Le 28 août 2025, le Liban a marqué une nouvelle étape dans le désarmement des camps de réfugiés palestiniens avec la remise de la deuxième vague d’armes par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l’armée libanaise. Cette opération, concernant les camps de la Rashidieh, d’El-Buss et de Burj al-Shamali dans le sud du pays, s’inscrit dans un accord signé le 21 mai 2025 entre le président palestinien Mahmoud Abbas et le président libanais Joseph Aoun. Alors que le processus se poursuit, avec d’autres camps devant suivre, des défis subsistent, notamment face aux réticences de certaines factions palestiniennes.
Une deuxième vague de remise dans les camps du Sud
Le 28 août 2025, le porte-parole de la présidence palestinienne, Nabil Abou Rudeina, a confirmé la remise de la deuxième vague d’armes par les factions de l’OLP, principalement le Fatah, à l’armée libanaise. Cette opération concerne trois camps du sud, près de Tyr : la Rashidieh (10 000 habitants), El-Buss (12 000 habitants) et Burj al-Shamali (20 000 habitants). Les armes, incluant des fusils d’assaut, des pistolets, des lance-grenades, des mortiers et des milliers de munitions, ont été transférées sous forme de « dépôt » à l’armée, qui en assure la garde dans des installations militaires sécurisées. Des camions escortés par des unités de l’armée ont transporté les équipements depuis les camps, sous haute surveillance, avec des barrages établis aux entrées pour éviter tout incident.
Cette remise fait suite à une première phase menée le 21 août 2025 dans le camp de Bourj al-Barajneh à Beyrouth, où un lot initial d’armes légères et moyennes, principalement des fusils AK-47 et des grenades, a été confié à l’armée. Selon des responsables libanais, plusieurs centaines d’armes ont été collectées dans ces quatre camps, bien que les chiffres précis restent confidentiels pour des raisons de sécurité. « Cette opération est un pas décisif pour renforcer la souveraineté de l’État libanais », a déclaré Ramez Damaschkieh, président du Comité de dialogue libano-palestinien, ajoutant que le processus se poursuivra progressivement dans les neuf autres camps palestiniens, comme ceux de Sabra, Chatila et Aïn el-Hilweh.
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Un accord pour consolider le monopole des armes
L’accord du 21 mai 2025, signé lors de la visite de Mahmoud Abbas à Beyrouth, constitue le cadre de cette initiative. Conclu avec le président Joseph Aoun, il engage les factions palestiniennes à remettre leurs armes à l’armée libanaise pour garantir le monopole de l’État sur la violence légitime, conformément à la résolution 1701 de l’ONU. Cet accord prévoit également la formation d’une commission conjointe libano-palestinienne chargée de superviser le processus et d’améliorer les conditions de vie dans les camps. « Nous nous engageons à respecter la souveraineté libanaise et ses lois, tout en garantissant les droits des réfugiés palestiniens », a affirmé Nabil Abou Rudeina, soulignant que la remise des armes vise à éliminer toute présence militaire non étatique dans les camps.
L’accord stipule que les armes sont remises sous forme de « dépôt », permettant à l’OLP de conserver un droit symbolique sur ces équipements, tout en les plaçant sous le contrôle exclusif de l’armée. Les discussions ont également porté sur des mesures pour améliorer les conditions humanitaires des 200 000 réfugiés palestiniens au Liban, notamment en matière d’accès à l’éducation, à la santé et à l’emploi, sans compromettre leur droit au retour ou leur identité nationale. « Cet accord est un équilibre entre la souveraineté libanaise et les droits des Palestiniens », a déclaré un responsable palestinien proche des négociations.
Une opération dans un contexte économique dramatique
Les camps palestiniens, où les conditions de vie sont précaires – taux de chômage de 60 %, infrastructures délabrées, accès limité à l’électricité et à l’eau – sont un terrain sensible. La remise des armes, bien que saluée par les autorités, suscite des tensions parmi les habitants, qui craignent une perte de sécurité face à d’éventuelles menaces externes. « Ces armes étaient une garantie pour nous. Les remettre, c’est faire confiance à un État qui nous a souvent négligés », confie un habitant de la Rashidieh.
Des défis et résistances dans les camps
Si l’OLP, dominée par le Fatah, s’est engagée dans ce processus, des résistances émergent dans certains camps, notamment de la part de factions comme le Hamas et le Jihad islamique, qui n’ont pas encore remis leurs armes. Le camp d’Aïn el-Hilweh, près de Saïda, connu pour ses affrontements armés récurrents, pose un défi majeur. En 2023, des combats entre factions palestiniennes avaient fait 13 morts dans ce camp, où des groupes armés conservent des arsenaux significatifs, incluant des roquettes et des armes automatiques. « La remise des armes dans Aïn el-Hilweh sera compliquée. Certaines factions refusent de céder leur pouvoir », avertit un officier de l’armée libanaise.
La commission conjointe libano-palestinienne, formée en juin 2025, travaille à négocier avec ces groupes pour garantir une remise progressive. Cependant, des incidents ont déjà eu lieu : en juillet 2025, une tentative de collecte d’armes à Chatila a provoqué des heurts entre habitants et forces de sécurité, faisant trois blessés. « Nous soutenons l’accord, mais la sécurité des camps doit être garantie », a insisté un responsable du Fatah, soulignant la nécessité d’un déploiement renforcé de l’armée pour protéger les habitants.
Un calendrier pour les camps restants
Le processus de désarmement doit se poursuivre dans les neuf autres camps palestiniens, dont Sabra, Chatila, Mar Elias et Aïn el-Hilweh, avec un objectif de finalisation d’ici fin 2025, selon des sources officielles. Le camp d’Aïn el-Hilweh, le plus grand avec 50 000 habitants, est prioritaire en raison de son instabilité chronique. Les autorités libanaises prévoient de renforcer leur présence militaire autour des camps pour sécuriser les opérations, mais les ressources limitées de l’armée – 80 000 soldats, salaires réduits à moins de 100 dollars par mois – compliquent cette tâche. « Nous faisons ce que nous pouvons avec des moyens limités », admet un officier.
En parallèle, des efforts sont en cours pour améliorer les conditions de vie des réfugiés. L’accord du 21 mai inclut des engagements pour faciliter l’accès à l’emploi, à la santé et à l’éducation, avec des projets pilotes dans la Rashidieh et Burj al-Shamali, où des écoles et des centres de santé doivent être rénovés d’ici 2026. « Ces mesures sont essentielles pour apaiser les tensions et montrer que la remise des armes s’accompagne de progrès concrets », explique un membre de la commission conjointe.



