Chapeau — Israël a confirmé lundi 16 mars le lancement d’opérations terrestres « limitées et ciblées » dans le sud du Liban, après plusieurs jours de bombardements intensifs. À cette heure, le bilan humain dépasse 880 morts au Liban et plus de 800 000 déplacés. La séquence suscite une série de condamnations et d’appels à la retenue, de la France aux agences des Nations unies, tandis que la situation en Israël reste marquée par la poursuite des alertes et des frappes iraniennes, sur fond de guerre régionale élargie.
Une offensive terrestre désormais assumée
L’armée israélienne a annoncé lundi l’ouverture d’une offensive terrestre « limitée et ciblée » dans le sud du Liban. Selon les autorités israéliennes, les troupes opèrent contre des positions du Hezbollah dans de nouvelles zones, notamment autour de Khiam, avec une progression signalée vers le Litani. Le ministre israélien de la défense, Israel Katz, a aussi affirmé que les habitants libanais déplacés ne pourraient pas revenir dans le Sud tant que la sécurité des localités israéliennes frontalières ne serait pas garantie.
Cette nouvelle phase militaire prolonge une campagne aérienne déjà très lourde. Depuis le 2 mars, les frappes israéliennes ont touché le sud du pays, la Bekaa, la banlieue sud de Beyrouth et, à plusieurs reprises, la capitale elle-même. Les opérations ont été relancées après l’entrée du Hezbollah dans la guerre régionale aux côtés de l’Iran, avec des tirs de roquettes et de drones contre Israël.
Bombardements, morts et déplacements massifs
Le bilan libanais continue de s’alourdir. Les chiffres les plus récents font état de plus de 880 morts et de plus de 800 000 déplacés, certains bilans montant à 886 morts et plus de 850 000 déplacés selon d’autres décomptes diffusés lundi. Une dépêche publiée ce week-end évoquait déjà au moins 850 morts et plus de 2 100 blessés, dont plus de 170 femmes et enfants.
La crise humanitaire est visible à Beyrouth et à Saïda, où des familles déplacées vivent sous des bâches, dans des voitures ou dans des bâtiments inachevés. Les abris collectifs ne suffisent pas à absorber l’exode. Environ 132 000 personnes seulement y sont hébergées, soit une fraction du total des déplacés. Les pluies des derniers jours ont encore aggravé les conditions de survie dans ces sites improvisés.
Les condamnations se multiplient
La France a demandé à Israël de s’abstenir de toute intervention terrestre ou durable au Liban et a rappelé que l’intégrité territoriale et la souveraineté libanaises devaient être respectées. Paris s’est aussi dit très préoccupé par le déplacement des civils et continue de soutenir, diplomatiquement et humanitairement, les autorités libanaises.
Les Nations unies ont, elles aussi, haussé le ton. Lors de sa conférence de presse à Beyrouth, António Guterres a dénoncé des bombardements israéliens « dévastateurs » et des avis d’évacuation généralisés qui rendent inhabitables de larges portions du Liban. L’ONU a en parallèle lancé un appel humanitaire d’urgence de 308 millions de dollars pour le pays.
L’Organisation mondiale de la santé a condamné les attaques contre les structures et personnels médicaux au Liban. Selon l’OMS, 25 attaques contre des sites de santé ont été confirmées dans le pays depuis le début de cette nouvelle séquence de guerre, causant 16 morts et 29 blessés. Le 14 mars, le directeur général de l’OMS a dénoncé la mort de 12 soignants dans une frappe sur un centre de santé primaire au sud du Liban, rappelant que les personnels médicaux sont protégés par le droit international humanitaire.
Le Royaume-Uni, tout en condamnant les attaques du Hezbollah contre Israël, a annoncé plus de 5 millions de livres d’aide humanitaire d’urgence pour le Liban et a insisté sur la nécessité d’empêcher une aggravation du conflit sur le territoire libanais.
Un cadre diplomatique toujours incertain
Sur le terrain politique, des responsables israéliens ont laissé entendre que des discussions avec le Liban pourraient s’ouvrir en vue d’un cessez-le-feu durable et d’un désarmement du Hezbollah, avec une médiation française évoquée en coulisses. Mais ces informations restent contradictoires : des responsables libanais disent n’avoir reçu aucune notification formelle, tandis que le ministre israélien des affaires étrangères a publiquement nié l’existence de tels pourparlers.
Dans le même temps, la ligne israélienne reste militaire : affaiblir d’abord le Hezbollah, discuter ensuite. L’ambassadeur israélien à l’ONU a ainsi mis l’accent sur la nécessité, selon Israël, de dégrader l’organisation chiite avant toute négociation.
En Israël, une guerre toujours ouverte
Côté israélien, la situation reste tendue mais le bilan humain demeure nettement inférieur à celui du Liban. Les derniers décomptes disponibles font état d’au moins 15 morts en Israël depuis l’élargissement du conflit régional. Des sirènes d’alerte ont encore retenti lundi à Jérusalem, tandis qu’un missile iranien a projeté des éclats jusque dans la Vieille Ville, sans provoquer de bilan comparable à celui observé au Liban ou en Iran.
Les autorités israéliennes affirment que les capacités offensives iraniennes ont été fortement réduites, mais elles se préparent à une guerre plus longue. Israël a indiqué prévoir encore au moins trois semaines d’opérations contre l’Iran, tout en poursuivant simultanément ses frappes au Liban et à Gaza. Sur le front nord, l’objectif affiché reste d’éloigner durablement la menace du Hezbollah de la frontière.
À ce stade, le tableau est donc double : au Liban, l’offensive terrestre et les bombardements israéliens ont fait entrer la guerre dans une phase plus lourde encore, avec un coût humain et humanitaire massif ; en Israël, la pression sécuritaire persiste, mais la ligne officielle reste celle d’une campagne appelée à se poursuivre sur plusieurs fronts.
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