vendredi, janvier 23, 2026

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Le retour de Riyad dans le jeu libanais

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Une délégation annoncée et un changement de ton saoudien

Un responsable saoudien de haut niveau a rompu avec la réserve habituelle sur le dossier libanais en annonçant, par une déclaration à une grande agence internationale, l’envoi « prochain » d’une délégation « de haut niveau » à Beyrouth. Cette délégation doit discuter de la relance des relations commerciales et de l’« élimination des obstacles » qui entravent les exportations libanaises vers le Royaume. 

Selon ce responsable, la décision s’appuie sur un constat sécuritaire: les autorités libanaises ont démontré, ces derniers mois, une « compétence » dans la lutte contre la contrebande de stupéfiants vers l’Arabie saoudite. Il précise que ces efforts ont contribué à limiter les flux illicites en direction du marché saoudien, après plusieurs années marquées par des saisies spectaculaires de cargaisons dissimulées dans des produits agricoles.

Le même responsable insiste sur un lien direct entre ce dossier sécuritaire et la relance bilatérale. Il affirme que la monarchie « apprécie » les efforts du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam dans la gestion des dossiers sécuritaires et économiques, « y compris la réduction de la contrebande de drogue vers l’Arabie saoudite au cours des derniers mois ».

Dans cette déclaration, il va plus loin en soulignant que ces efforts « reflètent l’engagement du gouvernement libanais à assurer la sécurité régionale et à garantir que le Liban ne soit pas utilisé comme plateforme de menace pour la sécurité des pays arabes, en particulier le Royaume ».

Ce changement de ton marque une rupture avec les périodes récentes de tension, lorsque Riyad avait durci les conditions d’accès de certains produits libanais à son marché, en invoquant précisément le risque de trafic de stupéfiants. La promesse d’« éliminer les obstacles » aux exportations, associée à l’annonce d’une délégation politique et économique, est interprétée à Beyrouth comme le signe d’un réinvestissement saoudien dans le dossier libanais. 

Message direct au pouvoir libanais

Le retour saoudien se traduit aussi par un message adressé directement aux institutions libanaises. Dans la même séquence, le responsable saoudien souligne que la monarchie « salue les initiatives » du président de la République et du chef du gouvernement visant à lever les entraves devant le renforcement des échanges commerciaux entre les deux pays.

Du côté libanais, la réponse passe par une prise de position publique du Premier ministre. Sur la plateforme X, il adresse un message de « reconnaissance » à la monarchie et à sa direction, en mettant en avant le « souci constant de la stabilité et de la prospérité du Liban » affiché par Riyad.

Il y évoque une « initiative bienveillante » annoncée par le Royaume, consistant à prendre, dans un avenir proche, des mesures pour « renforcer les relations commerciales entre les deux pays et lever les obstacles qui entravent les exportations libanaises ».

Le chef du gouvernement insiste aussi sur un point sensible: il remercie le Royaume pour le « respect » témoigné aux efforts de la présidence et du cabinet afin de « prévenir l’utilisation du Liban comme plateforme pour ébranler la sécurité des frères arabes » et pour « combattre la contrebande de drogue ».

Cette formulation reprend presque mot pour mot les éléments avancés par la partie saoudienne, ce qui souligne le caractère coordonné du message. D’un côté, Riyad met en avant la performance sécuritaire de l’État libanais. De l’autre, Beyrouth présente cette reconnaissance comme une traduction concrète de la volonté de l’État de s’aligner sur les préoccupations de sécurité du Golfe.

Le marché saoudien comme « poumon » des exportations libanaises

Des textes économiques insistent sur la centralité du marché saoudien pour une économie libanaise affaiblie. L’un d’eux rappelle que ce marché a longtemps été considéré comme la « rih’a », la « rée » des exportations libanaises, en particulier agricoles et industrielles, et souligne qu’il « a été et reste le poumon » par lequel nombre de secteurs trouvent un débouché stable en devises.

Le même texte décrit la reprise attendue des exportations vers le Royaume comme une « fenêtre d’espérance pour la relance du Liban », une possibilité de « réactiver ses exportations » et de « sortir progressivement de l’asphyxie économique ».

Un autre commentaire insiste sur la réception de l’initiative dans les milieux économiques et officiels. Il note que la démarche saoudienne a été accueillie « largement positivement » par les acteurs politiques et économiques libanais, conscients de l’importance du marché saoudien pour les secteurs agricole et industriel.

L’argument est double. Sur le plan macroéconomique, la levée des obstacles pourrait rétablir un flux significatif de devises vers le pays du Cèdre. Sur le plan microéconomique, elle offrirait à des milliers d’exploitants et d’industriels un débouché plus large que le marché local largement sinistré par la crise financière et la chute du pouvoir d’achat.

La perspective d’une délégation saoudienne chargée de discuter précisément de ces « obstacles » est donc perçue comme un jalon clé: il ne s’agit pas seulement de déclarations de principe, mais de l’ouverture d’un canal technique et politique susceptible de déboucher sur des ajustements concrets dans les procédures douanières, les contrôles, les quotas et les restrictions spécifiques à certains produits.

Coopération sécuritaire et crédibilité régionale

Dans la lecture saoudienne, la lutte contre la contrebande n’est pas un enjeu secondaire. Le responsable de haut niveau souligne que « la compétence du Liban dans la réduction de ces activités » montre un « engagement » de la part du gouvernement à garantir la sécurité régionale et à empêcher que le territoire ne soit utilisé pour menacer les États arabes.

Ce lien entre performance sécuritaire et bénéfices économiques donne au Royaume un levier important dans la relation bilatérale. Il conditionne la levée progressive des restrictions au maintien d’un niveau de coopération jugé satisfaisant sur les dossiers sensibles, notamment les cargaisons agricoles, les contrôles portuaires et aéroportuaires, et le suivi des réseaux impliqués dans les trafics.

Dans les comptes rendus politiques libanais, ce cadrage est repris en mettant l’accent sur la « responsabilité » de l’État. Le message du chef du gouvernement sur X présente la lutte contre la contrebande et la prévention de toute utilisation du territoire libanais pour menacer la sécurité des pays arabes comme des choix structurants pour l’action du cabinet.

La séquence permet ainsi aux autorités libanaises de repositionner des mesures sécuritaires, parfois impopulaires dans certains milieux, comme des investissements indispensables pour restaurer la confiance des partenaires arabes et relancer les échanges. Elle sert aussi de réponse aux critiques qui, ces dernières années, accusaient l’État de tolérer des activités mettant en danger ses relations avec le Golfe.

Retour dans la « profondeur arabe »

Parallèlement à ces éléments économiques et sécuritaires, plusieurs commentaires publient une lecture plus symbolique de l’initiative saoudienne. L’un d’eux explique que la décision de Riyad ne se limite pas à « corriger un dossier économique » ou à lever une restriction commerciale, mais s’inscrit dans un mouvement plus large de « retour de l’intérêt arabe pour le Liban » et de « réaffirmation de la place du pays dans sa profondeur arabe ».

Ce même texte rappelle que le Liban a longtemps été décrit comme « la porte » et le « cœur battant » de l’arabité, un espace où se concentraient échanges, culture et débats politiques du monde arabe. Il considère que la chaleur retrouvée de la relation avec la monarchie exprime la volonté de « ramener le pays à sa place naturelle dans le rang arabe », après une période où l’isolement, les divisions et les crises répétées avaient affaibli cette position.

Le commentaire souligne que la démarche de Riyad n’est pas perçue à Beyrouth comme un simple geste de courtoisie, mais comme un signal de disponibilité à réengager le Liban sur plusieurs plans: commercial, financier, diplomatique. Il insiste sur le fait que ce mouvement s’oppose à une logique d’« isolement et de fragmentation » et ouvre, au contraire, une séquence où la coopération arabe redevient une option concrète.

Cette dimension symbolique se mêle à la mémoire politique récente. Des passages rappellent que le Royaume a joué un rôle central à plusieurs moments clés de l’histoire libanaise contemporaine, notamment dans les arrangements qui ont mis fin à la guerre civile et dans les différentes conférences de soutien économique.

Dans cette perspective, la relance actuelle est interprétée comme une nouvelle étape d’un engagement de longue durée, adapté à un contexte où l’effondrement financier, la crise politique et la recomposition régionale ont profondément transformé le paysage.

Articulation avec les autres chantiers internationaux

Le retour saoudien intervient au moment où d’autres partenaires préparent des initiatives sur le Liban. Des textes publiés le même jour indiquent que des capitales européennes travaillent, en coordination avec plusieurs pays dont le Royaume, à l’organisation de conférences consacrées à la reconstruction et au soutien de l’armée libanaise.

Ces conférences doivent aborder à la fois les dégâts causés par la guerre au Sud et ceux liés à l’explosion du port de Beyrouth, en cherchant à structurer un financement international pour la remise en état des infrastructures et le renforcement de l’institution militaire.

Dans ce cadre, la position de Riyad compte à plusieurs titres. Le Royaume est présenté comme un acteur incontournable dans les montages financiers régionaux, mais aussi comme un partenaire politique qui pèse dans les discussions sur la stabilité du front sud et sur la mise en œuvre de l’accord de cessation des hostilités.

Un autre texte rappelle que des milieux politiques voient dans l’évolution de la position saoudienne l’un des éléments d’une recomposition plus large, touchant aussi les relations entre Beyrouth et Damas, ainsi que la coordination entre Riyad, Washington et d’autres capitales sur les dossiers régionaux.

Dans cette configuration, la visite annoncée de la délégation saoudienne à Beyrouth ne se réduit pas à un agenda commercial. Elle s’inscrit dans une série de mouvements diplomatiques où le rôle du Royaume, en tant que partenaire arabe central, se combine avec celui d’autres acteurs pour peser sur les trajectoires politique, économique et sécuritaire du Liban.

Une sortie partielle de l’isolement

Les textes libanais soulignent enfin le contraste entre cette phase et les années précédentes. L’un d’eux évoque un Liban « épuisé par les crises, les divisions et l’accumulation de faillites », qui « n’a pas surmonté réellement » les grandes secousses des dernières années. Dans ce tableau, la décision saoudienne d’envoyer une délégation de haut niveau et d’ouvrir la voie à la levée des obstacles commerciaux est présentée comme un élément susceptible de freiner la logique d’isolement.

Le même texte insiste sur l’effet psychologique de ce mouvement. Il décrit le réchauffement des relations avec Riyad comme un « rayon d’espoir » dans un climat dominé par la peur de l’isolement, de la marginalisation et de la « fragmentation » interne.

En parallèle, des commentaires politiques rappellent que ce signal externe ne dispense pas les autorités libanaises de leurs responsabilités internes. Ils soulignent que la capacité du pays à bénéficier réellement de la relance commerciale dépendra de la poursuite des efforts contre la contrebande, de l’amélioration des contrôles aux frontières, mais aussi de la progression des réformes économiques et financières présentées aux partenaires internationaux.

Ainsi, la séquence ouverte par l’annonce saoudienne combine plusieurs dimensions. Elle marque un geste politique de réinvestissement du dossier libanais par une puissance régionale centrale. Elle offre des perspectives concrètes de relance pour des secteurs exportateurs en difficulté. Elle fournit aux autorités libanaises un argument pour présenter leurs efforts sécuritaires et réformateurs comme des investissements payants. Et elle réinscrit le Liban, au moins partiellement, dans une dynamique d’ancrage dans sa profondeur arabe, après une longue période dominée par les crises et le repli.

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