Dans un communiqué publié ce jour par l’Agence nationale d’information, le Tiar al-Mustaqbal, principal parti sunnite libanais, a fermement démenti les allégations circulant sur des alliances présumées avec le Hezbollah ou d’autres groupes classés comme terroristes. Ce démenti intervient à quelques jours du 21e anniversaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005, et s’inscrit dans un contexte de préparatifs intenses pour les élections parlementaires prévues en mai 2026. Le parti, dirigé par Saad Hariri qui a annoncé son retour sur la scène politique l’an dernier, réaffirme son refus de s’impliquer dans les querelles arabes, qualifiées de « suicide politique », et invite ses partisans à se rassembler place des Martyrs pour commémorer l’événement.
Le communiqué insiste sur le fait que « tenter d’atteindre le Tiar al-Mustaqbal par des mensonges sans fondement n’est pas nouveau, tantôt un accord avec le Hezbollah, tantôt avec des groupes classés terroristes et autres ». Il rappelle les pratiques subies depuis l’époque de Rafic Hariri, sous la tutelle syrienne du régime Assad, qui ont duré de longues années. « Il n’y a pas de sources au sein du Tiar al-Mustaqbal », martèle le texte, avertissant que « le fil des illusions est court ». Pour appuyer son propos, le parti cite un verset du Coran : « Ô vous qui avez cru ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-la, de peur que par inadvertance vous ne portiez atteinte à des gens et que vous ne regrettiez par la suite ce que vous avez fait » (Sourate Al-Hujurat, verset 6). Le Tiar al-Mustaqbal affirme que ce qu’il dit en privé est dit en public, et que les disputes arabes représentent « le suicide politique par excellence », refusant d’en être partie prenante. Le texte conclut par une confiance en la majorité du peuple qui connaît cette vérité, et donne rendez-vous le 14 février place des Martyrs pour honorer la mémoire de celui qui a été assassiné il y a 21 ans par des campagnes mensongères suivies d’explosifs.
Ce démenti survient alors que le Liban entre dans une phase critique de son calendrier électoral. Le ministère de l’Intérieur, dirigé par Ahmad al-Hajjar, a annoncé l’ouverture des candidatures pour les élections parlementaires de 2026 dès ce mardi 10 février 2026, avec une clôture fixée au 10 mars 2026. Cette échéance marque un tournant pour le Tiar al-Mustaqbal, qui, après une suspension de ses activités politiques en janvier 2022, a opéré un retour remarqué l’an dernier lors du 20e anniversaire de l’assassinat de Rafic Hariri. Saad Hariri avait alors déclaré depuis la place des Martyrs : « Le Tiar al-Mustaqbal et le public de Rafic Hariri restent ici avec vous et seront votre voix dans toutes les échéances nationales et toutes les étapes à venir. » Ce retour s’est accompagné d’un soutien affiché au gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025, et d’un engagement pour les institutions étatiques, notamment l’armée libanaise dans l’application de la résolution 1701 des Nations unies.
Les dynamiques confessionnelles au Liban, où les sunnites représentent une communauté clé, particulièrement à Tripoli et à Beyrouth, influencent fortement les positionnements du Tiar al-Mustaqbal. Historiquement aligné sur des puissances arabes modérées comme l’Arabie saoudite, le parti s’oppose traditionnellement au Hezbollah, soutenu par l’Iran, et à ses alliés chiites comme le mouvement Amal. Les élections de 2026, avec 128 sièges à pourvoir dont 27 réservés aux chiites, pourraient voir des recompositions, mais le démenti du Tiar al-Mustaqbal écarte toute idée d’alliance transversale qui compromettrait son identité sunnite et pro-arabe.
Le contexte des rumeurs et des démentis
Les allégations visées par le communiqué du Tiar al-Mustaqbal font écho à des spéculations récurrentes dans le paysage politique libanais, amplifiées par l’approche des élections. En janvier 2026, des rapports ont évoqué des discussions potentielles entre factions pour former des listes électorales mixtes, dans un parlement où les alliances sont souvent nécessaires pour atteindre la majorité. Par exemple, le Hezbollah, affaibli par les frappes israéliennes de 2024 et le cessez-le-feu de novembre 2024, cherche à consolider ses positions avec Amal, comme l’a affirmé son secrétaire général cheikh Naim Qassem : « L’alliance avec le mouvement Amal reste fermement enracinée, rejetant les spéculations de tensions. » Cependant, aucune preuve concrète n’a émergé d’une entente entre le Tiar al-Mustaqbal et le Hezbollah, qui restent idéologiquement opposés depuis la Révolution du Cèdre de 2005.
Ces rumeurs s’inscrivent dans une longue histoire de désinformation visant le clan Hariri. Dès les années 1990, sous la présidence de Rafic Hariri, des campagnes syriennes visaient à discréditer ses initiatives de reconstruction post-guerre civile. L’assassinat de 2005, attribué par le Tribunal spécial pour le Liban à des membres du Hezbollah en 2020, a exacerbé ces tensions. Le Tiar al-Mustaqbal, fondé par Rafic Hariri, a toujours nié toute compromission, comme en 2017 lorsque Saad Hariri a démissionné depuis Riyad en dénonçant l’ingérence iranienne via le Hezbollah. Aujourd’hui, avec les élections en vue, ces illusions, comme les qualifie le communiqué, visent peut-être à affaiblir la mobilisation sunnite, qui a connu une baisse de participation en 2022 suite à la suspension des activités du parti.
Le secrétaire général du Tiar al-Mustaqbal, Ahmad Hariri, avait d’ailleurs appelé en février 2025 à se préparer pour 2026, déclarant lors d’un rassemblement à Chouf : « Avec Saad Hariri, nous reviendrons à la vie politique, plus forts, si Dieu le veut. » Ce discours faisait suite à des mois de retrait, motivé par des pressions saoudiennes et une crise économique profonde. Le démenti actuel renforce cette ligne, en rappelant que le parti ne sera pas outil de divisions.
L’héritage de Rafic Hariri et la résistance à la tutelle syrienne
L’assassinat de Rafic Hariri le 14 février 2005, par un camion piégé à Beyrouth tuant 22 personnes, reste le pivot de l’identité du Tiar al-Mustaqbal. Cet attentat, survenu dans un contexte de tensions avec la Syrie qui occupait le Liban depuis 1976, a déclenché la Révolution du Cèdre. Des manifestations massives place des Martyrs ont forcé le retrait syrien en avril 2005, conformément à la résolution 1559 de l’ONU appelant au désarmement des milices et au départ des forces étrangères.
Rafic Hariri, architecte de la reconstruction de Beyrouth dans les années 1990, avait investi des milliards via sa société Solidere pour rebâtir le centre-ville, incluant des infrastructures comme l’aéroport et les autoroutes. Son gouvernement avait négocié des accords avec la Banque mondiale et le FMI pour stabiliser l’économie, malgré une dette publique atteignant 180 % du PIB en 2005. Le Tiar al-Mustaqbal, sous Saad Hariri, a poursuivi cette voie, formant des coalitions comme l’Alliance du 14 Mars, opposée à l’influence syro-iranienne.
La tutelle syrienne, évoquée dans le communiqué, impliquait des interférences directes : arrestations arbitraires, contrôle des services de sécurité et manipulation électorale. En 2000, le régime Assad avait prolongé le mandat du président Emile Lahoud contre l’avis de Hariri. Le démenti actuel lie ces pratiques passées aux rumeurs présentes, suggérant une continuité dans les tentatives de déstabilisation.
Aujourd’hui, avec le régime Assad affaibli par la guerre civile syrienne depuis 2011, l’influence syrienne au Liban s’est atténuée, mais persiste via des réseaux. Le Hezbollah, allié de Damas, a envoyé des combattants en Syrie, perdant plus de 2 000 hommes selon des estimations de l’ONU. Le Tiar al-Mustaqbal, en démentant toute alliance, réaffirme son attachement à la souveraineté libanaise, comme lors des élections de 2009 où il a remporté 71 sièges.
La situation politique actuelle au Liban
Le Liban, sous le gouvernement de Nawaf Salam depuis février 2025, navigue entre reconstruction post-conflit et défis économiques. Salam, ancien juge à la Cour internationale de justice, a été nommé après des mois de vacance présidentielle, avec le soutien du Tiar al-Mustaqbal. Il a déclaré : « Le Liban a assez connu d’aventures par le passé, et je ne permettrai à personne de l’entraîner dans de nouveaux conflits. » Son cabinet, sans représentants directs du Tiar al-Mustaqbal pour éviter toute précipitation avant le retour officiel, inclut des figures comme Ahmad al-Hajjar à l’Intérieur, chargé des élections.
Les préparatifs pour mai 2026 impliquent des débats sur le vote des expatriés, qui en 2022 ont influencé 128 candidatures. Le ministère de l’Intérieur a fixé des délais pour les retraits et inscriptions de listes, marquant un pas administratif précoce. Des reports sont évoqués pour des raisons logistiques, mais le Hezbollah les qualifie de manœuvres politiques contre lui. Affaibli par la perte de son ancien secrétaire général Hassan Nasrallah en 2024, le parti chiite vise à conserver ses 15 sièges, alliés à Amal qui en détient autant.
Le Tiar al-Mustaqbal, absent en 2022, pourrait reconquérir des sièges sunnites, traditionnellement forts à Beyrouth et Tripoli. Saad Hariri a exprimé son soutien aux institutions et à l’armée pour appliquer la résolution 1701, qui exige le déploiement au sud du Litani et le désarmement des milices. L’ONU, via sa porte-parole, a réitéré en janvier 2026 l’importance de cette résolution pour la stabilité, notant des violations persistantes par le Hezbollah malgré le cessez-le-feu.
Économiquement, le Liban fait face à une dette de 100 milliards de dollars, une inflation à 150 % en 2025 selon la Banque mondiale, et une pauvreté touchant 80 % de la population. Le gouvernement Salam négocie avec le FMI un plan de 3 milliards de dollars, conditionné à des réformes comme la restructuration bancaire. Le Tiar al-Mustaqbal, fidèle à l’héritage reconstructeur de Hariri, pousse pour ces mesures.
Les tensions régionales et les disputes arabes
Les querelles arabes, dénoncées comme « suicide politique » dans le communiqué, renvoient aux divisions entre axes saoudien et iranien. Le Tiar al-Mustaqbal, pro-saoudien, s’oppose à l’influence iranienne via le Hezbollah, qui reçoit annuellement 700 millions de dollars de Téhéran selon des rapports de l’ONU. En 2026, avec des négociations irano-américaines en Oman sur le nucléaire et les missiles, le Liban reste un terrain proxy.
Le cessez-le-feu de novembre 2024, suite à des frappes israéliennes tuant des leaders du Hezbollah, a impliqué des garanties américaines et françaises. L’armée libanaise, avec 80 000 soldats, déploie 10 000 hommes au sud, mais des incidents persistent, comme des attaques sur des cibles hezbollah en janvier 2026. Israël exige le retrait total au nord du Litani, conforme à la résolution 1701.
Dans le monde arabe, les normalisations avec Israël via les Accords d’Abraham excluent le Liban, mais Salam vise des relations normales avec les pays arabes. Le Tiar al-Mustaqbal refuse d’être partie aux disputes, comme entre Riyad et Téhéran, réconciliés en 2023 mais tendus.
L’appel au rassemblement du 14 février et ses implications immédiates
Le rendez-vous place des Martyrs le 14 février 2026, pour le 21e anniversaire, s’annonce comme un moment de mobilisation. En 2025, des milliers s’y étaient rassemblés, agitant des drapeaux libanais, avec Saad Hariri déclarant : « C’est notre responsabilité collective de restaurer l’unité du Liban, et aujourd’hui nous avons une opportunité en or pour le faire. » Cette année, avec les candidatures ouvertes, le rassemblement pourrait lancer la campagne du Tiar al-Mustaqbal.
Les implications immédiates touchent la cohésion sunnite, fragmentée depuis 2022. Des figures comme Bahia Hariri, tante de Saad, pourraient candidater malgré des vetos saoudiens rapportés. Le Hezbollah, isolé politiquement, cherche des alliances, mais le démenti du Tiar al-Mustaqbal ferme la porte. Cheikh Naim Qassem a insisté sur l’unité nationale et la force de la résistance, mais des voix d’opposition chiite voient une opportunité en 2026 pour contester l’hégémonie Amal-Hezbollah.
Le gouvernement Salam, soutenu par le parti, priorise la stabilité : déploiement militaire au sud, négociations avec l’ONU sur la FINUL, et réformes pour débloquer l’aide internationale. En janvier 2026, des attaques sur des cibles hezbollah dans la Békaa ont rappelé la fragilité du cessez-le-feu, avec l’armée libanaise intervenant pour prévenir l’escalade. Le Tiar al-Mustaqbal, en appelant au rassemblement, renforce son rôle dans ce paysage, où les élections pourraient redessiner les équilibres sans altérer les lignes confessionnelles profondes.

