mardi, janvier 6, 2026

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L’Espagne rejoint le chœur des boycotts pour l’Eurovision 2026 en cas de participation israélienne

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L’Eurovision Song Contest, cette grand-messe annuelle de la musique européenne qui rassemble des millions de téléspectateurs depuis ses origines en 1956, se trouve aujourd’hui au cœur d’une tempête diplomatique. Le 16 septembre 2025, l’Espagne a franchi une étape décisive en annonçant son retrait potentiel de l’édition 2026, prévue à Vienne du 12 au 16 mai, si Israël y participe. Cette décision, votée par le conseil d’administration de la Radio Télévision Espagnole (RTVE) avec dix voix pour, quatre contre et une abstention, marque un tournant. Pour la première fois, un membre du « Big Five » – les cinq principaux contributeurs financiers de l’Union européenne de radio-télévision (UER), organisatrice du concours – menace de boycotter l’événement. José Pablo López, président de RTVE, a justifié ce choix par les événements actuels : « En tant qu’organisateurs conjoints de l’Eurovision, nous partageons une responsabilité collective. Bien qu’Israël ait régulièrement participé à la compétition, les événements actuels et le génocide en cours rendent impossible de regarder ailleurs. »

Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions exacerbées par la guerre à Gaza, entrée dans sa troisième année depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, qui a fait 1 200 morts en Israël et entraîné la prise en otage de 250 personnes. La riposte israélienne a provoqué plus de 64 800 morts à Gaza selon les chiffres les plus récents de l’ONU, avec une crise humanitaire qualifiée de « famine artificielle » par la Classification intégrée de la phase de sécurité alimentaire (IPC). Un rapport d’une commission d’enquête de l’ONU, publié le 16 septembre 2025, accuse Israël de commettre un génocide, une allégation fermement rejetée par l’État hébreu. L’ambassadeur israélien auprès de l’ONU à Genève, Daniel Meron, a qualifié ce document de « scandaleux et faux », insistant sur le fait que l’armée israélienne minimise les pertes civiles et que le Hamas utilise les civils comme boucliers humains, opérant depuis des zones résidentielles, hôpitaux, écoles et mosquées.

Une escalade des menaces européennes

L’Espagne n’est pas isolée dans sa position. Depuis début septembre 2025, une coalition informelle de pays s’est formée pour conditionner leur participation à l’exclusion d’Israël. L’Irlande a été la première à officialiser son retrait le 11 septembre, via un communiqué de RTÉ, son diffuseur public : « La participation de l’Irlande serait inconcevable compte tenu des pertes humaines effroyables et persistantes à Gaza. RTÉ est également profondément préoccupée par les assassinats ciblés de journalistes à Gaza, le refus d’accès aux journalistes internationaux et le sort des otages encore détenus. » Avec sept victoires au palmarès, l’Irlande est un poids lourd historique du concours, et cette décision résonne comme un signal fort.

Les Pays-Bas ont emboîté le pas le 12 septembre. L’AVROTROS, leur broadcaster, a déclaré : « La participation d’AVROTROS à l’Eurovision 2026 ne sera pas possible tant qu’Israël restera membre de l’UER, compte tenu des souffrances humaines graves et persistantes à Gaza, des violations sérieuses de la liberté de la presse et des preuves d’ingérence du gouvernement israélien lors de la dernière édition. » Cette accusation d’ingérence fait référence aux soupçons de manipulation des votes publics en 2025, où Israël, représenté par Yuval Raphael avec la chanson « New Day Will Rise », a terminé en tête du télévote, provoquant des enquêtes en Espagne et ailleurs pour campagnes publicitaires payantes sur les réseaux sociaux, contraires au règlement.

La Slovénie avait déjà exprimé sa position le 8 septembre via RTVSLO : « Si Israël participe au Concours Eurovision – en raison du génocide à Gaza –, nous ne participerons pas. » L’Islande, via RÚV, a adopté une stance plus nuancée le 14 septembre : « Notre implication est soumise au résultat du processus de consultation en cours au sein de l’UER, en raison de la participation du broadcaster israélien KAN. Nous nous réservons le droit de nous retirer si l’UER ne répond pas de manière satisfaisante. » Ces cinq nations – Espagne, Irlande, Pays-Bas, Slovénie et Islande – représentent désormais une menace concrète de boycott, potentiellement suivie par d’autres. Le ministre espagnol de la Culture, Ernest Urtasun, avait anticipé cette vague le 8 septembre lors d’une interview sur la radio publique : « Nous devons nous assurer qu’Israël ne participe pas à la prochaine édition. Comme l’Irlande, la Slovénie, l’Islande et les Pays-Bas l’ont déjà fait, si nous n’y parvenons pas, l’Espagne ne devrait pas participer. »

Du côté de l’UER, les réactions sont mesurées. Martin Green, directeur de l’Eurovision, a déclaré le 13 septembre : « Nous comprenons les préoccupations et les points de vue profondément ancrés autour du conflit au Moyen-Orient. Il appartient à chaque membre de décider s’il souhaite participer au concours, et nous respecterons toute décision prise par les broadcasters. » L’organisation a prolongé jusqu’à mi-décembre la date limite pour les retraits sans pénalité, coïncidant avec l’assemblée générale à Genève où la participation d’Israël sera débattue. Une réunion préparatoire s’est tenue à Londres en juillet, sans vote, pour recueillir les avis des 37 broadcasters participants à l’édition 2025 à Bâle.

Israël sous le feu des critiques, entre déni et résistance

Israël, qui a exprimé son intérêt pour l’édition 2026 parmi les 22 pays inscrits, rejette catégoriquement ces pressions. Le broadcaster public KAN, menacé de privatisation par le gouvernement de Benyamin Netanyahou pour son supposé biais gauchiste, a confirmé sa participation. Selon Ynet, des officiels de l’UER auraient transmis un message officieux à Israël : un retrait temporaire ou une performance sous un drapeau neutre – potentiellement le logo de KAN – pourrait apaiser les opposants et éviter une « élimination humiliante ». Une autre suggestion non officielle : que KAN publie une déclaration condamnant le gouvernement et les Forces de défense israéliennes (FDI), pour influencer le vote de décembre. KAN a démenti avoir reçu de tels messages, et Israël craint qu’un retrait provisoire ne devienne permanent, comme pour la Russie exclue depuis 2022 pour son invasion de l’Ukraine.

Cette affaire n’est pas nouvelle. En 2024 à Malmö, des milliers de manifestants pro-palestiniens ont protesté contre la participation israélienne d’Eden Golan (« Hurricane »), huée sur scène malgré les mesures de sécurité renforcées. À Bâle en 2025, les protestations étaient plus contenues, mais des tentatives d’intrusion sur scène ont visé Yuval Raphael. Le vainqueur autrichien JJ, avec « Wasted Love », a lui-même appelé à l’exclusion d’Israël le 17 septembre : « Je veux qu’Israël soit banni de l’Eurovision 2026. » Des dizaines d’anciens participants, dont Nemo (vainqueur 2024), ont signé des appels à l’exclusion, citant les actions israéliennes à Gaza. La pression culturelle s’étend : des festivals excluent des artistes israéliens, et des lettres ouvertes de figures du cinéma, de la musique et de la littérature – comme Javier Bardem, qui a juré de ne plus travailler avec des firmes ne condamnant pas le « génocide à Gaza » – appellent à un boycott plus large.

L’UER maintient le principe apolitique du concours, mais les faits contredisent cette posture. La Russie a été bannie en 2022 pour ses crimes de guerre en Ukraine, le Bélarus en 2021 pour sa répression post-électorale. Israël, accusé par des experts des Nations unies et la Cour internationale de justice (qui a jugé plausibles les allégations de génocide en janvier 2024), bénéficie d’un traitement différent, malgré les résolutions de l’ONU condamnant ses opérations. Le directeur exécutif de l’UER, Noel Curran, a rappelé en juillet : « L’Eurovision n’est pas une compétition entre gouvernements, mais entre broadcasters publics. » Pourtant, les critiques soulignent l’hypocrisie : pourquoi sanctionner la Russie pour une invasion, mais pas Israël pour une guerre causant une famine déclarée ?

Le contexte humanitaire à Gaza, au cœur des débats

La guerre à Gaza pèse lourdement sur cette controverse. Depuis le 7 octobre 2023, les opérations israéliennes ont détruit des infrastructures vitales : hôpitaux bombardés, écoles rasées, et un blocus aggravant la malnutrition. L’IPC a annoncé le 15 septembre 2025 une famine « provoquée par l’homme » touchant la bande de Gaza, avec 96 % de la population en insécurité alimentaire aiguë. Plus de 100 journalistes ont été tués, selon le Comité pour la protection des journalistes, et l’accès aux médias internationaux reste restreint. L’ONU, via son porte-parole Stéphane Dujarric, a exhorté le 16 septembre : « La communauté internationale doit agir pour mettre fin à cette catastrophe humanitaire et assurer un cessez-le-feu immédiat. »

Israël nie toute intention génocidaire, affirmant que ses actions visent le Hamas, responsable de l’attaque initiale et des otages encore détenus – une centaine, selon les estimations récentes. Le Premier ministre Netanyahou a déclaré le 14 septembre lors d’une allocution : « Nous nous défendons contre un ennemi qui utilise les civils comme boucliers, et nous minimisons les pertes collatérales autant que possible dans une guerre urbaine. » Des négociations sous médiation qatarie et égyptienne patinent, avec des propositions de trêve rejetées par les deux camps. La pression internationale monte : l’Union européenne discute de sanctions supplémentaires, et des figures comme le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, qui avait appelé en mai à l’exclusion d’Israël de l’Eurovision, réitèrent : « Israël doit être tenu aux mêmes standards que la Russie pour l’Ukraine. »

Les répercussions sur l’industrie culturelle

Au-delà de l’Eurovision, la vague de boycotts touche le secteur culturel. En Belgique, un festival a exclu un chef d’orchestre israélien le 10 septembre. Aux États-Unis, des artistes comme Hannah Einbinder ont conclu des discours par « Free Palestine ». En Europe, des pétitions signées par plus de 2 000 personnalités du monde du spectacle appellent à isoler les institutions israéliennes. L’Australie, via SBS, a résisté le 17 septembre : « SBS diffusera l’Eurovision depuis plus de 40 ans, célébrant la diversité et l’inclusion, et entend continuer. » Le Royaume-Uni hésite : le musicien Phil Coulter a plaidé le 12 septembre pour un retrait si Israël participe, invoquant le dégoût face à Gaza, tandis que Nicky Stevens (gagnante 1976) défend l’apolitisme : « Concentrons-nous sur la musique une nuit par an. »

La France, via France Télévisions, n’a pas encore tranché. Des critiques internes pointent le soutien apparent à Israël, comme les 7 points attribués en 2025, et le rôle d’Alexandra Redde-Amiel, directrice de la délégation française, accusée de partialité pro-israélienne. Le Danemark, le 17 septembre, a rejeté le boycott : « Dans les temps de division, rappelons l’esprit originel de l’Eurovision : un espace de rencontre au-delà des désaccords. » La Finlande observe : « La situation humanitaire à Gaza est tragique, et nous espérons une fin rapide aux souffrances », a déclaré Johanna Törn-Mangs, éditrice en chef de Yle, sans décision ferme avant décembre.

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Newsdesk Libnanews
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