L’inauguration du Nazra Short Film Festival au MAV, musée audio-visuel d’Herculanum (Naples, Campanie) , est arrivée telle une rafale de vent frais au cœur de la petite ville. Accueillie par le Forum des Jeunes d’Herculanum, cette initiative culturelle a été portée par une jeunesse désireuse de s’engager dans un esprit de changement, de citoyenneté et d’humanité.

Le lundi 20 octobre, dès les premières heures de la matinée, de nombreux élèves de l’Institut Tilgher d’Herculanum, auquel appartiennent les jeunes du forum, ont afflué au MAV, accompagnés d’un noyau d’enseignants dynamiques, soucieux de transmettre la passion de la culture et l’esprit d’engagement né d’une information rigoureuse.
Le Nazra Palestine Short Film Festival, festival itinérant dédié à la projection de courts métrages réalisés par de jeunes cinéastes palestiniens contemporains, est né en 2017 d’une synergie entre diverses organisations citoyennes, bénévoles et passionnées de cinéma. Il en est aujourd’hui à sa 8ème année de présentation à Naples et à sa 2ème année à Herculanum, au pied du Vésuve.
Au-delà des projections, ce sont les dialogues, les rencontres et les échanges qui rendent ce festival profondément précieux. Pour l’édition 2025, durant cette journée au MAV, le programme incluait une fiction, “Khaled and Nema” de Sohail Dahdal , deux documentaires “Cinema Al-Amal” de Rana Abushkhaidem et “Vibrations from Gaza” de Rehab Nazzal , ainsi qu’un court métrage centré sur Gaza, “Emptiness” de Hossam Hamdi Abu Dan, lauréats du festival.

Dans la salle se trouve Michel Khleifi, témoin précieux et figure emblématique du cinéma palestinien, venu en promoteur et représentant du jury du festival Nazra. Réalisateur du film culte “Noces en Galilée”, Khleifi a la simplicité et la bienveillance des esprits éclairés. Son discours, ses réponses bien structurées aux questions du public permettent à l’assistance de percevoir l’importance et les enjeux du jeune cinéma palestinien. Ce cinéma né en 1960 grâce à de jeunes Palestiniens revenus d’études à l’étranger, caméras à la main, a d’emblée été dédié à la mémoire de l’expérience vécue. Khlaifi a ainsi rappelé l’existence des archives de l’ONU ou celles des puissances mandataires au Levant, la France et la Grande-Bretagne, où sont conservés des documents historiques précieux. Le cinéma de cette époque a capturé ce qui n’est plus. Certaines séquences, devenues uniques, constituent désormais le seul lien avec une réalité entièrement transformée ou effacée.
Le cinéma contemporain a relevé le défi, souvent dans des conditions précaires, devenant le véritable légataire de ce patrimoine culturel. L’irrésistible petite chèvre blanche Nema, dans Khaled and Nema, est tout ce qu’il reste au petit Khaled de son village détruit par les colons israéliens. L’enfant, symbole d’avenir, devient soudainement conscient de la disparition de ses racines. Il cherche à raviver la mémoire du doyen du village, Abou Mariam, brisé par la perte de sa fille.
L’importance de la mémoire, qui tente de fixer l’instant, le paysage, les gestes, les traditions, traverse toutes les œuvres projetées
Venue d’Hébron, ville « triste, antique, intense », Hind Abushkhaidem, jeune productrice, a présenté au public du MAV le court métrage de sa sœur Rana Abushkhaidem tourné à Bethléem. Ce court métrage dresse le portrait de “Cinema Al-amal”, dont la salle abandonnée est la seule qui subsiste des neuf cinémas que comptait la ville. Les murs en ruine entourent désormais un parking délabré. Le vieux gardien des lieux erre tel un fantôme, dépositaire d’une mémoire perdue. Son récit est ponctué de projections imaginaires sur un écran dressé face à des fauteuils défoncés. Ce qui fut et n’est plus : tel est le cri silencieux de ces réalisateurs palestiniens habités par l’urgence de capturer la mémoire.
Après le témoignage muet et puissamment évocateur de “Vibrations”, dans lequel des enfants sourds-muets perçoivent néanmoins les vibrations causées par les drones et bombardements à Gaza, c’est “Emptiness” qui bouleverse, en racontant la souffrance d’un homme ayant tout perdu, son âme, sa famille, ses repères, dans une Gaza anéantie. Les décombres ont recouvert de poussière les corps encore vivants, tandis que leurs regards brillent d’une douleur infinie. Les morts cohabitent désormais avec les survivants, qui ont perdu leur esprit mais résistent avec dignité.

Michel Khleifi a rendu hommage à tous ceux qui, avec les moyens du bord, ont filmé le quotidien de l’horreur. Pour lui, ce sont eux les véritables héritiers du cinéma palestinien. Sans ces images, rien n’aurait filtré du vécu apocalyptique des Gazaouis. Journalistes, reporters improvisés ou jeunes étudiants ont arpenté courageusement cette ville fantôme pour témoigner de la mort et de l’injustice. Car si l’art n’était pas sublime vérité ou résistance silencieuse, que serait-il ?



