mercredi, janvier 28, 2026

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Liban : Le déficit commercial s’élargit à 12,3 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2025, selon les dernières statistiques douanières

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Les statistiques les plus récentes publiées par l’administration des douanes libanaises mettent en lumière une évolution préoccupante de la balance commerciale libanaise pour les neuf premiers mois de l’année 2025. Le volume global des échanges extérieurs a enregistré une expansion notable par rapport à la même période en 2024, mais cette dynamique s’est traduite par un creusement du déficit commercial, qui a atteint 12,3 milliards de dollars, contre 10,87 milliards un an auparavant, soit une augmentation de 1,43 milliard de dollars, équivalente à 13,21 %. Ces chiffres, issus des données officielles des douanes, soulignent les défis structurels d’une économie libanaise toujours marquée par les séquelles de la crise financière entamée en 2019, tout en révélant des signes de reprise dans les flux importateurs et exportateurs.

Cette progression du commerce extérieur s’inscrit dans un contexte où le Liban, sous le gouvernement de Nawaf Salam formé en février 2025, tente de consolider une fragile stabilisation économique. Les importations ont grimpé à 14,985 milliards de dollars, contre 12,95 milliards en 2024 sur la même période, marquant une hausse de 15,79 %, soit 2,035 milliards de dollars supplémentaires. Les exportations, quant à elles, ont affiché une croissance plus vigoureuse encore, passant de 2,1 milliards à 2,715 milliards de dollars, soit un bond de 29,04 %, équivalent à 615 millions de dollars. Bien que ces indicateurs traduisent un regain d’activité, ils mettent en évidence une dépendance persistante aux importations pour alimenter la consommation intérieure, les besoins en énergie et les intrants industriels, dans un pays où la production locale reste limitée par les contraintes énergétiques et logistiques.

Élie Zakhour, premier vice-président de l’Union arabe des chambres de navigation maritime et ancien président de la Chambre internationale de navigation à Beyrouth, avait anticipé dès novembre 2025 une année record pour le commerce extérieur, prévoyant un total dépassant les 24 milliards de dollars, un seuil non franchi depuis plus d’une décennie. Les données jusqu’à septembre confirment en partie cette tendance, avec un total des échanges atteignant environ 17,7 milliards de dollars sur neuf mois, suggérant une extrapolation annuelle autour de 23,6 milliards si le rythme se maintient. Cependant, ces projections restent sujettes aux aléas géopolitiques régionaux, notamment les tensions au sud du Liban et les perturbations potentielles des chaînes d’approvisionnement maritimes.

Une hausse des importations reflet de vulnérabilités persistantes

L’expansion des importations illustre à la fois les besoins croissants de l’économie libanaise et ses faiblesses structurelles. Le pays, importateur net depuis des décennies, repose sur les achats extérieurs pour couvrir environ 80 % de ses besoins en biens de consommation, en combustibles et en matières premières. Sur les neuf mois, la facture importée a été dominée par les produits minéraux, qui ont totalisé 3,721 milliards de dollars, soit 24,83 % du total. Cette catégorie, incluant principalement les carburants pétroliers et les dérivés, répond à une demande énergétique accrue, stimulée par une légère reprise de l’activité industrielle et des transports. Les perles, pierres précieuses, métaux précieux et bijoux ont suivi, avec 2,272 milliards de dollars, représentant 15,16 % des importations, confirmant le rôle central du Liban comme hub régional pour le commerce de l’or et des métaux précieux.

Les produits des industries chimiques et connexes occupent la troisième position, avec 1,243 milliard de dollars, soit 8,29 % du total. Cette hausse s’explique par une demande accrue en médicaments, fertilisants et intrants pour l’agriculture et la santé, secteurs prioritaires dans un contexte de pénuries récurrentes liées à la crise. D’autres catégories, telles que les machines et équipements électriques (environ 7 % du total), les véhicules (6,5 %) et les produits alimentaires (5,8 %), ont également contribué à cette dynamique, bien que dans des proportions moindres. Ces flux ont été facilités par une stabilisation relative du taux de change, avec le dollar américain dominant les transactions commerciales depuis la dollarisation de facto de l’économie en 2020.

Géographiquement, la Chine conserve sa place de premier fournisseur, avec des importations s’élevant à 1,756 milliard de dollars, soit 11,72 % du total. Ce leadership s’appuie sur la compétitivité prix des biens manufacturés chinois, couvrant électroniques, textiles et mécaniques. La Grèce arrive en deuxième position, avec 1,176 milliard de dollars, soit 7,85 %, fournissant principalement des hydrocarbures et des produits pétroliers via ses raffineries. La Suisse complète le trio de tête, avec 1,043 milliard de dollars, soit 6,96 %, grâce aux échanges en métaux précieux et produits pharmaceutiques. D’autres partenaires notables incluent l’Égypte (6,5 %), la Turquie (5,8 %) et l’Allemagne (4,9 %), reflétant une diversification progressive vers l’Europe et le Moyen-Orient.

Cette concentration sur un nombre restreint de fournisseurs expose le Liban à des risques externes, comme les fluctuations des prix mondiaux du pétrole, qui ont oscillé autour de 80 dollars le baril en 2025 en raison des tensions en mer Rouge et des sanctions internationales. Les disruptions logistiques, exacerbées par les conflits régionaux, ont augmenté les coûts de fret de 15 à 20 % sur certaines routes, selon des rapports de la Chambre de commerce de Beyrouth publiés en octobre 2025. Néanmoins, des initiatives comme l’accord commercial avec l’Union européenne, renforcé en juillet 2025 par de nouveaux protocoles douaniers, pourraient favoriser une diversification accrue.

Les exportations en hausse, mais toujours marginales

Les exportations libanaises, bien que en progression de 29,04 %, restent modestes face à l’ampleur des importations, ne couvrant que 18,12 % de la facture importée sur les neuf mois. Cette croissance est un indicateur positif pour une économie traditionnellement tournée vers les services, avec une base productive érodée par la crise. Les perles, pierres précieuses, métaux précieux et bijoux dominent les ventes à l’étranger, avec une valeur estimée à 1,011 milliard de dollars, soit environ 37,25 % du total, bénéficiant d’une expertise locale en transformation et commerce de l’or.

Les métaux de base et leurs articles occupent la deuxième place, avec environ 400 millions de dollars, soit 14,73 %, témoignant d’une reprise dans l’industrie métallurgique, soutenue par des commandes régionales. Les produits alimentaires préparés, boissons et tabac suivent, avec 317 millions de dollars, soit 11,68 %, grâce à la renommée des confiseries, huiles et produits laitiers libanais sur les marchés arabes et européens. D’autres secteurs, comme les textiles (8,5 %) et les produits chimiques (7,2 %), ont également progressé, profitant d’une demande post-pandémie et de subventions ciblées du ministère de l’Industrie en mai 2025.

En termes de destinations, la Suisse reste le premier acheteur, absorbant environ 624 millions de dollars, soit 23 % des exportations, principalement via les flux de métaux précieux. Les Émirats arabes unis suivent avec 462 millions de dollars, soit 17 %, servant de plateforme pour la redistribution dans le Golfe. L’Égypte arrive en troisième, avec 116 millions de dollars, soit 4,27 %, achetant des biens manufacturés et agroalimentaires. D’autres marchés émergents incluent la Turquie (3,8 %) et l’Arabie saoudite (3,5 %), où des accords bilatéraux signés en juin 2025 ont facilité les échanges.

Malgré ces avancées, les exportateurs font face à des obstacles persistants : coûts énergétiques élevés, avec des coupures d’électricité atteignant 20 heures par jour en moyenne en 2025 selon Electricité du Liban, barrières logistiques et instabilité monétaire. La dollarisation partielle a stabilisé les transactions, mais les restrictions bancaires limitent l’accès au crédit, comme l’a souligné un rapport de la Banque mondiale en décembre 2025, estimant une perte de 10 % en potentiel exportateur due à ces contraintes.

Le creusement du déficit : une mauvaise nouvelle amplifiant la crise

Le déficit commercial de 12,3 milliards de dollars sur neuf mois représente une mauvaise nouvelle dans le contexte de la crise libanaise persistante, marquée par une sortie massive de capitaux estimée à plus de 20 milliards de dollars depuis 2019, selon des données du Fonds monétaire international actualisées en novembre 2025. Ce creusement accentue la pression sur la balance des paiements, déjà fragilisée par une dette extérieure brute dépassant 100 milliards de dollars et une inflation qui, bien qu’en décélération à 50 % en 2025 contre 200 % en 2023, érode le pouvoir d’achat. Les importations excédentaires drainent les devises étrangères, exacerbant la sortie de capitaux via les transferts privés et les paiements extérieurs, comme l’a noté le ministre des Finances, Abdallah Bou Habib, lors d’une conférence de presse le 15 décembre 2025 : « Notre dépendance aux importations creuse un fossé que les remises des expatriés peinent à combler, avec une sortie nette de 5 milliards de dollars en 2025. »

Cette situation constitue une raison de plus pour ne pas proposer l’or des réserves de la Banque du Liban à la vente, un débat ravivé en 2025 et 2026 face à la hausse des cours mondiaux. Les réserves d’or, évaluées à 40,4 milliards de dollars fin 2025 selon le bilan de la Banque du Liban publié le 13 janvier 2026, représentent un actif stratégique intouchable par la loi monétaire de 1963, amendée en 2020 pour interdire toute cession sans approbation parlementaire unanime. Des propositions, comme celle de l’Institute of International Finance en octobre 2025 suggérant de vendre 100 tonnes pour 15 milliards de dollars afin de rembourser les déposants, ont été rejetées par le gouverneur par intérim Wassim Mansouri, qui déclarait le 25 mars 2025 : « Je ne signerai pas pour déplacer ne serait-ce qu’un gramme d’or sans réformes structurelles. » Limiter les transferts de capitaux sortants, déjà encadrés par des circulaires bancaires depuis 2020 restreignant les virements à l’étranger à 5 000 dollars par mois pour les entreprises, apparaît comme une mesure complémentaire pour préserver les réserves en devises, qui ont atteint 11,89 milliards de dollars fin 2025, en hausse de 17,7 % sur un an.

Le rôle dominant du port de Beyrouth dans les flux

Les infrastructures portuaires et aéroportuaires demeurent essentielles pour ces échanges. Le port de Beyrouth, malgré les séquelles de l’explosion d’août 2020, conserve sa primauté, gérant environ 60 % des importations en valeur, soit plus de 8,99 milliards de dollars sur neuf mois, selon des estimations croisées des douanes et de la Chambre de navigation. Pour les exportations, il traite environ 42 % du total, soit 1,14 milliard de dollars. Sa position stratégique en Méditerranée orientale et ses capacités logistiques, renforcées par des investissements qataris de 200 millions de dollars en 2025 pour la reconstruction des silos, expliquent cette dominance.

L’aéroport international Rafic Hariri suit, avec environ 30 % des importations (4,495 milliards de dollars) et 40 % des exportations (1,086 milliard de dollars), adapté aux biens de haute valeur comme les pharmaceutiques et les bijoux, transportés par air pour des motifs de sécurité. Le port de Tripoli, en troisième position, gère 8 % des importations (1,199 milliard de dollars) et 8 % des exportations (217 millions de dollars), gagnant en importance pour les échanges avec le nord et la Syrie voisine, aidé par une stabilité relative et des modernisations financées par l’Union européenne en avril 2025.

Ces installations ont fait face à des défis en 2025, avec des congestions augmentant les délais de 20 % au port de Beyrouth, selon un rapport de l’Organisation maritime internationale en septembre. Des investissements supplémentaires, estimés à 500 millions de dollars par le ministère des Travaux publics en novembre 2025, sont nécessaires pour améliorer l’efficacité et réduire les coûts.

Les partenaires et secteurs clés sous la loupe

L’analyse des partenaires confirme une concentration risquée. La prédominance chinoise en importations s’aligne sur les tendances globales, avec des biens à bas coût inondant le marché local. La Grèce, en tant que fournisseur d’énergie, souligne la vulnérabilité aux prix du pétrole, qui ont impacté la facture de 10 % en 2025. La Suisse sert de plateforme pour l’or, avec des flux facilités par des accords fiscaux bilatéraux renouvelés en juin.

Pour les exportations, les Émirats arabes unis agissent comme un hub gulfien, absorbant produits de luxe et agroalimentaires. L’Égypte, avec sa démographie, offre un marché pour les manufacturés, malgré la concurrence locale. Sectoriellement, les métaux précieux dominent, indiquant un rôle de transit pour le Liban, avec une valeur ajoutée limitée : environ 40 % des flux sont des réexports, selon des données de la Banque mondiale en décembre 2025.

Les produits minéraux en importations soulignent l’exposition aux chocs énergétiques, comme la hausse de 5 % des prix en octobre 2025 due aux tensions en mer Rouge. Les chimiques, en troisième, couvrent besoins en santé, avec des importations de vaccins augmentant de 12 % post-Covid. Pour les exportations, les aliments préparés montrent une résilience, avec des envois vers l’Europe en hausse de 15 % grâce à des certifications UE obtenues en juillet.

Implications immédiates des flux récents

Les données mensuelles jusqu’à septembre 2025 révèlent une accélération en fin de période : en septembre, le déficit mensuel a atteint 1,4 milliard de dollars, avec des importations à 1,7 milliard et des exportations à 0,3 milliard, contre 1,2 milliard de déficit en août. Cette tendance, portée par une demande saisonnière en carburants et biens de consommation avant l’hiver, confirme l’expansion observée. Les importations de produits minéraux ont culminé à 450 millions en septembre, en hausse de 18 % sur un mois.

Les exportations vers la Suisse ont maintenu un rythme soutenu, avec 70 millions en septembre, soit 23 % du mensuel, tandis que celles vers les Émirats ont augmenté de 10 % grâce à des contrats agroalimentaires. Le port de Beyrouth a traité 65 % des importations mensuelles, mais des grèves douanières en août ont ralenti les flux de 5 %. Ces évolutions récentes, ancrées dans les rapports douaniers de janvier 2026, illustrent les efforts du Liban pour naviguer dans un environnement géopolitique tendu, où les échanges commerciaux demeurent un pilier de la résilience économique.

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