Les derniers articles

Articles liés

Liban : vingt-quatre heures de frappes et de fracture

- Advertisement -

Entre jeudi 12 mars au matin et vendredi 13 mars à 10 heures, l’aviation israélienne a encore élargi la carte de ses frappes au Liban. Beyrouth a été touchée à plusieurs reprises, avec un raid sur le front de mer de Ramlet el-Baïda, une frappe sur Jnah, puis une attaque contre un appartement dans le secteur de Nabaa, à la lisière de Bourj Hammoud. Au Sud, les bombardements ont visé Ein Ebel, Barich, Abbâ, Ansar, Doueir, Habouch, Tafahata, ainsi que le secteur de Saïda et le pont de Zrariyé. Dans le même temps, l’armée israélienne a élargi ses ordres d’évacuation jusqu’au fleuve Zahrani, ce qui a provoqué de nouveaux départs de familles dans tout le Sud-Liban.  

Le Hezbollah, de son côté, a revendiqué jeudi une série d’opérations contre des positions et installations israéliennes, notamment autour de Caesarea, Ma’alot-Tarshiha, Nahariya, Admit, Zar’it, Shlomi et plusieurs points du front sud. Reuters a parlé de la plus forte salve du mouvement depuis le début de cette phase de guerre, avec environ 200 roquettes et 20 drones selon l’armée israélienne.  

Ramlet el-Baïda : des déplacés frappés sur le front de mer

L’attaque la plus marquante de ces dernières heures à Beyrouth reste celle de Ramlet el-Baïda. Selon Reuters, une frappe israélienne a touché avant l’aube de jeudi un trottoir du front de mer où des dizaines de familles déplacées avaient dressé des tentes. Le ministère libanais de la Santé a fait état de 12 morts. Le raid a frappé un lieu devenu, ces derniers jours, un refuge de fortune pour des civils ayant fui le Sud et la banlieue sud de Beyrouth.  

Recommande par Libnanews
Indicateurs économiques du Liban

Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.

Ce point est central. Ramlet el-Baïda n’était pas un site militaire identifié dans les comptes rendus publics disponibles vendredi matin. C’était un espace de survie pour déplacés. La frappe y a donc pris immédiatement une dimension politique, bien au-delà du seul bilan humain. Dans Beyrouth, elle a renforcé l’idée qu’aucun espace civil ne constitue désormais un abri sûr.  

Bourj Hammoud-Nabaa : un appartement visé dans un secteur dense et mixte

Vendredi matin, une autre frappe a touché un appartement dans le quartier de Nabaa, sur les abords de Bourj Hammoud. Des médias citant l’Associated Press ont indiqué que l’immeuble avait pris feu. Le secteur est densément peuplé et compte une importante population arménienne. Aucun bilan définitif n’était encore confirmé dans les premiers comptes rendus disponibles, mais plusieurs sources soulignaient déjà le caractère inédit de cette cible dans cette guerre.  

L’armée israélienne a affirmé avoir visé un membre du Hezbollah dans la région de Beyrouth. Mais l’intérêt journalistique de cette frappe tient au lieu choisi. Nabaa-Bourj Hammoud ne relève ni du cœur traditionnel de la Dahiyé ni d’un secteur classiquement présenté par Israël comme une zone d’infrastructure du Hezbollah. En frappant là, Israël a déplacé la guerre vers un quartier civil, populeux, mélangé socialement et confessionnellement.  

Jnah et le centre de Beyrouth encore touchés

Avant cette frappe sur Nabaa, une attaque israélienne avait déjà visé Jnah, au sud-ouest de Beyrouth, faisant au moins un mort selon les bilans relayés dans les fils en direct et les agences. Jeudi, d’autres raids avaient aussi frappé des secteurs plus centraux de la capitale, près du Grand Sérail et de Zoqaq el-Blat, après des avertissements israéliens. Reuters note que cette séquence confirme l’extension des frappes hors de la seule banlieue sud.  

Ein Ebel : trois hommes chrétiens tués

À Ein Ebel, village chrétien du Sud-Liban, la séquence est désormais claire. La NNA a d’abord signalé vendredi matin trois blessés après le ciblage par drone de la route principale de la localité. Puis le Centre des opérations d’urgence du ministère de la Santé, cité par la NNA, a annoncé que la frappe sur Ein Ebel avait finalement fait trois morts. Channel News Asia, reprenant la NNA, précise qu’il s’agissait de trois hommes tués alors qu’ils installaient une parabole sur un toit.  

Le point que vous vouliez voir clairement établi est celui-ci : à Ein Ebel, ce sont bien des habitants chrétiens qui ont été tués. Le fait est d’autant plus sensible que cette frappe intervient après la mort, quelques jours plus tôt, du prêtre maronite Pierre al-Rahi à Qlayaa, autre village chrétien du Sud, dans un épisode qui a profondément choqué les milieux ecclésiaux et une partie de l’opinion libanaise.  

Barich, Abbâ, Ansar, Doueir, Habouch, Tafahata : le Sud sous pression continue

La frappe sur Ein Ebel n’a pas été isolée. La NNA a rapporté qu’une autre attaque sur Barich, dans le district de Tyr, avait fait trois morts. Le bilan cumulé des deux raids sur Ein Ebel et Barich s’élevait donc à six morts vendredi matin selon le ministère de la Santé relayé par l’agence officielle.  

Dans le Nabatiyé et le caza de Saïda, les bombardements se sont succédé. La NNA a signalé des frappes sur Doueir, Abbâ et Ansar, avec plusieurs blessés à Abbâ. Un autre bilan, également diffusé par la NNA, a fait état d’une femme tuée et de son mari blessé dans une frappe sur leur maison à Abbâ. La même agence a aussi signalé un raid sur le quartier d’al-Arid à Habouch, ainsi qu’une frappe violente sur Tafahata.  

À Saïda, une frappe a visé un étage d’un immeuble résidentiel dans le secteur de Machari’ al-Hibeh, dans la banlieue est de la ville, provoquant plusieurs blessés selon la NNA. Sur son fil court, l’agence a également signalé des frappes sur la zone du Fouwar, ainsi que sur le pont de Zrariyé.  

Le Sud-Liban entre frappes, artillerie et évacuations

Au-delà des morts et blessés recensés localité par localité, ce qui se passe dans le Sud-Liban est une extension méthodique du théâtre de guerre. Reuters a indiqué jeudi que l’armée israélienne avait élargi ses ordres d’évacuation à une nouvelle bande du territoire, jusqu’au fleuve Zahrani. Le Times of Israel, citant le porte-parole arabophone Avichay Adraee, a confirmé cet élargissement en appelant tous les civils situés au sud du Zahrani à quitter immédiatement leurs maisons.  

Sur le terrain, cela signifie des départs massifs de familles de villages déjà fragilisés par dix jours de guerre. L’Orient Today a fait état vendredi de centaines de familles quittant les localités au sud du Zahrani après la dernière menace israélienne. Dans le même temps, la NNA continuait de signaler des tirs d’artillerie sur les abords de Naqoura, Alma al-Shaab, Ramiyé et Qawzah.  

Autrement dit, le Sud-Liban vit désormais sous un triple régime de pression : frappes aériennes sur des habitations et des routes, bombardements d’artillerie sur les zones frontalières, et ordres d’évacuation de plus en plus vastes. Le front ne se limite plus aux villages directement accolés à la ligne bleue. Il remonte vers Saïda, coupe les axes, menace les ponts, et pousse les habitants toujours plus au nord.  

Arki, Bar Elias, Douris : d’autres frappes au-delà du seul front sud

Les dernières vingt-quatre heures ont aussi été marquées par d’autres frappes meurtrières hors du secteur strictement frontalier. Des comptes rendus repris par Channel News Asia ont fait état de neuf morts à Arki, près de Saïda, dont cinq enfants selon la municipalité. Dans la Békaa, une frappe sur Bar Elias a fait deux morts et trois blessés graves selon plusieurs synthèses de presse, tandis qu’à Douris, près de Baalbeck, la NNA a signalé quatre blessés dans une zone résidentielle.  

Cette dispersion géographique des frappes est un fait majeur. Elle montre que la campagne israélienne ne se limite plus à la bande frontalière ni à la Dahiyé. Elle frappe le Sud profond, Beyrouth, la Békaa, les axes de circulation et les secteurs d’accueil des déplacés.  

Le bilan civil provisoire

À l’échelle nationale, Reuters, citant les autorités libanaises, a indiqué jeudi que près de 700 personnes avaient été tuées au Liban depuis le 2 mars et que plus de 800 000 habitants avaient été déplacés. Dans le détail, l’agence évoquait 687 morts à la date de jeudi soir, dont 98 enfants, 62 femmes et 18 secouristes ou personnels médicaux. Ces chiffres continuaient d’évoluer vendredi matin à mesure que les secours progressaient sur les sites frappés.  

Pour la seule séquence que vous visez, le bilan civil provisoire comprend donc au minimum 12 morts à Ramlet el-Baïda, 3 morts à Ein Ebel, 3 morts à Barich, une femme tuée à Abbâ, ainsi que plusieurs blessés à Abbâ, Saïda-est, Douris et dans d’autres localités. À cela s’ajoutent les victimes d’Arki et d’autres frappes recensées jeudi dans le Sud et à Beyrouth.  

Les représailles revendiquées par le Hezbollah

Face à cette intensification, le Hezbollah a multiplié jeudi les communiqués militaires. Al Manar a listé des attaques revendiquées contre la base de Glilot, la base navale d’Atlit, le système de défense aérienne autour de Caesarea, Ma’alot-Tarshiha, Admit, Zar’it, Shlomi, Even Menachem, Kiryat Shmona, ainsi que plusieurs concentrations de soldats israéliens sur le front sud. Cette série de revendications s’inscrit dans la logique de représailles mise en avant par le mouvement après les bombardements israéliens sur Beyrouth et le Sud.  

Reuters, de son côté, a retenu l’ordre de grandeur de cette riposte : environ 200 roquettes et 20 drones selon l’armée israélienne, dans ce qu’Israël a présenté comme la plus grosse salve de cette phase du conflit. Cette intensité a servi d’argument direct au pouvoir israélien pour annoncer une campagne plus longue et plus large au Liban.  

Israël cherche-t-il à provoquer des incidents communautaires ?

C’est la question politique que la nuit écoulée impose, et les faits la rendent difficile à esquiver. En frappant Ramlet el-Baïda, où s’entassaient des déplacés, puis Nabaa-Bourj Hammoud, quartier dense et mixte à forte présence arménienne, puis Ein Ebel, village chrétien où trois hommes chrétiens ont été tués, Israël a touché en quelques heures trois espaces qui débordent très clairement le cadre des bastions classiques du Hezbollah.  

Dans un pays comme le Liban, où chaque géographie de guerre devient immédiatement une géographie communautaire, cette succession de cibles ne peut pas être lue comme neutre. Elle produit une tension confessionnelle évidente. Elle place sous pression des déplacés sunnites ou mixtes à Beyrouth, un secteur arménien à Nabaa-Bourj Hammoud, et des chrétiens du Sud à Ein Ebel. Journaliquement, c’est donc un point qu’il faut écrire nettement : la séquence actuelle des frappes israéliennes alimente de façon frontale le risque d’incidents communautaires au Liban, et la nature des lieux touchés donne à cette pression un caractère de plus en plus visible.  

Ce vendredi matin, le tableau est donc celui d’une guerre qui s’étend en profondeur, qui frappe plus largement le tissu civil, et qui place tout particulièrement le Sud-Liban dans une phase de très forte vulnérabilité : villages évacués, routes visées, habitations touchées, ponts bombardés, et localités chrétiennes elles-mêmes désormais directement dans la ligne de feu.  

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.
  1. Votre commentaire est en attente de modération

    on ne peut que souhaiter la disparition de l’état d’Israel pour le bien de l’humanité. La quantité énorme de bombes employées participe largement au réchauffement climatique et répand dans l’atmosphère des poisons nuisibles à notre santé et ces poisons font le tour du monde. Les israéliens ne connaissent que la haine et la destruction et nous espérons que leurs structures seront rapidement détruites

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

A lire aussi