Depuis le début de la guerre civile en Syrie en 2011, les relations diplomatiques entre la Syrie et l’Union européenne sont rompues. Toutefois, la crise migratoire, les enjeux sécuritaires et les pressions de certains États membres poussent à reconsidérer cette position. L’Union européenne a établi trois conditions majeures pour envisager une reprise des relations avec Damas : des avancées significatives en matière de droits humains, une transition politique inclusive et un accès garanti pour l’aide humanitaire.
Condition 1 : Des avancées significatives en matière de droits humains
L’Union européenne insiste sur une amélioration concrète de la situation des droits humains en Syrie. Selon les rapports des Nations unies, le régime syrien est accusé de violations graves, notamment des détentions arbitraires, des disparitions forcées et des tortures dans les prisons.
Pour Bruxelles, toute reprise des relations diplomatiques nécessite un engagement clair du gouvernement syrien à respecter les droits fondamentaux de ses citoyens. Cela inclut la libération des prisonniers politiques, la fin des exactions contre les civils et la mise en place de mécanismes de responsabilité pour les crimes de guerre.
Cependant, les experts soulignent que le régime de Bachar al-Assad considère ces exigences comme une menace pour sa survie, rendant peu probable une coopération sans pressions internationales accrues.
Condition 2 : Une transition politique inclusive
La deuxième condition repose sur la mise en œuvre d’une transition politique conforme à la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies. Adoptée en 2015, cette résolution prévoit la formation d’un gouvernement de transition, la rédaction d’une nouvelle constitution et l’organisation d’élections libres et transparentes sous supervision internationale.
L’Union européenne insiste sur l’inclusion de toutes les parties prenantes dans ce processus, y compris l’opposition syrienne et les groupes de la société civile. Pour l’heure, le régime syrien a montré peu d’enthousiasme à engager un dialogue avec ses opposants. Selon un diplomate européen : « Sans une transition politique crédible, il est impossible d’envisager une normalisation des relations avec Damas ».
Condition 3 : Un accès garanti pour l’aide humanitaire
La troisième condition concerne l’accès humanitaire. Avec plus de 15 millions de Syriens ayant besoin d’assistance, l’Union européenne insiste sur la nécessité de garantir un accès sans entrave pour les agences humanitaires dans toutes les régions du pays.
Actuellement, le régime syrien impose des restrictions sévères sur les opérations des ONG internationales, limitant leur capacité à distribuer des secours dans les zones rebelles ou contestées. Bruxelles demande la levée de ces entraves et la création de corridors humanitaires pour acheminer l’aide de manière efficace. Des avancées dans ce domaine pourraient servir de première étape vers une coopération accrue entre l’Europe et la Syrie.
Les résistances internes à l’Union européenne
Au sein de l’UE, les positions sur la reprise des relations avec la Syrie divergent. Certains États, comme la Hongrie et la Grèce, plaident pour une normalisation rapide afin de limiter les flux migratoires et renforcer la sécurité régionale. À l’inverse, des pays comme la France et l’Allemagne insistent sur la nécessité de respecter les principes de l’Union, notamment en matière de droits humains.
Cette division interne complique l’élaboration d’une stratégie commune. Un expert en relations internationales note : « L’Union européenne se trouve dans une position délicate, entre pragmatisme et défense de ses valeurs fondamentales ».
Les pressions extérieures : Russie et États-Unis
La normalisation des relations entre l’UE et la Syrie ne peut être envisagée sans prendre en compte le rôle d’acteurs extérieurs comme la Russie et les États-Unis. Moscou, principal allié de Damas, encourage l’Europe à adopter une approche plus conciliante pour faciliter la reconstruction du pays. La Russie insiste sur la nécessité de lever les sanctions économiques, qu’elle considère comme un obstacle majeur à la stabilité syrienne.
De leur côté, les États-Unis maintiennent une position ferme contre toute normalisation sans transition politique. Washington appelle ses partenaires européens à rester alignés sur cette politique de pression maximale pour éviter de légitimer le régime d’Assad.
Les enjeux économiques et humanitaires
Outre les considérations politiques, la reprise des relations avec la Syrie pose des enjeux économiques et humanitaires majeurs. La reconstruction du pays est estimée à plus de 400 milliards de dollars, un montant impossible à atteindre sans l’implication des institutions internationales et des bailleurs de fonds européens.
Sur le plan humanitaire, la normalisation pourrait permettre une amélioration significative des conditions de vie des Syriens, notamment par une meilleure coordination des efforts de secours. Toutefois, certains analystes mettent en garde contre le risque que ces fonds soient détournés par le régime à des fins politiques ou militaires.
Vers une reprise des relations ?
Malgré les obstacles, des signes indiquent une volonté croissante de certains États membres de l’UE de rétablir des relations diplomatiques limitées avec la Syrie. Des rencontres informelles entre diplomates européens et syriens auraient déjà eu lieu en marge de forums internationaux. Cependant, tant que les trois conditions majeures – droits humains, transition politique et accès humanitaire – ne seront pas respectées, une normalisation complète semble improbable.



