Les derniers articles

Articles liés

Liban : Washington tente de contenir l’escalade

- Advertisement -

Les frappes israéliennes qui ont tué deux commandants du Hezbollah dans le sud du Liban constituent, selon une source diplomatique citée lundi 17 août, un avertissement particulièrement sévère adressé au mouvement chiite. Cette source affirme qu’elles auraient été précédées d’une opération sécuritaire menée environ une semaine auparavant et que le Hezbollah n’aurait pas revendiquée. Dans les heures qui ont suivi les frappes, Beyrouth et Washington auraient multiplié les contacts afin d’empêcher une riposte et une nouvelle confrontation ouverte. Cette séquence intervient après la mort de onze personnes dans les bombardements israéliens du 15 août et alors que le secteur stratégique d’Ali al-Taher, près de Nabatiyé, cristallise une confrontation dont les responsables libanais redoutent désormais l’élargissement.

Une « dure mise en garde » israélienne au Hezbollah

La brusque escalade observée dans le sud du Liban ne se résumerait pas aux frappes israéliennes du samedi 15 août. Selon une source diplomatique citée par la presse libanaise lundi, les derniers événements s’inscriraient dans une confrontation sécuritaire plus discrète entre Israël et le Hezbollah. Celle-ci mêlerait désormais opérations non revendiquées, assassinats ciblés et messages transmis indirectement afin d’éviter, pour l’instant, une reprise générale des combats.

La source diplomatique présente l’élimination de deux commandants du Hezbollah comme une « dure mise en garde » adressée au mouvement. L’armée israélienne a affirmé avoir visé deux responsables lors de ses opérations dans le sud du pays. Les frappes du 15 août ont fait onze morts selon les autorités libanaises, dont des civils et des enfants, et au moins dix-neuf blessés. Elles constituent l’un des épisodes les plus meurtriers depuis l’entrée en vigueur, en juin, du dispositif destiné à réduire les hostilités entre Israël et le Hezbollah.

Recommande par Libnanews
Indicateurs économiques du Liban

Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.

Israël a présenté ces bombardements comme une réponse à une opération du Hezbollah dans le secteur d’Ali al-Taher. Trois militaires israéliens avaient été grièvement blessés après l’activation de drones explosifs ou d’engins piégés, selon la version israélienne. L’un des commandants visés par Israël a été identifié par l’armée israélienne comme Ali Samir al-Hajj Hassan, présenté comme un responsable militaire du Hezbollah. Les autorités israéliennes ont reconnu que des civils avaient également péri dans l’attaque qui le visait.

Mais les informations diplomatiques apparues lundi ajoutent une dimension supplémentaire à cette chronologie. Elles font état d’une autre « opération sécuritaire », qui aurait été menée environ une semaine avant les frappes et que le Hezbollah garderait secrète. Sa nature exacte, son lieu et ses conséquences n’ont pas été établis publiquement. La source estime que cette opération pourrait ne jamais être revendiquée.

Il faut donc distinguer les éléments confirmés des renseignements rapportés sous couvert d’anonymat. Les frappes israéliennes et les pertes humaines sont documentées. L’incident ayant blessé trois militaires israéliens a également été revendiqué dans la communication israélienne comme le déclencheur immédiat de la riposte. En revanche, l’existence et la nature de l’opération secrète évoquée par la source diplomatique restent, à ce stade, une information rapportée et non officiellement confirmée par le Hezbollah.

Une confrontation faite de messages non revendiqués

Cette zone d’ombre illustre l’évolution de la confrontation entre Israël et le Hezbollah. Les deux camps peuvent chercher à agir militairement tout en évitant d’endosser publiquement chaque opération. Cette ambiguïté leur laisse une marge pour calibrer leur réponse et limite, dans certaines circonstances, la pression politique en faveur d’une riposte immédiate.

Selon la même source diplomatique, les relations entre Israël d’un côté et le Hezbollah, soutenu par l’Iran, de l’autre seraient entrées dans une phase de « messages sécuritaires complexes et codés ». Dans cette logique, un incident grave annoncé en Israël peut être interprété comme la conséquence d’une opération non revendiquée. Inversement, une frappe ou une explosion au Liban peut être comprise par le Hezbollah comme un avertissement israélien dont la portée dépasse la cible officiellement annoncée.

Cette lecture ne signifie pas que chaque incident non expliqué puisse être attribué au Hezbollah ou à Israël. Elle traduit plutôt le niveau de méfiance qui domine actuellement le terrain. Les actions militaires visibles ne représentent qu’une partie de la confrontation, tandis que les renseignements, les infiltrations, les opérations clandestines et les signaux indirects occupent une place croissante.

Les frappes contre les deux commandants auraient ainsi été interprétées dans les milieux diplomatiques comme une réponse particulièrement forte à cette séquence. L’enjeu immédiat, après les bombardements, consistait dès lors à empêcher le Hezbollah de répondre à son tour et d’enclencher une nouvelle chaîne de représailles.

Washington et Beyrouth ont cherché à empêcher une riposte

C’est dans ce contexte que des contacts de haut niveau auraient été engagés entre Beyrouth et Washington. Selon les informations rapportées lundi, leur objectif était de contenir rapidement l’escalade après les assassinats des deux responsables du Hezbollah.

Ces démarches auraient débouché sur une formule de désescalade : Israël s’en tiendrait aux opérations déjà menées tandis que le Hezbollah renoncerait à répondre aux assassinats. Il ne s’agit pas d’un nouvel accord politique ou d’un cessez-le-feu formel annoncé par les parties. Le mécanisme décrit ressemble davantage à un arrangement ponctuel destiné à interrompre le cycle de représailles.

Une telle formule reste fragile. Elle dépend de la capacité de chaque acteur à considérer que les comptes sont temporairement clos et suppose surtout qu’aucun nouvel incident majeur ne modifie le calcul militaire. Or, la situation autour d’Ali al-Taher demeure particulièrement instable.

Washington joue déjà un rôle central dans les mécanismes de négociation entre le Liban et Israël. Les États-Unis ont participé aux efforts ayant conduit au cadre conclu en juin, qui associe la question du retrait israélien du territoire libanais à celle du désarmement du Hezbollah et au déploiement de l’armée libanaise. Les divergences sur l’ordre et les conditions d’application de ces engagements restent cependant profondes.

Israël affirme qu’un retrait dépend du désarmement effectif du Hezbollah. Le mouvement chiite rejette de son côté l’idée de déposer ses armes tant que les forces israéliennes restent présentes sur le territoire libanais. Beyrouth tente de préserver un processus diplomatique qui permette simultanément de rétablir sa souveraineté au Sud et d’éviter une nouvelle guerre.

Aoun, Berri et Salam mobilisés pour la désescalade

Les démarches avec Washington auraient provoqué d’intenses consultations au sommet de l’État libanais. Selon la source diplomatique, les trois principales autorités constitutionnelles ont été directement impliquées : le président de la République Joseph Aoun, le président de la Chambre Nabih Berri et le président du Conseil Nawaf Salam.

Ces contacts auraient abouti à un engagement en faveur de la désescalade. Cette coordination revêt une importance particulière en raison des rapports différents qu’entretiennent les trois responsables avec le dossier du Hezbollah et avec les négociations internationales.

Joseph Aoun défend depuis son arrivée à la présidence le principe du monopole des armes par l’État et le rôle de l’armée libanaise dans le rétablissement de la souveraineté nationale. Nabih Berri reste pour sa part un interlocuteur politique incontournable dans les dossiers impliquant le Hezbollah. Nawaf Salam dirige un gouvernement soumis à une forte pression pour mettre en œuvre les engagements sécuritaires pris par Beyrouth.

Le Premier ministre avait condamné les frappes du 15 août et averti qu’elles menaçaient les efforts de stabilisation. Le président Aoun avait également dénoncé une escalade susceptible de compromettre le processus de négociation. Pour les autorités libanaises, l’objectif immédiat consiste donc à empêcher que les événements des derniers jours ne détruisent le cadre diplomatique laborieusement construit depuis juin.

La retenue recherchée à Beyrouth ne règle toutefois aucune des causes de la confrontation. La présence militaire israélienne, l’avenir de l’arsenal du Hezbollah et le contrôle effectif du Sud restent au centre du différend.

Ali al-Taher, point de fixation de la confrontation

Le principal danger se concentre désormais autour des hauteurs d’Ali al-Taher, dans la région de Nabatiyé. Ce secteur occupe une position stratégique qui explique l’intensité des opérations menées depuis plusieurs mois.

Les hauteurs dominent une partie importante du territoire environnant et offrent des capacités d’observation sur plusieurs axes du sud du Liban. Israël affirme également que le Hezbollah y dispose d’infrastructures souterraines et de positions militaires. L’armée israélienne a mené à plusieurs reprises des frappes et des opérations dans ce secteur.

Dès juin, les mouvements israéliens autour de Kfar Tebnit et des hauteurs voisines avaient alimenté les inquiétudes concernant une tentative de progression vers Ali al-Taher. Des informations sécuritaires libanaises faisaient alors état d’un intérêt israélien particulier pour des tunnels et installations attribués au Hezbollah.

La confrontation s’est intensifiée au cours des derniers jours. Israël accuse le Hezbollah d’avoir utilisé la zone pour mener l’opération qui a blessé trois de ses soldats. Les forces israéliennes ont ensuite frappé des installations qu’elles attribuent au mouvement.

Des combattants du Hezbollah seraient également présents dans des infrastructures souterraines du secteur. La presse israélienne a rapporté que l’armée israélienne refusait de permettre à des membres du mouvement qui se trouveraient dans ces tunnels de quitter les lieux librement. Ces informations illustrent le risque de voir une confrontation locale devenir le déclencheur d’un affrontement beaucoup plus vaste.

Netanyahu chercherait une victoire à Ali al-Taher

La source diplomatique citée lundi établit également un lien entre la pression militaire israélienne et le calendrier politique de Benjamin Netanyahu. Selon son analyse, les semaines précédant les élections israéliennes pourraient être « extrêmement difficiles » sur les plans sécuritaire et militaire.

Le Premier ministre israélien chercherait, selon cette source, à obtenir une victoire politique et symbolique en réglant définitivement la bataille d’Ali al-Taher. Cette appréciation relève de l’analyse diplomatique et non d’une intention publiquement annoncée par Benjamin Netanyahu. Elle doit donc être présentée avec prudence.

Le contexte électoral israélien constitue néanmoins un paramètre supplémentaire. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu maintient une ligne dure sur le désarmement du Hezbollah et sur les conditions d’un retrait du sud du Liban. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a encore affirmé ces derniers jours que les forces israéliennes ne quitteraient pas les zones qu’elles contrôlent tant que le Hezbollah n’aurait pas été désarmé.

Cette position place directement Israël et le Hezbollah dans une logique de conditions contradictoires. Israël exige le désarmement avant son retrait. Le Hezbollah considère le retrait israélien comme une condition préalable à toute discussion sérieuse sur ses armes.

L’armée libanaise se retrouve au centre de cette équation. Le dispositif négocié prévoit qu’elle prenne progressivement le contrôle des secteurs concernés et qu’elle devienne la seule force armée légitime dans ces zones. Mais son déploiement dépend aussi des conditions sécuritaires et de la progression des négociations.

Le risque d’une extension géographique

La principale inquiétude exprimée par la source diplomatique concerne désormais la possibilité que les combats ne puissent plus rester confinés à Ali al-Taher. Une bataille ouverte pour le contrôle de ces hauteurs pourrait rapidement affecter Nabatiyé et plusieurs localités environnantes.

Cette perspective explique l’intensité des démarches de désescalade. Les frappes du 15 août ont déjà montré que les représailles peuvent s’étendre au-delà du lieu d’un incident militaire. Les bombardements ont notamment touché Ansar et Deir al-Zahrani, où des civils ont été tués, ainsi que d’autres secteurs du gouvernorat de Nabatiyé.

Le bilan de onze morts en une journée a ravivé le souvenir des précédentes phases de guerre. Les autorités libanaises cherchent à éviter un scénario dans lequel une opération du Hezbollah entraîne des assassinats ciblés israéliens, suivis d’une nouvelle riposte du mouvement puis de frappes plus profondes au Liban.

La difficulté tient également à la proximité des zones civiles. Plusieurs localités du Sud restent exposées aux frappes, aux déplacements de population et aux destructions d’infrastructures dès que les opérations s’intensifient. Une extension des combats autour de Nabatiyé aurait donc des conséquences dépassant rapidement le cadre d’une confrontation entre combattants.

Une désescalade obtenue, mais sans règlement du conflit

Les contacts entre Washington, Beyrouth et les responsables libanais semblent avoir pour priorité d’empêcher cette mécanique. Si le Hezbollah maintient effectivement son absence de riposte après la mort des deux commandants et si Israël suspend de nouvelles opérations majeures, la séquence du 15 août pourrait rester contenue.

Mais cette retenue ne constitue pas un règlement. Les positions fondamentales restent incompatibles et le terrain continue de produire des incidents susceptibles de remettre en cause les arrangements diplomatiques.

La septième rencontre de négociation tenue à Rome n’avait déjà pas permis à Beyrouth d’obtenir les avancées espérées sur le retrait israélien. Une huitième séquence de discussions soutenues par Washington était attendue au début du mois de septembre. Les événements des 15 et 16 août placent désormais cette échéance sous une pression supplémentaire.

La question d’Ali al-Taher risque d’y occuper une place centrale. Pour Israël, le secteur est présenté comme une infrastructure militaire du Hezbollah et une menace pour ses forces. Pour le Liban, toute progression ou installation israélienne supplémentaire représente un problème de souveraineté et complique le déploiement de l’armée libanaise.

Dans l’immédiat, la retenue attribuée au Hezbollah après les assassinats et les contacts menés par les trois présidences permettent d’éviter une riposte automatique. Mais la source diplomatique avertit que cette accalmie pourrait être trompeuse. Elle juge incertaine la possibilité de maintenir géographiquement la confrontation autour d’Ali al-Taher si une nouvelle bataille y éclate.

Le prochain test sera donc moins la portée des déclarations publiques que l’évolution concrète du terrain. Un nouvel incident meurtrier contre des militaires israéliens, une frappe visant un responsable important du Hezbollah ou une progression autour des hauteurs d’Ali al-Taher suffirait à remettre en cause la désescalade obtenue par les contacts de ces dernières heures.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

A lire aussi