Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a multiplié les entretiens avec des dirigeants d’entreprises internationales en marge du Forum économique mondial de Davos, qui s’est tenu du 19 au 23 janvier 2026. Ces rencontres, centrées sur les opportunités d’investissement au Liban et le renforcement des partenariats public-privé, interviennent alors que le pays cherche à relancer son économie après des années de crise et les impacts des conflits régionaux récents. Parmi les interlocuteurs figuraient Samer Khoury, président du conseil d’administration de Consolidated Contractors Company (CCC), Eugene Willemsen, PDG de PepsiCo pour l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud, ainsi que Hassan El-Houry, président du conseil d’administration de Menzies Aviation. Ces échanges soulignent les efforts du gouvernement pour attirer des capitaux étrangers dans des secteurs clés comme les infrastructures, l’agroalimentaire et les services aéroportuaires.
Au cours de ces discussions, Nawaf Salam a réaffirmé la volonté du gouvernement libanais d’offrir les facilités et incitations nécessaires pour stimuler les investissements. « Le gouvernement libanais est prêt à fournir les facilités et les incitations requises pour promouvoir les investissements, ce qui contribuera à créer de nouveaux emplois et à relancer l’économie », a déclaré le Premier ministre dans un communiqué officiel de la présidence du Conseil des ministres. Cette position s’inscrit dans une stratégie plus large visant à repositionner le Liban comme une destination attractive pour les investisseurs, malgré les défis persistants en matière de stabilité politique et de reconstruction post-conflit. Les secteurs explorés incluent les infrastructures endommagées par les hostilités récentes, l’expansion agroalimentaire et l’amélioration des opérations aéroportuaires.
La Consolidated Contractors Company (CCC), l’une des principales entreprises de construction au Moyen-Orient, pourrait jouer un rôle pivotal dans la reconstruction des infrastructures libanaises. Fondée en 1952, CCC a réalisé de nombreux projets régionaux, tels que des pipelines, des raffineries et des installations portuaires. Samer Khoury, à la tête de l’entreprise depuis plusieurs années, a évoqué avec Nawaf Salam les possibilités de partenariats public-privé pour moderniser les routes, les ports et les réseaux énergétiques. Ces initiatives s’alignent sur le plan de relance économique adopté par le gouvernement en février 2025, qui prévoit des investissements substantiels dans les infrastructures, estimés à environ 15 milliards de dollars sur cinq ans, selon les projections du ministère des Finances.
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PepsiCo, géant de l’agroalimentaire, représente un autre pilier potentiel pour l’économie libanaise. Eugene Willemsen, responsable de la zone Afrique, Moyen-Orient et Asie du Sud, a discuté des opportunités dans le secteur des boissons et produits alimentaires, où le Liban bénéficie d’un marché local dynamique et d’une position géographique favorable pour les exportations. Avec une population de plus de 5 millions d’habitants et une diaspora influente, le pays offre un potentiel de consommation élevé, malgré une inflation qui a culminé à 221,3 % en 2023 avant de se modérer à environ 15,09 % sur la période décembre 2024-novembre 2025, grâce à des mesures de stabilisation monétaire. Les échanges ont porté sur l’extension d’usines existantes et la création de chaînes d’approvisionnement locales, potentiellement génératrices de milliers d’emplois dans l’agriculture et la transformation.
Menzies Aviation, spécialisée dans les services aéroportuaires, apporte des perspectives dans le transport aérien. Hassan El-Houry, dirigeant de l’entreprise opérant dans plus de 200 aéroports mondiaux, a examiné les moyens d’améliorer les opérations à l’aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri, affecté par les tensions régionales. Le trafic passagers a augmenté de 20 % en 2025 par rapport à 2024, atteignant 7 millions de voyageurs, positionnant l’aéroport comme un hub stratégique au Moyen-Orient. Des investissements dans le handling, le fret et la maintenance pourraient renforcer la connectivité du Liban, favorisant le tourisme et le commerce, deux secteurs essentiels à la reprise.
Ces rencontres à Davos s’inscrivent dans une participation libanaise plus large au forum, où Nawaf Salam était accompagné d’une délégation incluant le ministre des Finances, Yassine Jaber. Arrivé en Suisse le 19 janvier 2026, le Premier ministre a été reçu par l’ambassadeur libanais à Berne, Hussein Haidar, et la consule Sandy Khaleel. Cette présence marque un engagement renouvelé sur la scène internationale, alors que le Liban fait face à des défis humanitaires et économiques aggravés par les conflits. Le pays héberge encore plus d’un million de réfugiés syriens, et les zones sud touchées par la guerre nécessitent une aide urgente.
Une rencontre notable a eu lieu avec Tom Fletcher, sous-secrétaire général des Nations unies aux affaires humanitaires et coordinateur des secours d’urgence. Les discussions ont porté sur la situation humanitaire au Liban, particulièrement dans les régions affectées par les hostilités et celles accueillant un grand nombre de réfugiés. L’accent a été mis sur le renforcement de la coordination entre l’ONU et le gouvernement libanais pour une aide durable, alignée sur les priorités nationales. Les parties ont convenu de la nécessité d’une transition des interventions d’urgence vers des approches de développement économique pour les communautés locales.
Le Forum économique mondial de 2026, sous le thème d’une coopération face aux divisions globales, fournit une plateforme idéale pour ces échanges. Avec plus de 2 500 participants, incluant chefs d’État, dirigeants d’entreprises et représentants d’organisations internationales, Davos permet au Liban de plaider sa cause auprès d’acteurs influents. Nawaf Salam, ancien juge à la Cour internationale de justice et nommé Premier ministre en février 2025, apporte une crédibilité diplomatique à ces efforts. Son gouvernement, formé dans un contexte de vacance présidentielle prolongée, s’est engagé à poursuivre les réformes structurelles exigées par les institutions financières internationales.
Parmi les priorités économiques, la restructuration de la dette publique libanaise, estimée à environ 160 % du PIB d’ici fin 2025, occupe une place centrale. Le ministère des Finances, dirigé par Yassine Jaber, a soumis un projet de budget pour 2026 au Parlement en octobre 2025, visant un équilibre budgétaire avec des recettes et des dépenses estimées à 15,9 % du PIB grâce à des mesures d’austérité et une augmentation des recettes fiscales. Ces réformes incluent la levée progressive des subventions sur les carburants et l’électricité, qui ont coûté plus de 5 milliards de dollars en 2024. La Banque du Liban, sous la direction du gouverneur Karim Souaid, nommé en mars 2025, a stabilisé le taux de change de la livre libanaise autour de 89 500 pour un dollar américain en janvier 2026, évitant une dépréciation supplémentaire.
Les investissements directs étrangers, qui ont atteint 1,843 milliard de dollars en 2024 contre 2,5 milliards en 2019, sont cruciaux pour inverser la tendance. Le gouvernement a établi un cadre légal favorable, incluant des exonérations fiscales pour les projets dans les zones économiques spéciales comme celle de Tripoli, et des garanties contre les risques politiques via des accords bilatéraux. Ces mesures visent à attirer des capitaux dans l’énergie renouvelable, où le Liban cible 30 % de production verte d’ici 2030, et les technologies numériques, avec un plan national pour les start-ups.
La participation à Davos coïncide avec les négociations d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI). Une discussion clé est prévue le 22 janvier 2026 entre Nawaf Salam et la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva. Cet échange portera sur les avancées des réformes, notamment la restructuration bancaire et la lutte contre la corruption. Le FMI a conditionné un prêt de 3 milliards de dollars à l’adoption de lois sur la transparence financière, dont la mise en œuvre a été retardée par des blocages parlementaires en 2025. Selon des déclarations officielles, le gouvernement s’engage à accélérer ces processus pour débloquer l’aide internationale.
Sur le plan humanitaire, les besoins restent pressants. Les Nations unies estiment que 3,5 millions de Libanais, soit plus de la moitié de la population, vivent sous le seuil de pauvreté en 2026. Les régions du sud, affectées par les échanges de tirs avec Israël jusqu’à la trêve de novembre 2024, requièrent une reconstruction évaluée à 2 milliards de dollars. Le gouvernement, en coordination avec l’ONU, a lancé un appel pour 1,5 milliard de dollars d’aide en décembre 2025, couvrant l’hébergement, la santé et l’éducation pour les déplacés internes et réfugiés.
Les entreprises rencontrées à Davos pourraient contribuer à ces efforts. CCC, avec son expertise en reconstruction post-conflit en Irak et en Syrie, pourrait s’impliquer dans la réhabilitation des villages frontaliers. PepsiCo, déjà présent au Liban via des partenariats locaux, envisage d’accroître ses investissements dans l’agriculture durable, aidant à revitaliser les fermes de la Bekaa touchées par la sécheresse de 2025. Menzies Aviation, opérant dans la région, pourrait moderniser les infrastructures aéroportuaires pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire.
L’absence de session du Conseil des ministres cette semaine, due au déplacement de Nawaf Salam, a reporté la discussion sur la deuxième phase du plan militaire national. Adopté en octobre 2025, ce plan vise à renforcer le déploiement de l’armée libanaise au sud du Litani, en conformité avec la résolution 1701 de l’ONU. Le report, jusqu’au retour du Premier ministre prévu avant la fin de la semaine, illustre les contraintes logistiques imposées par les engagements internationaux.
Dans le domaine énergétique, le Liban explore des partenariats pour exploiter ses réserves offshore de gaz naturel, estimées à 25 billions de pieds cubes. Des discussions préliminaires avec des compagnies internationales, potentiellement incluant des filiales de PepsiCo pour les aspects logistiques, pourraient accélérer les forages suspendus depuis 2023 en raison des tensions maritimes.
Les implications immédiates de ces rencontres se manifestent sur les marchés. La bourse de Beyrouth a enregistré une hausse de 1,5 % le 20 janvier 2026, attribuée à l’optimisme généré par la présence libanaise à Davos. Les banques locales, comme Bank Audi et BLOM Bank, ont signalé un intérêt accru des investisseurs pour les obligations d’État, avec des rendements stabilisés autour de 50 %. Le ministère de l’Économie, dirigé par Amer Al-Bsat, a annoncé l’ouverture d’un bureau dédié aux investissements étrangers, opérationnel depuis le 1er janvier 2026, pour traiter les demandes en moins de 30 jours.
Sur le terrain humanitaire, l’entretien avec Tom Fletcher a abouti à un engagement pour augmenter l’aide aux régions affectées, avec une allocation supplémentaire de 200 millions de dollars de l’ONU pour 2026. Cette aide cible les infrastructures scolaires et sanitaires, où 500 écoles ont été endommagées en 2024. Le gouvernement libanais, en partenariat avec des ONG internationales, déploie actuellement des programmes de formation professionnelle pour 100 000 jeunes, visant à réduire le chômage à 40 % d’ici fin 2026.
Les discussions sur les partenariats public-privé se poursuivent, avec des projets pilotes dans les télécommunications. Le Liban, avec une pénétration internet de 90 %, cherche à attirer des investissements pour déployer la 5G, retardée par la crise. Des entreprises comme CCC pourraient contribuer à la construction de tours de transmission dans les zones rurales.
Les échanges à Davos mettent en lumière les efforts pour intégrer le Liban dans les chaînes d’approvisionnement régionales. Avec sa position méditerranéenne, le pays pourrait devenir un hub logistique, facilitant les échanges entre l’Europe et le Moyen-Orient. Les investissements dans le port de Beyrouth, reconstruit partiellement après l’explosion de 2020, incluent des modernisations pour un coût de 1 milliard de dollars, avec des contributions potentielles de Menzies Aviation pour les opérations aéroportuaires connexes. Ces développements, ancrés dans les réalités économiques actuelles, illustrent les pas concrets vers une stabilisation accrue.



