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Nawaf Salam et la réforme du système bancaire : entre pression internationale et réalités locales

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Un système bancaire en crise : un héritage du passé

Le secteur bancaire libanais, autrefois considéré comme le pilier de l’économie du pays, traverse l’une des pires crises de son histoire. Depuis 2019, les restrictions bancaires, l’effondrement de la livre libanaise et la perte de confiance des déposants ont plongé le système financier dans une situation catastrophique.

Lorsque Nawaf Salam a été nommé Premier ministre, il a immédiatement été confronté à la nécessité de restructurer le système bancaire, sous la pression du Fonds monétaire international (FMI), des créanciers internationaux et des puissances occidentales. Cependant, cette réforme se heurte à des résistances internes, notamment de la part des banques libanaises elles-mêmes et des élites financières du pays.

Selon Al Bina’ (12 février 2025), Salam a hérité d’une crise financière complexe, où les responsabilités sont partagéesentre la Banque du Liban, les institutions bancaires privées et les décisions politiques passées. La perte de 70 milliards de dollars des réserves de la Banque centrale a exacerbé la crise, rendant toute réforme extrêmement délicate.

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Les réformes proposées par Nawaf Salam : entre ambition et obstacles

Face à l’ampleur de la crise bancaire, Nawaf Salam a présenté un plan de réformes visant à restaurer la confiance dans le secteur financier et à débloquer les aides internationales. Ce plan repose sur une restructuration profonde du système bancaire libanais, jugé inefficace et corrompu par de nombreuses institutions financières internationales. L’objectif affiché du Premier ministre est de réduire drastiquement le nombre de banques opérant au Liban, en ne conservant que les établissements capables de garantir une transparence financière et une viabilité économique à long terme. L’un des principaux défis de cette mesure réside dans l’opposition des grandes familles bancaires libanaises, qui exercent une influence considérable sur la politique nationale. Plusieurs établissements, jusque-là considérés comme intouchables, pourraient être contraints à fusionner ou à fermer leurs portes, une perspective qui alimente déjà des tensions au sein des cercles économiques du pays.

Parallèlement, Salam a ordonné un audit approfondi de la Banque du Liban, une mesure exigée depuis des années par le Fonds monétaire international et l’Union européenne. Cet audit vise à déterminer les responsabilités dans l’effondrement financier, notamment la disparition de près de 70 milliards de dollars des réserves de la Banque centrale. Selon Nida’ Al Watan (12 février 2025), cette initiative est fortement soutenue par la France, qui voit en Nawaf Salam un dirigeant capable de mener à bien une réforme profonde du système bancaire libanais. Toutefois, cette décision se heurte à l’opposition de plusieurs dirigeants politiques, notamment des figures proches du gouverneur de la Banque centrale, qui craignent que cet audit ne révèle des pratiques frauduleuses impliquant des personnalités influentes du pays.

Un autre volet des réformes concerne la gestion des pertes bancaires et le remboursement des déposants. Salam s’oppose à une annulation pure et simple des pertes des banques, une solution jugée trop radicale qui risquerait de précipiter un effondrement total du système financier. À la place, il défend une restitution progressive des dépôtset une recapitalisation du secteur bancaire, afin d’éviter une panique financière incontrôlable. Toutefois, cette approche se heurte aux exigences du FMI et de Washington, qui réclament une restructuration plus rapide et des coupes budgétaires sévères pour garantir une relance économique viable. Selon Al Akhbar (12 février 2025), des pressions importantes sont exercées sur Salam pour qu’il accepte des conditions drastiques, notamment une libéralisation complète du secteur financier et la suppression de certaines subventions gouvernementales. Ces mesures, si elles étaient appliquées sans accompagnement social, pourraient aggraver la crise et provoquer un soulèvement populaire.

Enfin, le dernier axe des réformes concerne la lutte contre la corruption financière et la modernisation des lois bancaires. Le gouvernement de Salam entend instaurer des réglementations plus strictes pour surveiller les transferts de capitaux et limiter les fraudes massives qui ont marqué les dernières décennies. Cette réforme vise également à sanctionner les banques et individus responsables des détournements de fonds publics, une initiative qui inquiète fortement les élites financières du pays. Selon Al Bina’ (12 février 2025), plusieurs banques ont déjà tenté d’exercer des pressions politiques et judiciaires pour ralentir ces réformes, craignant une perte de contrôle sur leurs réseaux d’influence. Salam, qui bénéficie du soutien des puissances occidentales sur ce dossier, devra néanmoins faire face à une résistance féroce des milieux bancaires libanais, déterminés à préserver leurs privilèges.

Une opposition féroce des élites bancaires et politiques

Les réformes proposées par Nawaf Salam se heurtent à une résistance massive des milieux bancaires et politiques libanais, qui perçoivent ces changements comme une menace existentielle à leur emprise sur l’économie du pays. Depuis des décennies, les banques libanaises ont fonctionné comme des acteurs quasi-indépendants, jouissant d’une autonomie excessive et entretenant des liens étroits avec la classe politique. Ce système, qui a favorisé une concentration de la richesse au sein d’une élite restreinte, est aujourd’hui directement remis en cause par le programme de réformes du Premier ministre.

Selon Al Joumhouriyat (12 février 2025), les grandes familles bancaires, notamment les groupes Audi, BLOM et Byblos, exercent une pression considérable pour freiner le processus de restructuration. Plusieurs d’entre elles, accusées d’avoir exfiltré des capitaux à l’étranger pendant la crise de 2019-2020, redoutent que les audits bancaires n’exposent au grand jour leurs pratiques douteuses. Des rapports financiers récents, cités par Nida’ Al Watan (12 février 2025), révèlent que des milliards de dollars auraient été transférés vers des comptes à l’étrangerpar certains banquiers influents, alors que les citoyens libanais étaient empêchés d’accéder à leurs propres économies. Face à la menace d’une régulation plus stricte et de possibles poursuites judiciaires, les banques tentent de ralentir les réformes en bloquant les discussions parlementaires et en mobilisant leurs soutiens politiques.

Le Parlement libanais, dominé par une classe politique historiquement liée aux milieux financiers, constitue un autre obstacle majeur. Selon Al Akhbar (12 février 2025), plusieurs députés influents, notamment ceux affiliés au Courant du Futur et au Mouvement Amal, rejettent les mesures de transparence et de restructuration proposées par Salam. Ces parlementaires craignent que la fin de l’opacité bancaire ne révèle des flux financiers douteux, certains ayant profité du système pour financer leurs campagnes électorales et leurs réseaux clientélistes.

Les partis politiques liés aux milieux d’affaires, comme les Forces libanaises et certains groupes chrétiens indépendants, dénoncent quant à eux les propositions de recapitalisation forcée des banques et craignent que les nouvelles réglementations bancaires ne freinent les investissements étrangers. Ces formations politiques plaident pour une approche plus graduelle et moins contraignante, estimant que des réformes trop brutales risqueraient d’accélérer l’effondrement du système financier au lieu de le stabiliser.

En parallèle, le gouverneur par intérim de la Banque du Liban, Wassim Mansouri, joue un rôle ambigu dans ce bras de fer. Officiellement, il soutient l’idée d’un assainissement du secteur bancaire, mais selon Al Sharq Al Awsat (12 février 2025), il entretient des relations complexes avec certaines grandes banques libanaises, ce qui le pousse à adopter une posture plus prudente. Mansouri tente de ménager à la fois les institutions financières internationales et les acteurs locaux, mais cette attitude ambivalente ralentit la mise en œuvre des réformes et alimente les suspicions sur une possible connivence avec l’establishment bancaire.

Selon Nahar (12 février 2025), les lobbies financiers ont également recours à des moyens plus discrets pour entraver les réformes. Des groupes bancaires auraient financé des campagnes médiatiques contre le gouvernement, mettant en avant les risques supposés d’un écroulement total du secteur financier si les propositions de Salam étaient appliquées telles quelles. Des pressions ont également été exercées sur certains magistrats pour bloquer les poursuites judiciaires engagées contre des banquiers impliqués dans des détournements de fonds.

Face à ces manœuvres d’obstruction, Nawaf Salam sait que la bataille ne sera pas seulement technique et économique, mais avant tout politique. Sa capacité à faire passer ces réformes dépendra de son soutien populaire et de l’appui des puissances étrangères, qui pourraient exercer des pressions sur les élites libanaises pour qu’elles cessent de bloquer le processus.

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Newsdesk Libnanews
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