Un Liban sous pression économique
Depuis la nomination de Nawaf Salam, les attentes des partenaires internationaux, notamment le FMI, sont devenues un facteur clé dans les discussions sur la relance économique libanaise. Le Liban, en crise depuis 2019, a vu son économie s’effondrer, sa monnaie perdre plus de 95 % de sa valeur, et sa dette publique dépasser 170 % du PIB, un des taux les plus élevés au monde. Le FMI a promis une aide de 3 milliards de dollars, conditionnée à des réformes structurelles urgentes.
Les exigences du FMI
Selon Al Nahar (14 janvier 2025), le FMI a défini une feuille de route claire pour débloquer cette aide financière, comprenant :
- La restructuration du secteur bancaire : Avec des pertes estimées à 70 milliards de dollars, le système bancaire libanais doit être assaini pour regagner la confiance des déposants.
- La réforme fiscale : Introduction d’un impôt progressif et taxation des grandes fortunes pour élargir l’assiette fiscale et réduire les inégalités.
- L’audit de la Banque centrale : Une transparence totale sur les pratiques passées et les montants perdus.
- La levée progressive des subventions : Cela concerne des produits essentiels comme le carburant et le blé, qui pèsent lourdement sur le budget public.
Un compromis difficile avec les blocs locaux
Cependant, ces réformes suscitent de vives oppositions. Amal et le Hezbollah, principaux représentants chiites, ont exprimé leur méfiance. Selon Al Akhbar (14 janvier 2025), Nabih Berri a déclaré : « Nous refusons des réformes imposées par l’étranger qui ignorent les réalités de notre peuple. » Ces blocs craignent que les ajustements fiscaux et la levée des subventions n’aggravent les inégalités dans les régions rurales et marginalisées, notamment dans le Sud et la Bekaa.
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De leur côté, les partis réformistes et les indépendants soutiennent Salam, estimant que les réformes exigées par le FMI sont nécessaires pour redonner au pays une stabilité économique. Cependant, ils insistent sur l’importance de mesures d’accompagnement pour protéger les plus vulnérables.
Une question de souveraineté
Les critiques des réformes proposées ne se limitent pas à des considérations économiques. Selon Al Joumhouriyat (14 janvier 2025), certains leaders politiques dénoncent une atteinte à la souveraineté libanaise. Ces réformes, souvent perçues comme dictées par des intérêts étrangers, risquent de creuser davantage le fossé entre la classe dirigeante et la population.
Les implications politiques pour Nawaf Salam
Pour Salam, la marge de manœuvre reste limitée. Il devra convaincre les blocs parlementaires de soutenir un programme de réformes qui pourrait être impopulaire à court terme, mais nécessaire pour stabiliser l’économie. Salam a affirmé dans un récent discours : « Les sacrifices d’aujourd’hui garantiront un avenir meilleur pour tous. »
Cependant, cette vision optimiste se heurte à une réalité politique complexe. Sans consensus interne, la mise en œuvre des réformes risque de s’éterniser, retardant l’aide financière cruciale du FMI.
Un équilibre fragile entre promesses et réalités
En résumé, les promesses du FMI représentent une opportunité vitale pour le Liban, mais elles s’accompagnent de conditions difficiles à accepter dans le contexte actuel. Salam devra non seulement naviguer entre les résistances internes et les attentes internationales, mais aussi convaincre une population éreintée par la crise que les réformes sont une voie nécessaire vers la reprise.



