jeudi, janvier 22, 2026

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Mahmoud Abbas interdit aux États-Unis : un séisme diplomatique à l’aube de l’ONU

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En août 2025, un coup de tonnerre diplomatique a ébranlé le Proche-Orient : les États-Unis ont interdit l’entrée sur leur territoire à Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne (AP), ainsi qu’à une délégation d’environ quatre-vingts responsables palestiniens, à quelques semaines de l’Assemblée générale des Nations unies, prévue à New York en septembre. Cette décision, annoncée par le département d’État sous l’égide du secrétaire d’État Marco Rubio, intervient dans un contexte de tensions extrêmes, marqué par une guerre dévastatrice à Gaza et des violences croissantes en Cisjordanie. Alors qu’Abbas comptait défendre la cause palestinienne sur la scène internationale, cette mesure, qui pourrait enfreindre l’accord sur le siège de l’ONU, attise les controverses et menace de redessiner les contours d’un conflit déjà complexe.

Une décision explosive : les justifications américaines

Le département d’État américain a motivé cette interdiction par des accusations graves portées contre l’Autorité palestinienne et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dirigées par Abbas. Selon Washington, ces entités ont manqué à leurs obligations en matière de lutte contre le terrorisme et ont contribué à entraver les efforts de paix. Au cœur des critiques : l’absence d’une condamnation claire par Abbas des attaques du 7 octobre 2023, perpétrées par le Hamas contre Israël, qui ont causé environ 1 200 morts et la prise de 251 otages. « Avant que l’OLP et l’AP puissent être considérées comme des partenaires crédibles pour la paix, elles doivent rejeter sans ambiguïté le terrorisme, y compris le massacre du 7 octobre, et cesser l’incitation à la violence dans leurs programmes éducatifs, comme l’exige la loi américaine », a déclaré Marco Rubio dans un communiqué publié le 29 août 2025.

Cette position s’inscrit dans la ligne dure de l’administration Trump, revenue au pouvoir en janvier 2025. Rubio, connu pour son soutien indéfectible à Israël, a également dénoncé les démarches palestiniennes auprès de la Cour pénale internationale (CPI) et de la Cour internationale de justice (CIJ), visant à contester les actions israéliennes dans les territoires occupés. Ces initiatives sont perçues comme des tentatives de contourner les négociations bilatérales pour obtenir une reconnaissance unilatérale d’un État palestinien. « Les États-Unis sont prêts à s’engager à nouveau, mais uniquement si l’AP et l’OLP adoptent une voie de compromis et de coexistence pacifique avec Israël », a ajouté le département d’État.

Cette interdiction n’est pas sans précédent. En 1988, les États-Unis avaient refusé un visa à Yasser Arafat, alors chef de l’OLP, forçant l’ONU à déplacer son Assemblée générale à Genève. En 2013, l’ex-président soudanais Omar al-Bashir s’était vu interdire l’entrée en raison d’un mandat d’arrêt de la CPI. Cependant, le cas d’Abbas est singulier : en tant que leader d’un État observateur non membre de l’ONU depuis 2012, son exclusion, ainsi que celle de sa délégation, constitue un camouflet diplomatique d’une rare ampleur. Seule la mission permanente de l’AP à New York, déjà établie, échappe à cette mesure.

Un contexte de crise : le Proche-Orient en 2025

Pour saisir la portée de cette décision, il convient de plonger dans le contexte géopolitique explosif de 2025. Depuis les attaques du Hamas le 7 octobre 2023, Israël a lancé une offensive massive à Gaza, qualifiée par certains observateurs de catastrophe humanitaire et par Jérusalem d’opération défensive contre le terrorisme. Le bilan est tragique : plus de 63 000 morts à Gaza selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas, une famine confirmée par des organismes de l’ONU, et une destruction quasi totale des infrastructures, forçant plus de deux millions de personnes à se déplacer à plusieurs reprises. Les violences se sont propagées au Liban, avec des affrontements entre le Hezbollah et l’armée israélienne, et à la Cisjordanie, où l’expansion des colonies israéliennes, illégales au regard du droit international, alimente la colère palestinienne.

Mahmoud Abbas, âgé de 89 ans, dirige l’Autorité palestinienne depuis 2005, succédant à Yasser Arafat. Son mandat, prolongé indéfiniment faute d’élections depuis 2006, est fragilisé par une légitimité contestée. L’AP exerce un contrôle limité sur la Cisjordanie, tandis que le Hamas gouverne Gaza depuis 2007, après avoir expulsé les forces de l’AP lors d’un conflit interne. Abbas est souvent critiqué pour sa « coordination sécuritaire » avec Israël, perçue par beaucoup comme une collaboration, bien qu’elle vise à prévenir les attentats. Malgré des décennies de négociations, il n’a pas obtenu d’avancées significatives vers un État palestinien, et son autorité s’effrite face aux factions rivales.

En 2025, l’administration Trump a renforcé son alliance avec Israël, sous la direction du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui rejette catégoriquement la solution à deux États. Trump a multiplié les déclarations provocatrices, notamment en proposant en février 2025 que les États-Unis « prennent le contrôle » de Gaza pour en faire une « Riviera du Moyen-Orient », une idée dénoncée par Abbas comme une tentative de « nettoyage ethnique ». Parallèlement, des alliés occidentaux comme la France, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie ont annoncé leur intention de reconnaître un État palestinien lors de l’Assemblée générale, marquant une divergence croissante avec la position américaine.

Une entorse au droit international ?

L’interdiction imposée à Abbas soulève une question juridique majeure : constitue-t-elle une violation de l’accord de 1947 sur le siège de l’ONU ? Cet accord oblige les États-Unis à faciliter l’accès à New York pour les représentants des États membres ou observateurs participant aux réunions de l’organisation. En barrant la route à Abbas, Washington risque d’être accusé de manquement à ses obligations, ce qui pourrait entraîner des répercussions diplomatiques. Le bureau d’Abbas a exprimé son « profond regret et son indignation », dénonçant une décision « en contradiction flagrante avec le droit international et l’accord sur le siège de l’ONU ». La Russie et la Chine ont également critiqué cette mesure, la qualifiant de « politisation inacceptable » des fonctions de l’ONU.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à un « dialogue constructif » pour désamorcer la crise, tout en évitant une condamnation directe des États-Unis. Certains analystes estiment que l’ONU pourrait envisager de déplacer l’Assemblée générale, comme en 1988, bien que cette option semble improbable en raison de contraintes logistiques et financières. D’autres suggèrent qu’Abbas pourrait intervenir par visioconférence, une pratique devenue courante depuis la pandémie de Covid-19.

Réactions internationales : une onde de choc

La décision américaine a provoqué une vague d’indignation à travers le monde. La Ligue arabe a condamné « une atteinte à la souveraineté palestinienne et à la légitimité de ses représentants ». L’Égypte et la Jordanie, alliés des États-Unis, ont exprimé leur « profonde préoccupation », plaidant pour une désescalade. La France, qui mène les efforts pour reconnaître un État palestinien à l’ONU, a déploré une mesure qui « compromet gravement les efforts de paix ». Le Royaume-Uni, plus mesuré, a insisté sur l’importance de la lutte contre le terrorisme, tout en appelant à la prudence.

Côté palestinien, la colère est vive. Riyad Mansour, représentant de l’AP à l’ONU, a qualifié la décision de « scandale diplomatique » et a promis que la Palestine « ne se taira pas ». À Gaza, le Hamas a dénoncé l’« hypocrisie » de Washington, accusé de soutenir aveuglément Israël. Des manifestations ont éclaté à Ramallah, Hébron et Jérusalem-Est, où des drapeaux américains ont été brûlés, tandis que des appels à intensifier les recours auprès des instances internationales se multiplient.

Les implications pour la paix : un tournant critique

Cette interdiction pourrait avoir des conséquences profondes. Pour Israël, elle conforte la position intransigeante de Netanyahu, qui rejette tout rôle pour l’AP dans la gouvernance de Gaza post-conflit. Pour les États-Unis, elle risque d’accentuer leur isolement diplomatique, alors que des alliés occidentaux s’éloignent de leur ligne pro-israélienne. Pour Abbas, cette humiliation publique fragilise davantage un leadership déjà contesté, alimentant la frustration d’une population palestinienne en quête de justice.

L’Assemblée générale de l’ONU, qui devait offrir une tribune à Abbas, risque de se transformer en un champ de bataille diplomatique. Sans sa présence physique, la délégation palestinienne pourrait peiner à faire entendre sa voix, bien que la mission permanente à New York reste active. Certains analystes craignent que cette crise ne pousse les Palestiniens à intensifier leurs démarches auprès de la CPI et de la CIJ, creusant davantage le fossé avec Israël et ses soutiens.

Un horizon assombri pour le dialogue

L’interdiction imposée à Mahmoud Abbas reflète une crise plus large, où les perspectives de paix s’amenuisent face à une violence croissante et des divisions internationales. En adoptant cette mesure, les États-Unis affirment leur volonté de redéfinir les termes du dialogue au Proche-Orient, mais au prix d’une escalade diplomatique. La communauté internationale, profondément fracturée, semble incapable de relancer un processus de paix moribond. Reste à savoir si Abbas parviendra à contourner cet obstacle, peut-être par une intervention à distance, ou si cette décision marquera un point de non-retour dans la marginalisation de l’Autorité palestinienne. À l’approche de l’Assemblée générale, le monde observe, conscient que cet épisode pourrait redessiner les contours d’un conflit déjà inextricable.

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