Selon le bilan consolidé des banques commerciales libanaises, les actifs totaux ont diminué de 8,06 % sur un an pour atteindre 104,56 milliards de dollars en août 2024. Cette contraction s’inscrit dans un contexte marqué par l’adoption par la Banque du Liban (BDL) d’un nouveau taux de change officiel fixé à 89 500 livres libanaises pour un dollar américain, en vigueur depuis le 31 janvier 2024.
Analyse des actifs bancaires
Dépôts auprès de la BDL
Les dépôts et liquidités auprès de la BDL, qui représentent 78,14 % des actifs totaux, ont baissé de 3,42 % sur un an pour atteindre 81,71 milliards de dollars. Les réserves des banques commerciales auprès de la BDL, qui constituent 99,9 % des réserves totales, ont diminué de 2,7 % pour s’établir à 81,62 milliards de dollars en août 2024.
Diminution des liquidités en livres libanaises
Le montant des liquidités en livres libanaises a chuté de manière drastique, enregistrant une baisse de 88,06 % pour atteindre seulement 85,13 millions de dollars en août 2024. Cette diminution est directement liée au nouveau taux de change officiel, qui a revalorisé artificiellement les avoirs libellés en livres libanaises.
Créances sur les clients résidents
Les créances sur les clients résidents, qui représentent 5,26 % des actifs totaux, ont fortement diminué de 28,63 %pour s’établir à 5,5 milliards de dollars en août 2024. Cette baisse reflète la réduction continue de l’activité de prêt des banques en raison de la crise économique persistante.
Portefeuille de titres résidents
Le portefeuille de titres résidents, représentant 4,92 % des actifs totaux, a enregistré une baisse significative de 35,18 % pour atteindre 5,15 milliards de dollars en août 2024. En particulier, les avoirs en Eurobonds libanais ont diminué de 16,04 % sur un an pour s’établir à 2,23 milliards de dollars, net des provisions.
Créances sur le secteur financier non résident
Les créances sur le secteur financier non résident ont également baissé de 2,42 % pour atteindre 4,29 milliards de dollars en août 2024.
Analyse des passifs bancaires
Dépôts des clients résidents
Les dépôts des clients résidents, qui représentent 65,46 % des passifs totaux, ont diminué de 6,46 % sur un an pour s’établir à 68,45 milliards de dollars.
- Dépôts en devises étrangères : représentant 99,1 % des dépôts des clients résidents, ces dépôts ont baissé de 3,32 % pour atteindre 67,83 milliards de dollars en août 2024.
- Dépôts en livres libanaises : ces dépôts, représentant seulement 0,9 % des dépôts résidents, ont chuté de 79,55 % pour s’établir à 616,25 millions de dollars. Cette baisse reflète la dollarisation quasi totale de l’économie libanaise.
Dollarisation accrue
Le taux de dollarisation des dépôts du secteur privé est passé de 96,44 % en août 2023 à 99,25 % en août 2024, illustrant une dépendance croissante à l’égard des devises étrangères.
Dépôts des clients non résidents
Les dépôts des clients non résidents, représentant 20,23 % des passifs totaux, ont enregistré une baisse marginale de 0,91 %, pour atteindre 21,16 milliards de dollars.
- Dépôts en livres libanaises : ces dépôts ont chuté de 83,64 % pour atteindre seulement 31,43 millions de dollars.
- Dépôts en devises étrangères : ils ont diminué légèrement de 0,16 % pour s’établir à 21,13 milliards de dollars.
Passifs du secteur financier non résident
Les passifs du secteur financier non résident, représentant 2,52 % des passifs totaux, ont enregistré une baisse de 15,19 % pour s’établir à 2,64 milliards de dollars.
Implications économiques
La baisse généralisée des actifs et des passifs bancaires reflète la fragilité continue du secteur bancaire libanais, confronté à une crise de confiance et à une contraction de l’activité économique. La dollarisation quasi totale des dépôts souligne la défiance persistante envers la monnaie locale, exacerbée par l’instabilité politique et économique.
Le repli des créances sur les clients résidents et des portefeuilles de titres met également en évidence la réticence des banques à s’engager dans le financement de l’économie locale, préférant maintenir des réserves élevées en devises étrangères. Cette tendance, combinée à la baisse des dépôts, risque de limiter davantage la capacité des banques à jouer leur rôle d’intermédiaires financiers dans la relance économique.



