Chiffre en recul constant depuis 2019
Selon les statistiques officielles publiées par la Banque du Liban (BdL), le nombre total de cartes de paiement actives (débit, crédit et cartes prépayées) s’élevait à 1,81 million en septembre 2024, contre 2,25 millions un an plus tôt, et 3,1 millions en 2019. Cette réduction de 42 % en cinq ans illustre la décomposition continue du système bancaire libanais et la régression de l’inclusion financière effective. Les cartes de crédit, en particulier, sont devenues quasi inexistantes, les banques ayant coupé les lignes de crédit à la consommation dans un contexte de défiance systémique.
Typologie des cartes en circulation
La répartition actuelle des cartes montre une domination des cartes de débit (1,41 million), suivies des cartes prépayées (295 000), tandis que les cartes de crédit ne représentent plus que 104 000 unités, contre plus de 700 000 en 2018. Cette chute massive est due à la suppression des lignes de crédit en USD par les banques, l’absence d’offre nouvelle, et la difficulté d’approvisionnement en cartes à puce adaptées aux nouvelles normes internationales.
Encadré – Cartes de paiement en circulation
| Type de carte | 2018 | 2022 | Sept. 2024 |
|---|---|---|---|
| Cartes de débit | 1 920 000 | 1 610 000 | 1 410 000 |
| Cartes prépayées | 270 000 | 320 000 | 295 000 |
| Cartes de crédit | 710 000 | 190 000 | 104 000 |
| Total | 2 900 000 | 2 120 000 | 1 809 000 |
Source : Banque du Liban, ABL, Libnanews
Perte de confiance et fonctionnement au ralenti
La baisse du nombre de cartes en circulation résulte d’une double dynamique : d’un côté, les banques ont restreint l’émission de nouvelles cartes, par peur du risque de change et du non-remboursement ; de l’autre, les clients ont cessé d’utiliser les cartes existantes, notamment en LBP, en raison de l’instabilité des taux de conversion et de la non-acceptation de ces moyens de paiement par une grande partie des commerçants. Dans de nombreux cas, les cartes restent techniquement actives, mais sans fonds réels disponibles ni possibilité de transaction.
Paiements électroniques en chute libre
La chute du parc de cartes a entraîné une diminution des paiements électroniques de plus de 70 % depuis 2019. Les terminaux POS (point of sale) installés ont été réduits à 12 300 unités, contre 26 000 en 2018. Les paiements mobiles restent marginaux et concentrés à Beyrouth. Le taux d’utilisation des cartes pour les dépenses domestiques est estimé à moins de 5 %, contre plus de 30 % avant la crise. La dollarisation informelle de l’économie a déplacé l’essentiel des paiements vers le cash ou les virements directs en devises.
Impact sur la traçabilité et la fiscalité
Cette régression a des conséquences profondes sur la traçabilité des transactions, la collecte de TVA, et le contrôle de l’économie informelle. Le manque de digitalisation empêche l’État de suivre les flux commerciaux, d’enregistrer les revenus réels des entreprises, et de moderniser le système fiscal. Les réformes de digitalisation du ministère des Finances, soutenues par la Banque mondiale, sont au point mort. Le Liban s’éloigne ainsi des standards régionaux et internationaux en matière de bancarisation et de digital finance.
Aucune transition vers les FinTechs
Contrairement à d’autres économies en crise, le Liban n’a pas connu de transition vers des solutions de paiement alternatives. Les portefeuilles mobiles, cartes virtuelles, QR code ou agrégateurs de paiement numérique restent embryonnaires. En l’absence de loi claire sur les FinTechs, aucune société opérant dans ces domaines n’est régulée ou connectée au système bancaire. Les acteurs innovants libanais migrent vers d’autres juridictions pour lancer leurs services, privant le pays d’un levier stratégique de modernisation.
Données de contexte sur le système de paiement
- Nombre de cartes de paiement actives (sept. 2024) : 1,81 million
- Moyenne de paiement par carte/mois : 1,6 transaction
- Taux d’usage sur terminaux POS : < 5 % des transactions totales
- Taux de rejet de transactions (technique ou fonds insuffisants) : 22 %
- Nombre estimé de commerçants acceptant les cartes : 8 500



