Rebond record des actifs extérieurs nets
Le secteur financier libanais a enregistré une progression inédite de ses actifs extérieurs nets au premier trimestre 2025, atteignant un gain cumulé de 5,37 milliards de dollars. Cette performance tranche avec les tendances négatives observées en 2024, où une baisse de 1,61 milliard USD avait été enregistrée à la même période. L’essentiel de cette amélioration provient de la Banque du Liban (BdL), qui à elle seule représente 4,38 milliards USD de cette hausse, contre 540,3 millions USD du côté des banques commerciales et institutions financières non bancaires. Le mois de mars concentre une partie significative de ce résultat, avec une hausse de 2,24 milliards USD des actifs extérieurs nets, dont 2,15 milliards attribués à la BdL.
Réévaluation des réserves de la BdL
L’augmentation spectaculaire des actifs extérieurs nets découle principalement de la revalorisation des réserves d’or de la BdL, qui ont grimpé de 4,24 milliards USD au cours du trimestre. Cette valorisation s’accompagne d’une hausse de 592 millions USD des réserves en devises étrangères. En intégrant ces deux composantes, la banque centrale réaffirme son rôle central dans la détention des avoirs financiers du pays. Les réserves en devises sont constituées principalement de dépôts auprès de correspondants internationaux et d’institutions financières multilatérales, tandis que les avoirs en or sont évalués selon les prix internationaux. Ce repositionnement de la BdL intervient dans un contexte où l’économie libanaise peine à restaurer sa crédibilité monétaire et financière.
Nouvelle méthodologie comptable conforme au FMI
Depuis janvier 2024, la Banque du Liban applique une méthodologie de comptabilité des réserves conforme au sixième manuel de la balance des paiements (BPM6) du Fonds monétaire international. Cette nouvelle approche exclut des actifs extérieurs nets les obligations souveraines libanaises en devises étrangères ainsi que les prêts bancaires aux institutions financières locales. En contrepartie, elle intègre les avoirs en or, les titres financiers non-résidents et les devises détenues à l’étranger. Ce changement de périmètre vise à harmoniser les indicateurs libanais avec les standards internationaux. La BdL justifie cette révision comme une amélioration de la transparence et de la qualité statistique de ses données. Toutefois, ces ajustements restent principalement d’ordre méthodologique, sans effet direct sur la liquidité ou les flux financiers.
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Faible contribution du secteur bancaire
La contribution des banques commerciales à l’amélioration des actifs extérieurs nets reste marginale. Sur les 540,3 millions USD supplémentaires enregistrés au premier trimestre, la majorité provient de la réduction des passifs extérieurs, notamment une amélioration des positions vis-à-vis des non-résidents. Cette évolution inclut une augmentation de 382 millions USD des créances sur le secteur financier non-résident, 87,9 millions USD de dépôts supplémentaires de clients non-résidents, et 75,8 millions USD de diminution des engagements envers des institutions étrangères. Le redressement des banques reste donc lié à des mécanismes internes de gestion de bilan et non à un retour de la confiance internationale ou à une augmentation des capitaux entrants. Cette réalité met en lumière la persistance de la crise de liquidité bancaire au Liban.
Évolution comparée des actifs extérieurs nets
| Trimestre | Variation totale | BdL | Banques |
|---|---|---|---|
| T1 2023 | +1,17 Md USD | — | — |
| T1 2024 | -1,61 Md USD | — | — |
| T1 2025 | +5,37 Md USD | 4,38 Md USD | 540,3 M USD |
Source : Banque du Liban
Limites structurelles de l’embellie
Les résultats enregistrés au premier trimestre 2025 ne traduisent pas un changement fondamental des conditions économiques internes. La hausse de la valeur comptable de l’or reflète les tensions géopolitiques mondiales et l’envolée du cours du métal précieux, mais ne garantit en rien une liquidité mobilisable. Les devises détenues ne suffisent pas à couvrir les besoins d’importations, ni à restaurer la convertibilité libre du compte courant. Le système bancaire continue de fonctionner sous contrôle informel des capitaux et les réserves de change ne sont pas intégralement disponibles pour le marché. La progression des actifs extérieurs nets reste donc essentiellement comptable et tributaire de facteurs exogènes.
Position du FMI et absence de programme
Le Fonds monétaire international reconnaît les efforts de transparence opérés par la Banque du Liban mais reste prudent quant à l’interprétation des données. Dans ses échanges avec les autorités, le FMI souligne que la reconstitution des réserves brutes est une condition nécessaire, mais non suffisante, pour l’octroi d’une aide financière. L’absence de réformes structurelles, notamment dans le secteur bancaire, budgétaire et juridique, empêche tout programme formel d’avancer. Aucun signal clair n’a été donné sur une restructuration ordonnée de la dette publique, ni sur l’adoption d’un cadre légal sur la hiérarchisation des paiements ou sur la levée des restrictions informelles de retrait. Les engagements internationaux attendus restent conditionnés à une évolution politique majeure.
Données de contexte sur la Banque du Liban
La Banque du Liban, fondée en 1964, est l’institution monétaire centrale du Liban. Elle détient à mi-mai 2025 :
- 11,2 milliards USD de réserves de change liquides
- 29,3 milliards USD de réserves en or
- Un portefeuille de titres comprenant environ 913,7 millions USD d’Eurobonds libanais
- Un encours de prêts au secteur financier local de 41 166,8 milliards LBP
- Un fonds de stabilisation de change comptabilisé dans les réévaluations à hauteur de 164,9 trillions LBP



