mercredi, janvier 21, 2026

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Le pape Léon XIV exhorte les jeunes chrétiens du Liban à demeurer sur leurs terres face à l’hémorragie migratoire

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Le 30 novembre 2025, lors de son arrivée à Beyrouth pour une visite apostolique de quarante-huit heures, le pape Léon XIV a prononcé un discours inaugural au palais présidentiel de Baabda, où il a insisté sur le « courage de rester » malgré les sacrifices imposés par la crise économique et les séquelles du conflit avec Israël. Devant les autorités libanaises, dont le président Joseph Aoun, le souverain pontife a qualifié l’émigration massive des jeunes, particulièrement parmi les communautés chrétiennes, d’« hémorragie » qui menace l’identité même du pays. Cette allocution, inspirée de la béatitude « Heureux les artisans de paix », s’inscrit dans un contexte où les églises orientales expriment une alarme croissante face au déclin démographique des chrétiens au Proche-Orient, accentué par les instabilités régionales persistantes un an après le cessez-le-feu du 27 novembre 2024.

Accueilli à l’aéroport international Rafic Hariri par une délégation incluant le Premier ministre Nawaf Salam et le président du Parlement Nabih Berri, le pape a traversé les rues de la capitale sous une pluie fine, salué par des foules agitant des drapeaux pontificaux et libanais. La sécurité, renforcée par des milliers d’agents des Forces de sécurité intérieure et de l’armée libanaise, reflète les tensions latentes au sud du pays, où des incidents sporadiques avec Israël continuent de violer la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a d’ailleurs réitéré le 28 novembre 2025 son appel à une « désescalade immédiate » pour préserver la stabilité, soulignant que toute violation expose les civils à de nouveaux dangers.

Cette visite, la première à l’étranger depuis l’élection du pape en mai 2025, succède à une étape en Turquie marquée par des rencontres œcuméniques. Au Liban, elle met en lumière les préoccupations des églises pour la survie des communautés chrétiennes, qui représentent encore environ 44,85 % de la population selon les statistiques du Bureau central des statistiques du Vatican, mais dont le nombre diminue en raison d’une émigration accélérée depuis 2019. Le patriarche maronite, le cardinal Béchara Boutros Raï, a déclaré lors d’une conférence de presse le 29 novembre 2025 que « les chrétiens du Liban sont les gardiens des racines du christianisme en Terre Sainte », appelant à une aide internationale pour contrer les facteurs poussant à l’exode.

Un déclin démographique accéléré au cœur des crises régionales

Les communautés chrétiennes d’Orient, historiquement ancrées en Syrie, en Irak, en Égypte et au Liban, font face à une réduction drastique de leur présence, passant d’un habitant sur quatre au début du XXe siècle à environ 11 millions sur 320 millions dans la région aujourd’hui. Au Liban, ce phénomène s’est intensifié avec l’effondrement économique de 2019, marqué par une dévaluation de la livre libanaise de plus de 95 % et un taux de chômage chez les jeunes atteignant 40 % selon les estimations de la Banque mondiale en 2025. Plus de 800 000 Libanais, dont une proportion significative de chrétiens, ont émigré depuis cette date, d’après les données de l’Organisation internationale pour les migrations.

En Syrie voisine, la présence chrétienne a chuté de 80 % en seulement 14 ans, comme l’a rapporté L’Œuvre d’Orient le 28 novembre 2025, attribuant ce déclin aux conflits armés et à l’instabilité économique. Le directeur Syrie-Liban de cette organisation, Vincent Gelot, a indiqué que « c’est parce que ces pays vont mal que les chrétiens vont mal », pointant les persécutions et les discriminations qui touchent minorités chrétiennes, druzes et kurdes. Selon le rapport d’octobre 2024 de l’Aide à l’Église en détresse, 413 millions de chrétiens vivent dans des pays où la liberté religieuse est gravement restreinte, avec les chrétiens d’Orient parmi les premières victimes.

Au Liban, les chrétiens, bien que détenteurs de postes clés comme la présidence réservée à un maronite par le pacte national de 1943, expriment une crainte de « grand déclassement ». Des reportages de terrain, du nord au sud du pays, révèlent des communautés traumatisées par l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, qui a dévasté des quartiers majoritairement chrétiens, et par les destructions au sud lors du conflit de 2024. À Yaroun, village frontalier, des habitants ont rapporté le 27 novembre 2025 des craintes persistantes face aux violations israéliennes, malgré le déploiement de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul).

Les églises au front des appels à la résilience

Les institutions ecclésiales, du Vatican aux patriarcats orientaux, placent l’exil des chrétiens au centre de leurs préoccupations, multipliant les déclarations et initiatives. Le 26 novembre 2025, le pape Léon XIV a dédié son intention de prière mensuelle aux chrétiens en zones de guerre, appelant à prier pour ceux confrontés à la violence au Moyen-Orient. Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, a décrit la visite papale comme celle d’un « messager de dialogue et de paix », soulignant le rôle du Liban comme « pays messager » de coexistence.

L’Œuvre d’Orient, organisation catholique soutenant les chrétiens d’Orient, a présenté le 16 novembre 2025, lors de la Journée mondiale des pauvres, un rapport alarmant sur la situation financière critique des institutions chrétiennes au Liban. Son président, Mgr Hugues de Woillemont, a déclaré que « le choix du Liban est un choix courageux », en référence aux efforts pour maintenir les écoles et hôpitaux chrétiens malgré la crise. Ces établissements, souvent gérés par des congrégations religieuses, font face à une augmentation de 30 % des cas de troubles post-traumatiques depuis 2024, selon des données d’hôpitaux comme celui visité par le pape le 1er décembre 2025.

Le patriarche arménien catholique, Raphaël Bedros XXI Minassian, a évoqué lors d’une rencontre œcuménique à Istanbul le 30 novembre 2025 le « témoignage courageux » du peuple arménien face aux tragédies historiques, une allusion aux massacres de 1915-1916. Au Liban, où la communauté arménienne compte environ 150 000 membres, l’émigration touche particulièrement les jeunes, aggravée par une inflation estimée à 150 % en 2025 par le Fonds monétaire international.

Dynamiques confessionnelles et influences régionales

Au Liban, le modèle de coexistence entre chrétiens, musulmans chiites, sunnites et druzes reste fragile, influencé par des alliances régionales. Les chrétiens, minoritaires numériquement mais influents politiquement, craignent une marginalisation accrue. Le Hezbollah, acteur dominant au sud, a salué l’arrivée du pape le 30 novembre 2025 en appelant à rejeter « l’injustice et l’agression », une référence aux actions israéliennes. Des panneaux de bienvenue dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement, juxtaposent portraits de leaders locaux et symboles pontificaux, illustrant les dynamiques complexes.

Le gouvernement Salam, en place depuis février 2025, compose avec ces tensions. Le ministre des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, a annoncé le 29 novembre 2025 une intensification des patrouilles conjointes avec la Finul pour sécuriser la frontière sud, où des incidents ont eu lieu le même jour. Le cabinet, incluant des ministres comme Ziad Makary à l’Information et Firas Abiad à la Santé, a présenté un budget 2025 le 29 juillet, prévoyant des réformes fiscales pour débloquer un prêt de 3 milliards de dollars du FMI, bloqué depuis 2022.

Dans le nord du Liban, à Tripoli, les communautés sunnites et chrétiennes partagent des préoccupations économiques similaires, avec un taux de pauvreté atteignant 80 % de la population nationale. Des initiatives locales, soutenues par l’Église maronite, visent à retenir les jeunes via des programmes éducatifs, mais l’exode persiste, avec des familles entières partant pour l’Europe ou l’Amérique.

Rôles des femmes et des jeunes dans la lutte contre l’exode

Le discours du pape du 30 novembre a mis l’accent sur le rôle des femmes et des jeunes comme « facteurs de renouveau » face à l’exil. Il a loué la capacité des femmes à « préserver et développer des liens profonds avec la vie, les personnes et les lieux », notant leur participation limitée à 8 % des sièges parlementaires après les élections de 2022. Au Liban, des femmes comme Nehmat Aoun, première dame, ou des activistes issues des manifestations de 2019, incarnent cette énergie.

Les jeunes, protagonistes des protestations contre la corruption en 2019, sont appelés à devenir « artisans de paix » sur leur terre natale. Une jeune Libanaise de 19 ans, présente lors de l’accueil papal, a déclaré : « Nous voulons être unis et que le pape bénisse notre terre. » Le programme papal du 1er décembre inclut une messe en plein air sur le front de mer de Beyrouth, attendue par des dizaines de milliers, où il a réitéré cet appel aux forces vives.

Implications immédiates des déclarations papales

La messe du 1er décembre 2025, célébrée sous un ciel nuageux, a rassemblé des fidèles de diverses confessions, avec des mesures de sécurité étendues face aux risques d’incidents. Le pape a visité un hôpital psychiatrique, l’un des rares au pays, où les soignants gèrent l’afflux de patients traumatisés par le conflit. L’ambassadeur de France au Liban a qualifié le message papal d’« encouragement vital » pour les réformes, tandis que le coordinateur spécial de l’ONU pour le Liban a réaffirmé le soutien à la résolution 1701.

Sur le terrain, des associations comme SOS Chrétiens d’Orient alertent sur la guerre persistante au sud, où des villages comme Mhaibib ont subi des destructions, y compris des sites historiques chrétiens vieux de plus de 2 100 ans. Le 29 novembre 2025, une délégation de l’Ordre de Malte Liban a décrit la visite papale comme un « message de soutien et d’espérance », annonçant une aide supplémentaire pour les écoles en souffrance. Ces initiatives, combinées à l’aide humanitaire de l’Union européenne débloquée en octobre 2025 pour 500 millions d’euros, visent à atténuer les impacts dans les régions dévastées, où les reconstructions avancent lentement face aux violations persistantes du cessez-le-feu.

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