Un contexte politique et diplomatique complexe
Le Liban, frappé par des crises multiples, traverse une période d’incertitude où l’instabilité politique et économique freine toute tentative de redressement. Dans ce contexte, le président français Emmanuel Macron, lors d’une allocution prononcée en janvier 2025, a insisté sur l’importance cruciale de respecter les accords internationaux pour assurer un avenir durable au pays. Soulignant le rôle des garants internationaux comme la France, le président a rappelé que la survie du Liban repose sur une volonté claire de réforme, condition sine qua non pour bénéficier de l’aide internationale.
Dans son discours, Macron a déclaré avec gravité : « Le Liban ne peut pas se relever sans un véritable respect des engagements pris par ses dirigeants. Les garants internationaux, y compris la France, ne peuvent intervenir efficacement que si les Libanais eux-mêmes démontrent une volonté de changement. »
Un rappel des accords laissés en suspens
Les accords évoqués par Macron comprennent principalement les engagements pris lors de conférences internationales, dont les résultats sont restés largement inappliqués. La conférence de Paris II, également appelée CEDRE, a été l’un des moments phares. Organisée en 2018, elle a permis de mobiliser plus de 11 milliards de dollars de promesses d’aides pour financer des projets de développement et des infrastructures au Liban. Ces fonds, toutefois, étaient conditionnés à des réformes structurelles, notamment dans la gestion de l’électricité, un secteur gangrené par les déficits chroniques et les pratiques opaques.
Le plan de sauvetage économique élaboré avec le soutien du Fonds monétaire international (FMI) a également été cité. Ce plan, conçu pour redresser le secteur bancaire et rétablir la confiance des investisseurs, exigeait des réformes rigoureuses, allant de l’introduction de mécanismes de transparence à la restructuration des finances publiques. Par ailleurs, l’accord sur les ressources gazières offshore, signé pour exploiter le potentiel énergétique du pays, nécessitait une stabilité politique durable afin d’attirer des investisseurs étrangers.
Pour Macron, ces accords représentent des opportunités essentielles, mais largement gâchées par l’immobilisme des dirigeants libanais et leurs querelles intestines. Il a souligné que ces initiatives auraient pu transformer l’économie du Liban si elles avaient été mises en œuvre avec sérieux.
Les blocages qui paralysent la mise en œuvre des réformes
Cependant, malgré ces initiatives prometteuses, le Liban n’a pas été en mesure d’honorer ses engagements, en grande partie à cause de la paralysie politique et des rivalités internes. L’instabilité gouvernementale, marquée par des cycles de démission et d’incapacité à former un cabinet durable, a empêché la mise en place des réformes. Les conflits entre les partis politiques dominants, souvent liés à des intérêts confessionnels ou régionaux, ont retardé toute action collective.
La corruption généralisée, un autre obstacle majeur, érode la confiance des citoyens et des partenaires internationaux. Les détournements de fonds publics et l’absence de mécanismes efficaces pour surveiller leur utilisation alimentent une crise de légitimité, non seulement au sein du gouvernement, mais aussi parmi les institutions financières libanaises. Enfin, les tensions avec certains donateurs internationaux, aggravées par des promesses non tenues, ont affaibli les relations diplomatiques cruciales pour obtenir de nouveaux financements.
Le rôle des garants internationaux selon Macron
Pour faire face à ces défis, Emmanuel Macron a proposé une feuille de route plus stricte, visant à responsabiliser les dirigeants libanais tout en renforçant l’appui des garants internationaux. Il a insisté sur le rôle clé de la France et d’autres partenaires européens dans le soutien au Liban, mais a également mis en garde contre une aide inconditionnelle. Macron a souligné que tout soutien futur dépendrait d’une preuve tangible de la mise en œuvre des réformes promises.
Le président français a également mentionné la possibilité de convoquer une nouvelle conférence internationale. Cette initiative permettrait de réévaluer les progrès accomplis depuis CEDRE, mais aussi de fixer des conditions encore plus strictes pour l’octroi de fonds. De plus, Macron a plaidé pour l’introduction de sanctions ciblées à l’encontre des responsables libanais impliqués dans des blocages politiques ou des affaires de corruption, une démarche qu’il juge essentielle pour faire pression sur les élites dirigeantes.
Enfin, la France propose un soutien technique accru dans des domaines clés, notamment la gestion des ports et l’énergie, deux secteurs vitaux pour la relance économique du Liban. En se positionnant comme un partenaire technique et financier, la France espère encourager des réformes concrètes tout en rétablissant un minimum de stabilité institutionnelle.
Réactions locales et internationales
Les déclarations de Macron ont suscité des réactions variées. Les organisations internationales, telles que le FMI et la Banque mondiale, ont salué ses efforts pour maintenir la pression sur les dirigeants libanais. Cependant, au sein du Liban, les réactions ont été mitigées. Certaines factions politiques ont exprimé leur soutien, reconnaissant la nécessité de réformes urgentes, tandis que d’autres ont rejeté ces propos comme une ingérence étrangère.
La société civile libanaise, quant à elle, a vu dans les propos de Macron une lueur d’espoir. Les associations locales et les ONG, qui militent pour une meilleure gouvernance, ont applaudi l’insistance du président français sur la transparence et la responsabilisation des élites. Elles ont cependant exprimé leur inquiétude quant à la capacité des garants internationaux à maintenir leur engagement face à l’immobilisme politique libanais.
Les défis à venir pour le Liban
Les paroles d’Emmanuel Macron soulignent une vérité fondamentale : le Liban ne pourra se redresser sans une réforme structurelle profonde. Cependant, ces réformes nécessitent une volonté politique et une coopération internationale qui, jusqu’à présent, ont fait cruellement défaut. Si les initiatives proposées par Macron et les garants internationaux ne sont pas suivies d’effets concrets, le pays risque de sombrer encore plus profondément dans la crise.



