Le Moyen-Orient est au cœur d’une transformation géopolitique majeure. Traditionnellement dominée par les États-Unis et leurs alliés, la région voit émerger la Russie et la Chine comme des acteurs déterminants, redéfinissant les rapports de force. Ce changement s’appuie sur des stratégies militaires, diplomatiques et économiques qui modifient profondément les équilibres régionaux.
Le Liban, déjà fragilisé par une crise économique et politique sans précédent, se trouve au carrefour de ces évolutions. Tiraillé entre ses relations historiques avec l’Occident et les opportunités offertes par ces nouvelles puissances, il doit jongler avec des intérêts contradictoires qui accentuent les tensions internes et externes. Dans ce contexte, la montée en puissance de la Russie et de la Chine soulève des enjeux économiques, politiques et sécuritaires cruciaux pour le pays.
La Russie : un retour en force par la voie militaire et politique
Depuis son intervention militaire en Syrie en 2015, la Russie a renforcé son rôle dans la région, devenant un acteur incontournable au Moyen-Orient. Son soutien au régime de Bachar al-Assad a permis à Moscou de consolider ses bases stratégiques, notamment à Tartous et Hmeimim, offrant un accès direct à la Méditerranée. Cette présence militaire confère à la Russie une influence sans précédent, lui permettant de se positionner comme médiateur dans les crises régionales.
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Pour le Liban, voisin immédiat de la Syrie, cette présence russe a des implications significatives. D’un point de vue sécuritaire, Moscou joue un rôle actif dans la stabilisation des zones frontalières, souvent utilisées par des groupes armés pour des opérations transfrontalières. Selon Al Sharq Al Awsat, la Russie s’efforce également de faciliter le rapatriement des réfugiés syriens, un enjeu majeur pour le Liban, qui abrite plus d’un million de réfugiés. Cette initiative, bien qu’ambitieuse, est confrontée à des obstacles politiques et humanitaires, exacerbant les tensions internes au Liban.
En parallèle, Moscou cherche à renforcer sa présence économique au Liban, notamment dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Des entreprises russes ont exprimé leur intérêt pour des projets de développement, tels que la modernisation des ports et la construction de centrales électriques. Cependant, ces initiatives restent entravées par l’instabilité politique du Liban et les sanctions internationales qui affectent les relations commerciales avec la Russie.
La Chine : la diplomatie économique comme moteur d’influence
Contrairement à la Russie, la Chine privilégie une approche économique dans son expansion au Moyen-Orient. À travers son initiative « Belt and Road », Pékin investit massivement dans des projets d’infrastructures visant à créer des corridors commerciaux reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Ces investissements comprennent des ports, des chemins de fer et des pipelines énergétiques, renforçant ainsi l’influence économique et politique de la Chine dans la région.
Pour le Liban, la stratégie chinoise représente une opportunité unique de développement. Après l’explosion dévastatrice de 2020, Pékin a manifesté son intérêt pour la reconstruction du port de Beyrouth, un projet crucial pour relancer l’économie libanaise. Selon Al Arabi Al Jadid, la Chine a également proposé de moderniser le réseau électrique du Liban, qui souffre de pannes chroniques et de mauvaises infrastructures. Si ces projets se concrétisent, ils pourraient transformer le paysage économique du pays, tout en réduisant sa dépendance vis-à-vis de l’Occident.
Cependant, la présence croissante de la Chine au Liban inquiète les partenaires traditionnels du pays, en particulier les États-Unis. Pékin est accusé d’utiliser la « diplomatie de la dette », une stratégie qui pourrait placer le Liban dans une situation de dépendance économique à long terme. En réponse, Washington a intensifié ses pressions pour limiter l’accès des entreprises chinoises aux secteurs stratégiques libanais, tels que les télécommunications et les infrastructures portuaires.
Les implications géopolitiques pour le Liban
L’émergence de la Russie et de la Chine comme acteurs majeurs au Moyen-Orient offre au Liban une alternative aux partenariats traditionnels avec l’Occident. Ces nouvelles puissances peuvent apporter des solutions concrètes à des problèmes structurels, tels que le déficit d’infrastructures ou la modernisation des secteurs clés de l’économie. Toutefois, ces opportunités s’accompagnent de nombreux défis.
D’un côté, les investissements chinois et russes pourraient stimuler la croissance économique et diversifier les sources de financement du Liban. De l’autre, s’appuyer sur ces acteurs expose le pays à des pressions internationales accrues, notamment de la part des États-Unis et de leurs alliés européens. Ces derniers voient d’un mauvais œil le rapprochement entre le Liban et des puissances considérées comme adversaires stratégiques.
Sur le plan interne, les divisions politiques libanaises compliquent encore davantage la gestion de ces relations. Certaines factions, proches des États-Unis, s’opposent fermement à un rapprochement avec la Russie et la Chine, mettant en garde contre les risques de marginalisation internationale. D’autres, notamment les alliés du Hezbollah, soutiennent ces partenariats comme une alternative aux conditions souvent strictes imposées par l’Occident.
Le Liban dans un environnement régional polarisé
Le contexte régional dans lequel évolue le Liban est marqué par une polarisation croissante. Tandis que la Russie soutient activement des alliés comme le Hezbollah, Pékin adopte une approche plus discrète, centrée sur ses intérêts économiques. Cependant, cette polarisation exacerbe les tensions dans la région, plaçant le Liban au centre de conflits d’intérêts entre ses voisins et les grandes puissances mondiales.
Le Liban, avec sa position stratégique au carrefour de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, reste un théâtre secondaire des rivalités globales. Les dirigeants libanais doivent naviguer avec prudence dans cet environnement polarisé, où chaque décision risque d’aggraver les divisions internes ou de provoquer des tensions avec l’un ou l’autre de ces acteurs.
Références
- Al Sharq Al Awsat, « La Russie et les réfugiés syriens au Liban », 2024.
- Al Arabi Al Jadid, « Les investissements chinois dans les infrastructures au Moyen-Orient », 2024.
- Ad-Diyar, « Impacts de l’influence chinoise et russe au Levant », 2024.



