La commémoration du 11 novembre, marquant l’armistice de 1918, revêt une signification particulière pour de nombreux pays, et tout particulièrement pour le Liban, où cette date est intimement liée à une histoire de relations profondes avec la France. En effet, cette commémoration rappelle non seulement la participation des Libanais à la Première Guerre mondiale, mais aussi l’impact durable du mandat français au Liban (1920-1943), une période où la France a façonné l’avenir politique, culturel et social du pays. La fin de la guerre et l’armistice de 1918 ont permis de poser les bases d’un nouveau Liban, une nation marquée par la présence de la France et ses influences qui perdurent encore aujourd’hui.
Le Liban sous le mandat français et l’influence de la France
L’histoire de la relation entre le Liban et la France remonte à bien avant la Première Guerre mondiale, mais c’est véritablement avec le mandat français que les liens entre les deux pays prennent une forme institutionnelle et durable. En 1920, la France, qui avait pris le contrôle de la Syrie et du Liban après la Première Guerre mondiale, instaure son mandat sous l’égide de la Société des Nations. Cette période de 23 ans est marquée par l’influence française sur la structure politique du Liban, la mise en place d’une administration française et la promotion de la culture et de la langue françaises dans les écoles libanaises.
Durant la Première Guerre mondiale, le Liban, alors sous contrôle ottoman, est confronté à des difficultés extrêmes. Les Libanais, bien qu’en tant que subjects de l’Empire ottoman, ont choisi de s’engager aux côtés des alliés. Nombreux sont ceux qui ont rejoint les rangs des troupes françaises, en particulier dans le contexte des combats en Syrie et en Palestine. L’engagement des Libanais fut crucial et marqua l’histoire de la région. Les Libanais ont non seulement servi dans les armées françaises, mais ont également contribué en tant que travailleurs et soutiens logistiques, leur aide ayant été décisive dans l’effort de guerre allié.
Les liens créés durant cette période ont forgé une relation solide entre les deux pays. Bien que la France ait vu son mandat se terminer en 1943 avec l’indépendance du Liban, l’impact de ses actions durant cette période reste présent dans de nombreux aspects de la vie libanaise.
La commémoration du 11 novembre comme témoignage d’une relation historique
La commémoration du 11 novembre, marquée par l’armistice de 1918, est un moment de souvenir, mais aussi un moyen pour le Liban de rendre hommage à ceux qui ont donné leur vie durant la Première Guerre mondiale. Au Liban, cette date est bien plus qu’un simple souvenir de la guerre ; elle incarne un lien profond avec la France. La mémoire de cette période et des soldats libanais qui ont combattu aux côtés de la France est préservée dans de nombreux monuments et cérémonies qui se tiennent chaque année le 11 novembre.
L’Ambassade de France au Liban organise des cérémonies solennelles, souvent en présence d’officiels libanais, des anciens combattants, des membres de la diaspora, ainsi que des étudiants. Ces cérémonies sont l’occasion de revenir sur l’histoire partagée par les deux nations et de rendre hommage à tous ceux qui ont combattu pour la liberté et la paix. Les hommages sont généralement marqués par des discours, des dépôts de gerbes de fleurs, des lectures des noms des soldats tombés, ainsi que des moments de silence. Ces événements renforcent la dimension symbolique du 11 novembre pour les Libanais, en particulier ceux dont les ancêtres ont pris part à l’effort de guerre.
Les participants aux cérémonies soulignent l’importance de maintenir cette mémoire vivante, non seulement pour honorer les sacrifices des générations passées, mais aussi pour souligner l’importance des valeurs de solidarité et d’entraide qui ont marqué la relation franco-libanaise. La commémoration devient ainsi un acte de réaffirmation de la fraternité entre les peuples français et libanais, unissant les deux nations autour d’un passé commun.
L’héritage culturel et éducatif de la France au Liban
L’héritage culturel de la France au Liban va bien au-delà de la commémoration du 11 novembre. La France a joué un rôle primordial dans la création d’un cadre éducatif où la langue et la culture françaises sont omniprésentes. La présence française dans les écoles, à travers des institutions comme l’Académie Libanaise des Beaux-Arts, l’Université Saint-Joseph ou encore l’École Supérieure des Affaires, a façonné une génération de Libanais qui ont été formés dans un cadre intellectuel marqué par la pensée et la culture françaises.
L’enseignement de la langue française et l’intégration des valeurs républicaines françaises dans le système éducatif libanais ont permis de maintenir des liens durables entre les deux pays. Au-delà de l’éducation formelle, des milliers de Libanais ont bénéficié des programmes de bourses et des opportunités offertes par la France pour étudier ou vivre dans l’Hexagone. Ces échanges ont joué un rôle majeur dans le développement d’une identité libanaise façonnée par une culture européenne tout en étant ancrée dans la réalité et les traditions locales.
La commémoration du 11 novembre se fait également le vecteur d’une culture de la paix, de la solidarité et de la mémoire. Chaque année, des jeunes Libanais prennent part aux événements organisés par l’Ambassade de France, contribuant ainsi à la transmission de cette mémoire aux nouvelles générations. Cela reflète l’impact durable de l’éducation et de la culture françaises dans le pays, qui se prolongent au-delà de la simple relation diplomatique et dans les sphères sociales et culturelles.
Le 11 novembre comme un outil de consolidation des relations actuelles
Aujourd’hui, face à une situation politique, économique et sociale de plus en plus complexe, la commémoration du 11 novembre demeure un symbole de la solidité des liens entre la France et le Liban. Alors que le Liban est confronté à une crise multidimensionnelle – crise économique, politique et humanitaire – la France se positionne comme un acteur majeur pour soutenir le pays, non seulement par des aides financières, mais aussi en tant que garant de la souveraineté libanaise face à de multiples pressions régionales.
La France continue de jouer un rôle diplomatique important au Liban, et la commémoration du 11 novembre devient un moyen pour les deux pays de renforcer cette relation dans un contexte de mondialisation et de tensions internationales croissantes. La France, à travers sa participation aux forums internationaux, son soutien dans les négociations de paix au Moyen-Orient, et son appui dans la formation des institutions libanaises, rappelle le Liban à l’importance de la préservation de son indépendance et de ses institutions.
En effet, cette journée est aussi l’occasion pour la France de rappeler son engagement en faveur de la stabilité du Liban, notamment face aux défis posés par ses voisins et par des groupes politiques influents. Le Liban, dans son héritage culturel et historique, représente un pont entre l’Occident et le Moyen-Orient, et la commémoration du 11 novembre en est un témoin symbolique.
Une relation toujours aussi pertinente aujourd’hui ?
À travers cette tradition de commémoration du 11 novembre, la relation franco-libanaise peut-elle résister aux nouvelles dynamiques géopolitiques et aux défis intérieurs du Liban ? Dans un pays où les luttes internes sont exacerbées par des conflits externes, la mémoire partagée et les liens historiques sont-ils encore suffisamment solides pour traverser ces turbulences ? Les Libanais et les Français parviendront-ils à préserver cette relation unique et à l’adapter aux réalités du XXIe siècle, ou bien la commémoration du 11 novembre deviendra-t-elle simplement un souvenir figé d’un passé révolu ?



