Un pays entre deux fronts
Le déclenchement du conflit armé entre Israël et l’Iran n’a pas seulement bouleversé les équilibres régionaux, il a également mis le Liban dans une position de vulnérabilité stratégique extrême. À la croisée des axes géopolitiques du Moyen-Orient, le pays du Cèdre doit composer avec sa proximité militaire, politique et énergétique avec les deux belligérants. L’ensemble de la presse libanaise du 16 juin 2025 rapporte une série de tensions et d’alertes déclenchées à Beyrouth, dans les cercles diplomatiques, sécuritaires et sociaux.
Alerte sécuritaire et mobilisation diplomatique
Al Akhbar (16 juin 2025) révèle l’arrestation dans la Bekaa d’un groupe armé soupçonné de planification d’un attentat à motivation régionale. Cette intervention aurait été coordonnée avec les services de renseignement militaires, qui redoutent l’activation de cellules dormantes affiliées soit à des groupes islamistes radicaux, soit à des factions pro-iraniennes non identifiées. Le ministre de l’Intérieur, cité anonymement, indique que « des instructions ont été données pour renforcer la surveillance des points de passage informels avec la Syrie ».
En parallèle, Al Liwa’ (16 juin 2025) rapporte une réunion d’urgence au Conseil supérieur de défense présidée par Joseph Aoun. Ce dernier aurait insisté sur « la nécessité absolue d’éviter toute implication militaire directe du Liban dans ce conflit, sous quelque forme que ce soit ». Le président aurait également exigé un état des lieux complet des capacités de protection civile, en prévision de possibles mouvements de population dans le sud du pays.
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Le Hezbollah sur une ligne de crête
La position du Hezbollah, acteur central de la scène militaire et politique libanaise, fait l’objet d’analyses prudentes. Dans Al Joumhouriyat (16 juin 2025), des sources parlementaires rapportent que Hassan Fadlallah, député du parti chiite, aurait déclaré lors d’une réunion à huis clos que « le soutien à l’Iran reste stratégique, mais ne saurait se traduire par une ouverture de front immédiate au Liban ». Cette phrase, largement relayée par le journal, illustre le dilemme auquel fait face le Hezbollah : afficher une solidarité politique avec Téhéran tout en évitant une guerre qui ruinerait ses positions internes.
Dans Al Bina’ (16 juin 2025), le silence officiel du Hezbollah est interprété comme une stratégie de prudence visant à éviter d’offrir un prétexte à Israël pour engager une opération préventive sur le territoire libanais. Toutefois, plusieurs experts cités s’accordent à dire que « toute attaque directe contre des infrastructures iraniennes en Syrie ou au Liban pourrait déclencher une réaction armée, même limitée ».
Tensions économiques amplifiées
L’impact économique du conflit régional est immédiat et massif. Annahar (16 juin 2025) constate une hausse de plus de 8 % des prix alimentaires en une semaine. La fermeture des ports israéliens et les difficultés d’approvisionnement par le corridor syro-jordanien provoquent des ruptures de stock chez les importateurs libanais. Le pain, les céréales, les huiles végétales et les médicaments sont les premiers produits touchés. Les commerçants interrogés anticipent une poursuite de l’inflation dans les deux semaines à venir.
Al Sharq (16 juin 2025) revient sur la suspension des assurances maritimes sur les routes vers Beyrouth, ce qui augmente de manière significative le coût du transport international. Le syndicat des importateurs de produits pharmaceutiques estime que « 30 % des médicaments essentiels pourraient ne plus être disponibles d’ici fin juin si les voies logistiques alternatives ne sont pas sécurisées ».
Crise énergétique et spectre du rationnement
Le conflit a entraîné la fermeture temporaire des champs gaziers israéliens Karish et Leviathan. Cette décision a interrompu les exportations de gaz vers l’Égypte, qui en redistribuait une part au Liban à travers des contrats de soutien. Al Quds (16 juin 2025) rapporte que le ministère libanais de l’Énergie a lancé un audit des réserves disponibles et averti Électricité du Liban que la capacité de production pourrait chuter de 40 % en cas de prolongation de l’interruption.
Dans Al Bina’ (16 juin 2025), une source gouvernementale déclare que le recours aux générateurs privés sera inévitable, mais difficilement soutenable financièrement pour les ménages. Les prix du fioul ont déjà augmenté de 12 %, et les distributeurs réclament une indexation hebdomadaire pour faire face à la volatilité du marché mondial.
Pressions sur la société libanaise
L’effet combiné de la crise énergétique, de la hausse des prix et de la paralysie logistique se traduit par une pression croissante sur les couches populaires. Al Quds (16 juin 2025) évoque une montée inquiétante du travail des enfants dans les quartiers défavorisés de Beyrouth et dans les camps de réfugiés palestiniens. À Borj el-Barajneh, une enquête de terrain menée par l’ONG Bayti révèle que « près de 68 % des foyers n’ont pas de revenu stable depuis deux mois ».
Al Bina’ (16 juin 2025) fait état de mobilisations citoyennes à Zahlé, Tyr et Tripoli, où des cortèges de manifestants réclament des aides alimentaires et des subventions sur le carburant. Le journal note que ces mouvements restent encore spontanés, mais qu’ils pourraient rapidement se structurer autour de collectifs associatifs ou confessionnels.
Positionnement international et diplomatie de précaution
Le Liban tente de se tenir à distance du conflit, tout en multipliant les contacts diplomatiques. Al Liwa’ (16 juin 2025) rapporte que Nawaf Salam a reçu les ambassadeurs de France, du Qatar et de l’ONU pour réaffirmer la volonté du Liban de ne pas être entraîné dans l’affrontement régional. La diplomatie française aurait proposé de convoquer le Groupe international de soutien au Liban pour offrir des garanties diplomatiques de neutralité.
Al Quds (16 juin 2025) publie des extraits d’un entretien téléphonique entre Emmanuel Macron et Joseph Aoun. Le président français aurait exprimé « son attachement à la stabilité et à la souveraineté du Liban », tout en se déclarant préoccupé par le risque d’enlisement du conflit sur plusieurs fronts.
Neutralité sous pression
Le discours officiel libanais repose sur la doctrine de dissociation, mais celle-ci est aujourd’hui contestée. Al Sharq (16 juin 2025) publie une tribune de Fouad Makhzoumi appelant à inscrire la neutralité du Liban dans la Constitution, à travers une déclaration formelle de dissociation active. Il critique les « postures ambivalentes » de certains partis, sans nommer directement le Hezbollah.
Dans Al 3arabi Al Jadid (16 juin 2025), Walid Joumblatt déclare que « ceux qui veulent affronter Israël peuvent le faire depuis leur propre territoire, pas depuis les villages libanais ». Cette prise de position a été largement commentée sur les réseaux sociaux, suscitant autant de soutien que de critiques.
Fragilité des institutions et déficit de confiance
Al Joumhouriyat (16 juin 2025) évoque un rapport interne du ministère des Finances alertant sur le risque de cessation de paiement de l’État si l’inflation dépasse les 180 % avant septembre. Le document mentionne que les recettes douanières, essentielles au budget, ont chuté de 23 % en deux semaines.
Le journal précise que les retards de paiement dans la fonction publique atteignent trois semaines, et que les enseignants du secteur public envisagent une grève illimitée. Ce climat d’instabilité fiscale renforce le scepticisme des bailleurs internationaux, dont les promesses d’aide restent suspendues aux réformes structurelles exigées.



