Nawaf Salam, désigné Premier ministre libanais en janvier 2025, incarne l’espoir d’un renouveau politique et économique pour un pays en pleine crise. Son engagement pour un gouvernement inclusif et réformiste, exprimé dès son discours inaugural, a marqué un tournant dans le paysage politique libanais. Cependant, entre les pressions internes et internationales, Salam doit relever des défis sans précédent.
Un leader diplomate avec une vision réformiste
Avant sa désignation, Nawaf Salam s’était distingué par une carrière internationale prestigieuse. Ancien ambassadeur auprès des Nations unies, il est connu pour son expertise diplomatique et sa capacité à naviguer dans des contextes complexes. Ce profil réformiste et technocratique a séduit les forces politiques en quête de stabilité, bien que certaines factions le perçoivent comme un acteur trop lié aux exigences internationales.
Lors de son discours inaugural, Salam a insisté sur l’importance de l’unité nationale, déclarant qu’il tendait la main à toutes les forces politiques pour bâtir un gouvernement capable de répondre aux attentes du peuple et surmonter les divisions confessionnelles. Cette déclaration visait à dépasser les clivages politiques qui paralysent le pays et à placer l’intérêt général au-dessus des intérêts partisans.
Un dialogue parlementaire sous tension
Les consultations parlementaires, essentielles pour la formation du gouvernement, révèlent des divergences marquées entre les blocs. Certains soutiennent l’idée d’un gouvernement technocratique restreint pour garantir l’efficacité. À l’inverse, d’autres insistent sur une représentation confessionnelle équilibrée, avertissant que toute initiative politique marginalisant les factions traditionnelles pourrait aggraver les tensions.
Le président de la Chambre des députés a rappelé l’importance des accords historiques comme socle de la gouvernance, insistant sur le fait qu’ils doivent rester le pilier de la coexistence et de la stabilité nationale. Salam devra donc trouver un compromis entre ces visions opposées tout en conservant l’appui populaire.
Une vision économique ambitieuse mais fragile
Le programme économique proposé par Nawaf Salam met l’accent sur plusieurs priorités clés :
- Stabilisation de la monnaie locale : Salam envisage de collaborer avec la Banque centrale pour unifier les taux de change et maîtriser l’inflation.
- Réformes du secteur bancaire : La restructuration des banques, dont beaucoup sont insolvables, est essentielle pour restaurer la confiance des épargnants.
- Réduction de la dette publique : Avec une dette dépassant 170 % du PIB, Salam devra négocier avec les créanciers internationaux pour obtenir des délais ou des annulations partielles.
Ces mesures nécessitent toutefois un large consensus parlementaire et un soutien international conséquent. Les institutions internationales ont réitéré que toute aide financière serait conditionnée à des réformes fiscales et judiciaires. Salam devra donc convaincre les acteurs locaux de la nécessité de ces ajustements, souvent perçus comme impopulaires.
Une pression populaire constante
Les revendications de la rue jouent un rôle crucial dans ce contexte. Des manifestations, exprimant une exaspération face à l’inertie politique, se sont multipliées. Les citoyens réclament notamment une meilleure gestion des fonds publics, une transparence accrue et une lutte réelle contre la corruption. Salam a promis de répondre à ces attentes, affirmant que son gouvernement serait centré sur les besoins des citoyens.
Cependant, traduire ces promesses en actions concrètes reste un défi majeur. La frustration populaire, alimentée par une crise économique sans précédent, pourrait s’intensifier si les réformes tardent à être mises en œuvre.
Un soutien international sous conditions
La réussite de Nawaf Salam dépendra aussi du soutien de la communauté internationale. Certains pays conditionnent leur aide à des réformes substantielles. D’autres proposent un soutien financier tout en jouant un rôle de médiateurs entre les blocs parlementaires. Cependant, certaines factions internes voient ces interventions comme une ingérence étrangère, compliquant davantage les négociations.



