations et de la transparence douanière, reflète un environnement de plus en plus contraint pour les opérateurs libanais. Enregistrant un score de 61,7/100, le Liban affiche une performance bien inférieure à la moyenne régionale de la zone MENA, estimée à 70,3, et nettement en recul par rapport à son propre score de 65,2 en 2024.
Cette chute de près de quatre points s’accompagne d’une perte de quatre rangs dans le classement général. Le Liban s’éloigne ainsi des standards minimaux nécessaires à une intégration efficace dans les chaînes de valeur mondiales. Le classement 2025 place les Émirats arabes unis au 27e rang mondial avec un score de 86,4, suivis d’Israël (32e avec 83,2), du Maroc (75e, 72,5), de la Jordanie (81e, 69,3) et de l’Égypte (99e, 66,1). Le Liban se retrouve loin derrière ces pays avec 61,7, intégrant ainsi le dernier quartile mondial. Cette situation pèse lourdement sur sa capacité à attirer des investisseurs étrangers, à élargir ses exportations non traditionnelles, et à réduire son déficit structurel de la balance commerciale.
| Pays | Classement mondial (2025) | Score liberté commerciale (/100) |
|---|---|---|
| Émirats arabes unis | 27 | 86,4 |
| Israël | 32 | 83,2 |
| Maroc | 75 | 72,5 |
| Jordanie | 81 | 69,3 |
| Égypte | 99 | 66,1 |
| Liban | 148 | 61,7 |
Les principaux obstacles identifiés dans le rapport comprennent la persistance de barrières non tarifaires, notamment l’opacité des procédures d’importation, l’instabilité de la réglementation douanière, les retards chroniques dans le dédouanement, ainsi que l’existence de traitements différenciés selon les importateurs. À cela s’ajoute la multiplicité des taxes portuaires, des commissions informelles et la dépendance à des monopoles d’importation dans des secteurs stratégiques tels que le carburant, les médicaments ou l’équipement industriel.
Comparez rapidement les prix des vols avec Fly2Leb.
La Heritage Foundation relève également un manque de transparence dans les appels d’offres et dans l’attribution des licences d’importation, ce qui crée un effet de rente au profit de certains groupes économiques proches du pouvoir. Cette asymétrie nuit à la concurrence et à l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché. Le manque de réforme dans les douanes, malgré plusieurs engagements pris depuis 2019 auprès de la Banque mondiale et de l’Union européenne, aggrave encore les distorsions de marché.
Le coût logistique reste très élevé : selon la Banque mondiale, il faut en moyenne 11 jours pour faire entrer un conteneur au Liban, contre 4 à Dubaï et 6 à Casablanca. Les frais de traitement douanier représentent entre 12 et 15 % de la valeur déclarée, contre une moyenne régionale de 7 %. Le port de Beyrouth, bien qu’un des hubs les plus anciens de la Méditerranée orientale, souffre d’un sous-investissement chronique et d’un manque de digitalisation de ses procédures.
L’indice 2025 souligne également le caractère instable du cadre réglementaire : plusieurs circulaires, lois fiscales et décrets d’application concernant l’importation de biens de consommation ont été modifiés à plus de dix reprises en 18 mois. Cette instabilité juridique génère de l’incertitude, notamment pour les entreprises étrangères. Plusieurs exportateurs européens ont suspendu leurs livraisons au Liban depuis 2024 en raison de défauts de paiement, de taux de change multiples et de blocages douaniers arbitraires.
Du côté des exportations, la faiblesse de la liberté commerciale se traduit par un manque de soutien institutionnel aux entreprises exportatrices. Le Liban n’a pas de stratégie nationale d’exportation, ni de dispositif de garantie publique à l’export. Les données du premier trimestre 2025 montrent que les exportations hors or et pierres précieuses ont chuté de 9 % en glissement annuel. Le manque d’accords commerciaux bilatéraux actifs et la non-application de certains protocoles de la Zone arabe de libre-échange contribuent à cette faiblesse.
L’impact sur la compétitivité globale du pays est immédiat : selon l’indice de compétitivité globale 2024-2025 du World Economic Forum, le Liban se classe 130e sur 141 pays pour l’indicateur de « connectivité logistique ». Cela freine non seulement le commerce, mais aussi les investissements directs étrangers (IDE). En 2024, le Liban n’a attiré que 89 millions USD d’IDE nets, contre plus de 1,3 milliard USD pour la Jordanie et 3,4 milliards USD pour le Maroc.
La Heritage Foundation, basée à Washington, est un think tank conservateur influent fondé en 1973, qui publie chaque année l’« Index of Economic Freedom » en partenariat avec le Wall Street Journal. Cet indice évalue les pays selon douze critères, dont la liberté commerciale, la politique fiscale, la stabilité monétaire, la protection des droits de propriété et l’efficacité judiciaire.
En 2025, le rapport recommande au Liban de réduire ses barrières à l’entrée, de renforcer la digitalisation des douanes, de mettre en place une agence indépendante de régulation du commerce, et de simplifier l’environnement réglementaire. Il est également proposé d’abolir les droits d’accise sur certains intrants industriels pour favoriser l’intégration du pays dans les chaînes de valeur régionales.
À défaut de réformes rapides et profondes, le Liban risque de rester durablement dans le dernier quart du classement mondial, avec des conséquences directes sur son taux de croissance potentiel, ses réserves en devises, et l’emploi dans les secteurs productifs. La liberté commerciale, souvent négligée dans les débats politiques internes, représente pourtant un levier stratégique pour toute stratégie de relance économique.



