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Liban/Ordures: La ministre de l’environnement propose la construction d’un incinérateur

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Beyrouth, 28 février 2025 – Le Liban, confronté aux séquelles de la guerre de 2024, doit relever des défis environnementaux, économiques et diplomatiques qui s’entrelacent dans un contexte de reconstruction complexe. Tamara Elzein, ministre de l’Environnement depuis la formation du gouvernement de Nawaf Salam le 8 février 2025, a présenté hier une série de déclarations à MTV sur ces enjeux. Elle a évoqué la possibilité de construire un incinérateur pour produire de l’électricité à partir des déchets, une méthode utilisée à Dubaï, tout en soulignant la nécessité d’une décision politique pour sa mise en œuvre. Elle a également abordé la recherche d’un lieu définitif pour les débris de guerre, exprimant son opposition au déversement en mer, et a identifié les générateurs électriques comme la principale source de pollution atmosphérique à Beyrouth, demandant une coopération avec le ministre de l’Énergie face à une augmentation notable des cas de cancer.

Sur le plan diplomatique, Elzein a indiqué que le Premier ministre rejette les demandes politiques en échange d’une aide à la reconstruction, précisant que les discussions portent sur des réformes plutôt que sur des exigences imposées. Elle a défendu l’adhésion du Liban à la Résolution 1701 des Nations Unies, soulignant les violations continues par Israël, et a mentionné sa participation personnelle aux funérailles de Sayyed Nasrallah, malgré la présence d’avions israéliens. Enfin, elle a affirmé son droit individuel à l’autodéfense, ancré dans les accords internationaux, tout en aspirant à une sécurité assurée par l’État. Ces déclarations reflètent les priorités environnementales et diplomatiques du Liban dans un contexte marqué par une crise économique persistante et les impacts de la guerre récente.

Gestion des déchets : vers l’incinération électrique

La crise des déchets au Liban, un problème récurrent depuis des décennies, s’est aggravée avec la guerre de 2024, qui a produit des quantités massives de débris et mis sous pression un système de gestion déjà saturé. Elzein a proposé hier la construction d’un incinérateur pour transformer les déchets en électricité, une méthode employée dans des villes comme Dubaï. « Le Liban a besoin d’un incinérateur pour produire de l’électricité à partir des déchets, mais cela nécessite une décision politique de notre part », a-t-elle déclaré, notant que cette solution dépend d’un consensus au sein des dirigeants.

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Avant la guerre, le Liban générait environ 2,5 millions de tonnes de déchets solides par an, dont une grande partie était dirigée vers des décharges surpeuplées ou des sites illégaux, souvent près des côtes. La guerre a ajouté entre 10 et 15 millions de tonnes de débris – gravats, béton, métal – à ce volume, rendant la situation encore plus critique. Elzein a souligné que de nombreux petits pays ont opté pour l’incinération pour éviter les décharges, une pratique qui réduit le volume des déchets de 90 % tout en produisant de l’énergie. « Il existe de nombreuses solutions à la crise des déchets dans le monde, et tous les petits pays se sont tournés vers les incinérateurs pour éviter les décharges », a-t-elle expliqué, ajoutant : « L’important est de savoir comment gérer cette question, et je ne suis pas convaincue par le plan actuel. »

Un incinérateur capable de traiter 1 000 tonnes de déchets par jour pourrait générer environ 20 mégawatts d’électricité, une contribution significative dans un pays où les coupures atteignaient 20 heures par jour avant 2024, obligeant les habitants à dépendre de générateurs privés. Cependant, cette proposition nécessite des investissements importants – estimés à des centaines de millions de dollars – et une coordination politique pour surmonter les intérêts liés aux décharges existantes, souvent gérées par des réseaux influents. La mise en œuvre d’une telle infrastructure demanderait également des normes strictes pour limiter les émissions polluantes, un défi dans un contexte où les capacités techniques et financières sont limitées.

Les débris de guerre : un problème à résoudre

La guerre de 2024 a transformé le paysage libanais, laissant derrière elle des bâtiments effondrés, des routes détruites et des débris éparpillés à travers le sud, la Bekaa et les banlieues sud de Beyrouth. Elzein a abordé cette question hier, déclarant : « Nous chercherons un lieu définitif pour les débris de guerre, et je suis contre le déversement des déchets en mer. » Cette position intervient dans un contexte où les pratiques passées de déversement en mer ont suscité des inquiétudes environnementales.

Les débris, estimés entre 10 et 15 millions de tonnes, posent un défi à la fois par leur volume et leur composition. Les bombardements ont produit des gravats mélangés à des métaux lourds, des produits chimiques et des résidus d’explosifs, rendant leur gestion complexe et potentiellement dangereuse pour la santé publique et les écosystèmes. Avant la guerre, les décharges comme celle de Naameh, fermée en 2015 après des années de saturation, étaient incapables de gérer les déchets courants, et les sites temporaires post-conflit risquent de prolonger cette crise si aucune solution durable n’est trouvée.

Elzein s’oppose au déversement en mer, une méthode utilisée dans le passé qui a pollué les eaux côtières, affectant les ressources marines et les moyens de subsistance des pêcheurs. Elle propose de chercher un site spécifique pour stocker ou traiter ces débris, une initiative qui pourrait inclure le tri pour le recyclage dans la reconstruction et l’élimination contrôlée des matériaux dangereux. Cette approche, bien que coûteuse, vise à éviter les impacts environnementaux à long terme et à répondre aux besoins immédiats d’un pays où les espaces disponibles pour les décharges sont rares.

Pollution de l’air : les générateurs en cause

Elzein a également pointé hier une menace environnementale persistante : la pollution de l’air causée par les générateurs électriques privés. « La source de la pollution de l’air au Liban, ce sont les générateurs d’électricité, qui relèvent de l’autorité du ministère de l’Énergie », a-t-elle expliqué, ajoutant : « J’ai demandé la coopération du ministre de l’Énergie à ce sujet, suite à la hausse significative des cas de cancer à Beyrouth. » Cette déclaration met en lumière un problème de santé publique lié à une dépendance croissante aux générateurs depuis la crise économique de 2019.

Avant 2024, les coupures d’électricité atteignaient 20 heures par jour dans certaines régions, forçant les ménages et les entreprises à utiliser des générateurs diesel souvent anciens et mal entretenus. Ces appareils émettent des particules fines, du dioxyde de soufre et des oxydes d’azote, des polluants associés à des maladies respiratoires et à une augmentation des cas de cancer. En 2023, les niveaux de particules fines à Beyrouth dépassaient les seuils recommandés par les normes internationales de plus de cinq fois, une situation qui s’est aggravée avec les besoins accrus en énergie après la guerre. Bien que les statistiques précises sur la hausse des cancers à Beyrouth en 2025 manquent encore, des études antérieures ont établi un lien entre cette pollution et les problèmes de santé dans les zones urbaines denses.

Elzein a appelé à une coopération interministérielle pour réduire cette pollution, mais cette initiative se heurte à des contraintes structurelles. Le ministère de l’Énergie, en charge du réseau national, manque de fonds pour moderniser ses centrales ou augmenter la production, tandis que les générateurs privés, souvent exploités par des réseaux informels, échappent à une régulation stricte. Des solutions comme l’installation de filtres ou une transition vers une production centralisée plus propre nécessitent des investissements que le Liban, avec une dette publique à 280 % du PIB en 2022, peine à mobiliser.

Reconstruction sous pression diplomatique

Elzein a abordé hier les tensions diplomatiques liées à l’aide à la reconstruction après la guerre de 2024, qui a causé des pertes estimées entre 15 et 20 milliards de dollars. « Le Premier ministre a souligné que nous n’accepterons pas de demandes politiques en échange d’une aide à la reconstruction », a-t-elle déclaré, précisant : « Ce que nous entendons, ce sont des appels à des réformes, pas à l’imposition de demandes. » Cette position reflète une volonté de préserver la souveraineté libanaise face aux partenaires internationaux, dans un contexte où l’économie dépend fortement de l’aide extérieure.

Avant la guerre, le Liban s’appuyait sur des donateurs comme les États-Unis, l’Union européenne et les pays du Golfe pour soutenir une économie en crise, avec des dépôts bancaires de 84 milliards de dollars gelés et une population dont 80 % vit sous le seuil de pauvreté depuis 2022. Aujourd’hui, ces partenaires conditionnent leur aide à des réformes – restructuration bancaire, transparence fiscale – mais certains semblent aussi attendre des concessions politiques, notamment une réduction de l’influence du Hezbollah. Elzein et Salam insistent sur une approche centrée sur les besoins humanitaires et environnementaux, comme la gestion des débris et la protection de la santé publique, plutôt que sur des agendas politiques externes.

Le respect de la Résolution 1701 et la souveraineté

Sur le plan diplomatique, Elzein a défendu hier l’engagement du Liban envers la Résolution 1701 des Nations Unies, adoptée en 2006 pour mettre fin aux hostilités entre Israël et le Hezbollah. « Le Liban a adhéré à la Résolution 1701, contrairement à Israël », a-t-elle affirmé, ajoutant : « Le test aujourd’hui est pour la communauté internationale, pas pour nous. » Le cessez-le-feu du 27 novembre 2024 repose sur cette résolution, mais la présence continue de cinq positions israéliennes au Sud-Liban et les survols réguliers d’avions de guerre violent ses termes, selon Beyrouth.

Elzein a évoqué sa participation aux funérailles de Sayyed Nasrallah, chef du Hezbollah tué en 2024, notant : « J’y ai participé par décision personnelle, c’était mon devoir, et je n’ai ni tremblé ni eu peur des avions de guerre israéliens au-dessus de nous. » Cette présence, malgré les menaces aériennes, illustre une position de fermeté face aux pressions externes. Elle a également affirmé son droit à l’autodéfense, ancré dans les accords internationaux, tout en exprimant le souhait que l’État assume pleinement la sécurité : « Les accords internationaux m’ont donné le droit, en tant qu’individu, de me défendre, alors pourquoi m’en priverais-je ? Nous aspirons à ce que l’État fournisse la sécurité. »

Un appel à l’action dans un contexte de crise

Les déclarations d’Elzein reflètent une tentative de répondre aux défis environnementaux et diplomatiques du Liban dans un contexte de crise profonde. La proposition d’un incinérateur vise à réduire les déchets tout en produisant de l’électricité, une solution qui pourrait alléger la dépendance aux générateurs polluants. La recherche d’un lieu pour les débris de guerre et l’opposition au déversement en mer cherchent à limiter les impacts environnementaux à long terme, tandis que la lutte contre la pollution de l’air met en avant la santé publique dans une ville où les cas de cancer augmentent. Sur le plan diplomatique, le rejet des demandes politiques pour l’aide à la reconstruction et la défense de la Résolution 1701 soulignent une volonté de préserver la souveraineté nationale face aux pressions internationales.

Le Liban, avec une économie où les transferts de la diaspora (6,7 milliards en 2023) déclinent et une population confrontée à des pénuries quotidiennes, doit surmonter ces défis dans un climat d’instabilité. Les initiatives d’Elzein nécessitent une coordination interne et un soutien extérieur pour passer de la parole aux actes, dans un pays où les divisions politiques et les contraintes financières limitent les marges de manœuvre. Alors que la reconstruction post-guerre reste une priorité, ces propositions pourraient poser les bases d’une gestion plus durable des crises environnementales et humanitaires, à condition que les obstacles soient surmontés.

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Newsdesk Libnanews
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