Le 5 juin 2025, une série de frappes aériennes a visé plusieurs quartiers densément peuplés de la banlieue sud de Beyrouth. Ces bombardements, revendiqués comme des attaques préventives contre des sites liés au Hezbollah, ont causé des destructions massives et de nombreuses pertes civiles. L’analyse de ces événements à l’aune du droit international humanitaire soulève des interrogations majeures sur la légalité et la légitimité des moyens employés.
Intensité des frappes et nature des zones visées
Les quartiers de Hadath, Bourj el-Barajneh et Haret Hreik ont été frappés peu après minuit. Les impacts ont principalement touché des immeubles résidentiels, provoquant la mort de plusieurs civils, dont des enfants, et entraînant l’effondrement de structures habitées. Les témoignages recueillis sur place indiquent une absence d’avertissement préalable. Les opérations de secours ont permis de dégager des survivants, mais de nombreuses familles ont été déplacées.
Des services d’urgence ont évoqué l’utilisation d’explosifs à forte charge, tandis que les autorités locales mentionnent un niveau de destruction rarement atteint depuis 2006. Aucune installation militaire visible ou identifiée comme telle n’a pu être confirmée par les observateurs présents sur les lieux dans les heures suivant les frappes.
Cadre juridique applicable : distinction et ciblage
Le droit international humanitaire, tel que codifié notamment par les Conventions de Genève, impose une distinction stricte entre cibles militaires et objets civils. Toute attaque doit être dirigée contre des objectifs militaires clairement identifiables. Ce principe interdit formellement les attaques de nature indiscriminée, qui frappent sans distinction des civils et des combattants.
Lorsque des zones résidentielles sont ciblées, la justification d’une cible militaire doit être démontrée. En l’absence de preuve documentée de la présence de matériel militaire ou de personnel armé, le ciblage de ces quartiers interroge sur le respect de cette obligation juridique. La responsabilité de démontrer la nature militaire des objectifs revendiqués revient à la partie qui mène l’opération.
Proportionnalité et précaution dans la conduite des attaques
Même dans l’hypothèse où une cible militaire serait présente dans une zone habitée, le principe de proportionnalité impose d’évaluer si les dommages collatéraux attendus sont excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct anticipé. Ce principe est central pour limiter les effets des conflits armés sur les populations civiles.
L’ampleur des destructions enregistrées et le nombre de victimes civiles rapportés soulèvent la question du respect de ce principe. Le fait que des habitations civiles aient été détruites en l’absence d’activité militaire apparente conduit à interroger l’adéquation entre les moyens employés et les objectifs déclarés. L’usage de munitions à fort pouvoir destructeur dans des zones denses remet en cause la prudence exigée par le droit humanitaire.
Témoignages sur l’usage potentiel d’armes incendiaires
Des témoins font état de traînées lumineuses persistantes et de résidus incandescents observés après certaines frappes. Ces descriptions suggèrent l’éventualité de l’emploi de munitions incendiaires, interdites dans les zones habitées par le Protocole III de la Convention sur certaines armes classiques.
Des prélèvements ont été effectués par des experts techniques pour déterminer la nature exacte des projectiles utilisés. L’analyse de ces éléments pourrait, en fonction des résultats, permettre d’établir si une arme interdite a été employée, et donc si une violation formelle du droit applicable est caractérisée.
Qualification des actes au regard du droit pénal international
La qualification juridique des frappes relève du droit international pénal, notamment au regard des crimes de guerre définis par le Statut de Rome. Une attaque intentionnelle dirigée contre des civils ou des biens civils sans justification militaire, ou causant des pertes disproportionnées, peut constituer un crime de guerre.
La documentation de tels faits repose sur la collecte de témoignages, d’images, de rapports médicaux et de preuves matérielles. Si les éléments sont réunis, des voies de recours existent via certaines juridictions nationales exerçant la compétence universelle, ou via des mécanismes internationaux spécialisés, sous réserve de leur activation par des organes compétents.
Responsabilité politique et portée diplomatique
L’impact politique des frappes dépasse la seule sphère militaire. La question de leur légalité interroge la capacité des institutions internationales à faire respecter les normes du droit humanitaire. Elle implique également des responsabilités politiques pour les États impliqués ou ceux ayant apporté un soutien logistique ou opérationnel.
Le recours à des attaques qualifiées de préventives dans des zones civiles densément peuplées constitue une évolution préoccupante dans les modes de conduite des conflits asymétriques. Cette pratique, si elle n’est pas encadrée ou remise en cause, risque de créer des précédents affaiblissant durablement la protection des populations civiles.



