mardi, février 24, 2026

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Perspective 2026 : sommes-nous déjà dans une “troisième guerre mondiale”?

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Le mot “guerre mondiale” revient parce que la paix ne revient plus

Le diagnostic “troisième guerre mondiale” circule parce qu’il traduit une sensation concrète : le monde n’est plus dans une alternance crise–retour à la normale, mais dans une continuité de chocs. La guerre en Ukraine n’est plus un événement extérieur : elle se lit dans les budgets, l’énergie, les chaînes de production, les stocks de munitions, l’architecture de sécurité européenne. Le Moyen-Orient ne repasse pas au second plan : il revient par vagues, avec des trêves, des ruptures, des menaces, des répliques. L’Indo-Pacifique, enfin, n’est plus un “risque lointain” : c’est un théâtre permanent de démonstration de force autour de Taïwan, capable d’émettre des ondes de choc industrielles et financières bien avant tout affrontement ouvert. Et, à l’intérieur même des démocraties, une autre ligne de front s’est installée : celle de la confiance dans les faits, des guerres de l’information, de la polarisation, de la fatigue civique, et d’une violence politique qui cesse d’être l’impensé des sociétés prospères.

Le piège serait de prendre l’expression “guerre mondiale” au pied de la lettre, comme si 2026 devait rejouer 1914 ou 1939, avec un choc unique, des fronts alignés, des alliances mécaniques, une déclaration, puis la mobilisation générale. La période actuelle fonctionne à l’inverse : elle empile des conflits qui restent “sous le seuil” de l’affrontement total entre grandes puissances, tout en produisant des effets mondiaux par la finance, l’énergie, la technologie, l’information, l’assurance, le commerce, la dette. Ce n’est pas la même grammaire. C’est souvent plus lent, plus difficile à nommer, et parfois plus corrosif parce que la société s’y habitue.

2026 s’annonce donc comme une année de clarification brutale : non pas sur la question “sommes-nous en guerre mondiale ?”, mais sur une autre, plus opérationnelle : la conflictualité globale est-elle en train de se stabiliser en “guerres longues” maîtrisées, ou de s’accélérer vers des engrenages où l’incident devient l’embrasement ?

Recommande par Libnanews
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2026 : une guerre sans déclaration, mais avec une administration complète

La marque du temps est administrative : sanctions, contre-sanctions, restrictions d’exportations, contrôles technologiques, budgets militaires, sécurisation des ports, protection des câbles sous-marins, doctrine cyber, dispositifs anti-désinformation, droit d’exception numérique. La guerre n’arrive pas avec un drapeau, elle s’installe avec des circulaires, des listes noires, des procédures, des exercices et des “plans de continuité”. La dissuasion, elle aussi, se bureaucratise : c’est la promesse d’une réaction, codifiée, graduée, mise en scène.

L’OTAN résume cette réalité par un vocabulaire désormais public : les “menaces hybrides” combinent des moyens militaires et non-militaires, des actions covert et overt, et cherchent à “brouiller les lignes entre guerre et paix” pour “saper” des sociétés. Dans une transcription de janvier 2025, le secrétaire général de l’OTAN va plus loin en cassant l’euphémisme : “hybrid means sabotage”, “hybrid means cyber-attacks”, et cela inclut les attaques contre des infrastructures critiques. La phrase frappe parce qu’elle dit l’essentiel : l’adversaire ne cherche pas seulement la victoire militaire, il cherche l’instabilité politique et la paralysie du quotidien.

L’Union européenne, de son côté, a normalisé un autre concept clé : la FIMI (Foreign Information Manipulation and Interference), c’est-à-dire l’architecture d’opérations destinées à manipuler l’espace informationnel, attribuées principalement à la Russie et aussi à la Chine, avec des infrastructures numériques, des canaux, des méthodes d’amplification. On n’est plus dans la rumeur, mais dans un domaine de sécurité stratégique.

Cette “administration de la conflictualité” a une conséquence directe sur 2026 : les sociétés occidentales vont vivre simultanément deux guerres qui se nourrissent l’une l’autre. La guerre extérieure (Ukraine, Moyen-Orient, Indo-Pacifique), et la guerre intérieure (information, polarisation, extrêmes, défiance), avec une passerelle permanente : le coût économique.

Ukraine : l’hiver n’est plus une saison, c’est une arme

Le 28 décembre 2025, l’énergéticien ukrainien DTEK annonce avoir rétabli l’électricité à plus d’un million de foyers dans la région de Kyiv après une attaque massive de missiles et de drones. Le détail logistique, presque banal dans le flux des dépêches, dit pourtant où se joue une partie du conflit : dans la capacité à casser le réseau, à le réparer, à recommencer. Le même jour, des réparations de lignes électriques près de la centrale nucléaire de Zaporijjia démarrent après un cessez-le-feu local “brokered” par l’AIEA, précisément pour réduire le risque d’accident et sécuriser l’alimentation électrique du site. Deux scènes, un même mécanisme : la guerre n’est plus seulement dans les tranchées, elle est dans les centrales, les transformateurs, les lignes, les équipes de maintenance.

La stratégie est lisible : viser l’énergie, c’est viser la durée. Cela affecte la production industrielle, le chauffage, la logistique, la santé publique, l’école, et donc la résilience sociale. Cela affecte aussi la politique : une population épuisée coûte plus cher à soutenir, et l’opinion internationale se fatigue plus vite quand l’aide ressemble à un puits sans fond. L’attaque sur le réseau ne cherche pas uniquement le black-out ; elle cherche le doute : “combien de temps tiendrez-vous ?”

Pour 2026, il faut regarder l’Ukraine non seulement comme un front militaire, mais comme un laboratoire de guerre industrielle et de guerre d’infrastructure. Le conflit impose une réalité qui dépasse le terrain : l’Europe réapprend la vulnérabilité des réseaux, l’importance des stocks, la dépendance aux composants, la fragilité des chaînes logistiques en temps de guerre longue. On parle beaucoup de drones et de missiles ; on parle moins de transformateurs, de pièces détachées, de systèmes de contrôle, de coordination civile. C’est pourtant là que se niche une partie du pouvoir.

La question 2026 n’est pas “qui gagne demain ?”, mais “qui maîtrise le rythme ?” Si les frappes sur les infrastructures s’intensifient, il faut des capacités de réparation plus rapides, des redondances, une protection accrue, et donc une économie de guerre. Si elles se stabilisent, le conflit se déplace vers l’usure du front et les arbitrages politiques du financement. Si elles diminuent, ce n’est pas nécessairement la paix : cela peut être un déplacement tactique vers d’autres cibles, ou une adaptation aux défenses.

Ce qui compte, ce sont des indicateurs concrets : la fréquence des attaques sur l’énergie, la profondeur des dégâts, le temps moyen de restauration, la capacité à sécuriser les sites sensibles, et la continuité du soutien financier et matériel. Ce sont des indicateurs “froids”, mais ce sont eux qui déterminent si une société tient.

Moyen-Orient : la paix n’est plus un état, c’est un arrangement provisoire

Le Moyen-Orient entre dans 2026 avec une caractéristique devenue structurelle : les trêves ne ferment pas les dossiers, elles les organisent. L’équation n’est pas seulement militaire ; elle est politique, institutionnelle, et parfois existentielle pour des États qui portent déjà des fragilités internes.

Sur le dossier Liban–Israël, la séquence de fin 2025 illustre un type de stabilité conditionnelle : un comité de trêve élargit ses discussions à la question du désarmement du Hezbollah et à des échéances, tandis que des avertissements évoquent une action “as necessary” si certaines étapes ne sont pas suivies. Sans entrer dans la rhétorique, le simple fait que la trêve se prolonge dans des négociations sur l’architecture des armes dit le vrai enjeu : la stabilité n’est pas seulement l’absence de tirs, mais la capacité d’un État à imposer un monopole de la force, à tenir un calendrier, à encaisser des coûts politiques, à éviter les incidents.

Ce type de situation fabrique de l’incertitude économique même quand les canons se taisent. Les entreprises ne savent pas si une reprise de violence est probable, à quel horizon, sur quel front. Les assureurs réévaluent le risque, les investisseurs retardent, les ménages épargnent. Ce sont des micro-décisions qui, agrégées, produisent un frein. Dans un monde déjà chargé par la dette, cela devient explosif : la moindre poussée de risque reprice les obligations, durcit le crédit, et nourrit une spirale de méfiance.

Pour 2026, le Moyen-Orient agit donc comme un amplificateur : il ne détermine pas seul l’économie mondiale, mais il ajoute une couche d’instabilité à un système déjà saturé. Et, surtout, il interagit avec l’autre guerre, celle de l’information : chaque incident est immédiatement narrativisé, instrumentalisé, exporté sur les réseaux, utilisé comme carburant de polarisation dans les sociétés occidentales.

Taïwan : l’étincelle n’a pas besoin d’exister pour que la peur produise déjà ses effets

Taïwan revient dans les conversations comme “le prochain front”. C’est une simplification dangereuse, parce qu’elle suppose un calendrier, alors que le risque réel est un mécanisme : la pression permanente, la démonstration de force, les ventes d’armes, les sanctions, et le risque d’erreur de calcul.

Le 26 décembre 2025, la Chine annonce des sanctions contre des individus et des entreprises de défense américaines en réponse à des ventes d’armes à Taïwan, avec gels d’actifs en Chine et restrictions de transactions. Le message est clair : la question taïwanaise est présentée comme une “red line” et un cœur d’intérêts stratégiques. Là encore, l’événement est important non parce qu’il change immédiatement l’équilibre militaire, mais parce qu’il banalise une logique de confrontation graduée : on ne tire pas, mais on sanctionne ; on ne sanctionne pas seulement, on restructure des dépendances ; on ne restructure pas seulement, on prépare des scénarios.

Le point central pour 2026, c’est l’économie mondiale : Taïwan est un nœud industriel. La montée de tension suffit à reconfigurer des chaînes d’approvisionnement, à augmenter les coûts de financement, à déclencher des stratégies de stockage, à déplacer des investissements. C’est une guerre qui, même sans bataille, agit déjà par anticipation. Et, dans un monde où l’information est instantanée, l’anticipation devient un événement.

La guerre hybride, côté Occident : la bataille du réel est devenue un champ d’opérations

Le second fil, celui qui se déroule “chez nous”, ne peut plus être traité comme un sujet de société distinct de la géopolitique. La guerre hybride vise précisément à relier les deux : utiliser les chocs extérieurs pour fracturer l’intérieur.

Les institutions occidentales décrivent aujourd’hui ce que leurs adversaires font et ce qu’elles redoutent : désinformation, cyberattaques, sabotage d’infrastructures, pressions économiques, actions clandestines. Sur le papier, la définition est presque pédagogique. Dans la réalité, l’effet est brutal : il s’agit de semer le doute, de miner la confiance, de saturer l’espace public d’informations contradictoires, de rendre impossible un accord sur des faits simples. C’est là que la polarisation devient stratégique : une société qui ne partage plus le réel se défend moins bien.

Aux États-Unis, une mesure ressort comme un symptôme : en juillet 2025, Pew Research Center relève qu’environ huit Américains sur dix estiment que les électeurs républicains et démocrates “cannot agree on basic facts”. On peut traduire la formule, mais il est utile de conserver sa sécheresse : “ne peuvent pas s’accorder sur des faits de base”. Ce n’est pas une divergence d’opinion ; c’est une divergence de réalité.

En octobre 2025, Pew note aussi que les Américains, à travers le spectre politique, perçoivent la violence politiquement motivée comme en hausse. Là encore, l’essentiel n’est pas d’entrer dans la polémique, mais de comprendre le mécanisme : la violence politique et la désinformation ne sont pas seulement des problèmes d’ordre public ou de plateformes ; elles affectent la crédibilité de l’État, la stabilité des marchés, la continuité des politiques, la capacité à soutenir une guerre longue, et donc l’équilibre international.

Les agences fédérales américaines (CISA et FBI notamment) ont, dès 2024, mis en garde sur l’usage de tactiques de désinformation par des acteurs étrangers dans un contexte électoral, en insistant sur un point : la prolifération d’outils d’IA générative abaisse le coût de production de contenus trompeurs et augmente l’échelle possible des opérations d’influence. Là encore, le sujet n’est pas “l’IA” en général, mais un fait stratégique : une guerre de l’information devient moins chère, plus rapide, plus plausible.

2026, dans ce cadre, ne promet pas une “grande révélation” qui mettrait fin à la désinformation. Il promet une industrialisation supplémentaire de la confusion, et une bataille politique interne sur les moyens de la combattre. Car l’Occident est traversé par une tension structurante : protéger l’espace informationnel sans basculer dans l’accusation de censure, réguler sans alimenter le récit persécutif, défendre la confiance sans donner l’impression d’un contrôle central du vrai.

Et c’est là que les deux approches se rejoignent pleinement : l’extérieur met la pression, l’intérieur se fragilise, et l’ensemble produit une prime d’incertitude qui remonte dans l’économie.

L’argent, enfin : quand la peur devient un prix, et que l’or sert de thermomètre

Si l’on cherche un indicateur qui condense cette période, l’or s’impose, non comme un oracle, mais comme un thermomètre. Le 26 décembre 2025, Reuters rapporte un record sur l’or, porté par la demande refuge et les paris de baisse de taux. La même semaine, Reuters note que les métaux précieux ont été les grands gagnants de 2025, dans une année marquée par turbulences et conflits. La dynamique est claire : lorsque la confiance baisse, lorsque les risques géopolitiques s’additionnent, lorsque la trajectoire des taux devient incertaine, les investisseurs cherchent des actifs perçus comme des abris.

Mais l’or ne dit pas seulement “peur”. Il dit aussi “désordre monétaire”, “incertitude budgétaire”, “doute sur la stabilité”, “anticipation d’un choc”. Et c’est exactement l’atmosphère qui précède 2026 : guerre longue + fragmentation économique + polarisation politique + dette élevée = système nerveux à vif.

Le mot “guerre mondiale” revient parce que la paix ne revient plus

Le diagnostic “troisième guerre mondiale” circule parce qu’il traduit une sensation concrète : le monde n’est plus dans une alternance crise–retour à la normale, mais dans une continuité de chocs. La guerre en Ukraine n’est plus un événement extérieur : elle se lit dans les budgets, l’énergie, les chaînes de production, les stocks de munitions, l’architecture de sécurité européenne. Le Moyen-Orient ne repasse pas au second plan : il revient par vagues, avec des trêves, des ruptures, des menaces, des répliques. L’Indo-Pacifique, enfin, n’est plus un “risque lointain” : c’est un théâtre permanent de démonstration de force autour de Taïwan, capable d’émettre des ondes de choc industrielles et financières bien avant tout affrontement ouvert. Et, à l’intérieur même des démocraties, une autre ligne de front s’est installée : celle de la confiance dans les faits, des guerres de l’information, de la polarisation, de la fatigue civique, et d’une violence politique qui cesse d’être l’impensé des sociétés prospères.

Le piège serait de prendre l’expression “guerre mondiale” au pied de la lettre, comme si 2026 devait rejouer 1914 ou 1939, avec un choc unique, des fronts alignés, des alliances mécaniques, une déclaration, puis la mobilisation générale. La période actuelle fonctionne à l’inverse : elle empile des conflits qui restent “sous le seuil” de l’affrontement total entre grandes puissances, tout en produisant des effets mondiaux par la finance, l’énergie, la technologie, l’information, l’assurance, le commerce, la dette. Ce n’est pas la même grammaire. C’est souvent plus lent, plus difficile à nommer, et parfois plus corrosif parce que la société s’y habitue.

2026 s’annonce donc comme une année de clarification brutale : non pas sur la question “sommes-nous en guerre mondiale ?”, mais sur une autre, plus opérationnelle : la conflictualité globale est-elle en train de se stabiliser en “guerres longues” maîtrisées, ou de s’accélérer vers des engrenages où l’incident devient l’embrasement ?

2026 : une guerre sans déclaration, mais avec une administration complète

La marque du temps est administrative : sanctions, contre-sanctions, restrictions d’exportations, contrôles technologiques, budgets militaires, sécurisation des ports, protection des câbles sous-marins, doctrine cyber, dispositifs anti-désinformation, droit d’exception numérique. La guerre n’arrive pas avec un drapeau, elle s’installe avec des circulaires, des listes noires, des procédures, des exercices et des “plans de continuité”. La dissuasion, elle aussi, se bureaucratise : c’est la promesse d’une réaction, codifiée, graduée, mise en scène.

L’OTAN résume cette réalité par un vocabulaire désormais public : les “menaces hybrides” combinent des moyens militaires et non-militaires, des actions covert et overt, et cherchent à “brouiller les lignes entre guerre et paix” pour “saper” des sociétés. Dans une transcription de janvier 2025, le secrétaire général de l’OTAN va plus loin en cassant l’euphémisme : “hybrid means sabotage”, “hybrid means cyber-attacks”, et cela inclut les attaques contre des infrastructures critiques. La phrase frappe parce qu’elle dit l’essentiel : l’adversaire ne cherche pas seulement la victoire militaire, il cherche l’instabilité politique et la paralysie du quotidien.

L’Union européenne, de son côté, a normalisé un autre concept clé : la FIMI (Foreign Information Manipulation and Interference), c’est-à-dire l’architecture d’opérations destinées à manipuler l’espace informationnel, attribuées principalement à la Russie et aussi à la Chine, avec des infrastructures numériques, des canaux, des méthodes d’amplification. On n’est plus dans la rumeur, mais dans un domaine de sécurité stratégique.

Cette “administration de la conflictualité” a une conséquence directe sur 2026 : les sociétés occidentales vont vivre simultanément deux guerres qui se nourrissent l’une l’autre. La guerre extérieure (Ukraine, Moyen-Orient, Indo-Pacifique), et la guerre intérieure (information, polarisation, extrêmes, défiance), avec une passerelle permanente : le coût économique.

Ukraine : l’hiver n’est plus une saison, c’est une arme

Le 28 décembre 2025, l’énergéticien ukrainien DTEK annonce avoir rétabli l’électricité à plus d’un million de foyers dans la région de Kyiv après une attaque massive de missiles et de drones. Le détail logistique, presque banal dans le flux des dépêches, dit pourtant où se joue une partie du conflit : dans la capacité à casser le réseau, à le réparer, à recommencer. Le même jour, des réparations de lignes électriques près de la centrale nucléaire de Zaporijjia démarrent après un cessez-le-feu local “brokered” par l’AIEA, précisément pour réduire le risque d’accident et sécuriser l’alimentation électrique du site. Deux scènes, un même mécanisme : la guerre n’est plus seulement dans les tranchées, elle est dans les centrales, les transformateurs, les lignes, les équipes de maintenance.

La stratégie est lisible : viser l’énergie, c’est viser la durée. Cela affecte la production industrielle, le chauffage, la logistique, la santé publique, l’école, et donc la résilience sociale. Cela affecte aussi la politique : une population épuisée coûte plus cher à soutenir, et l’opinion internationale se fatigue plus vite quand l’aide ressemble à un puits sans fond. L’attaque sur le réseau ne cherche pas uniquement le black-out ; elle cherche le doute : “combien de temps tiendrez-vous ?”

Pour 2026, il faut regarder l’Ukraine non seulement comme un front militaire, mais comme un laboratoire de guerre industrielle et de guerre d’infrastructure. Le conflit impose une réalité qui dépasse le terrain : l’Europe réapprend la vulnérabilité des réseaux, l’importance des stocks, la dépendance aux composants, la fragilité des chaînes logistiques en temps de guerre longue. On parle beaucoup de drones et de missiles ; on parle moins de transformateurs, de pièces détachées, de systèmes de contrôle, de coordination civile. C’est pourtant là que se niche une partie du pouvoir.

La question 2026 n’est pas “qui gagne demain ?”, mais “qui maîtrise le rythme ?” Si les frappes sur les infrastructures s’intensifient, il faut des capacités de réparation plus rapides, des redondances, une protection accrue, et donc une économie de guerre. Si elles se stabilisent, le conflit se déplace vers l’usure du front et les arbitrages politiques du financement. Si elles diminuent, ce n’est pas nécessairement la paix : cela peut être un déplacement tactique vers d’autres cibles, ou une adaptation aux défenses.

Ce qui compte, ce sont des indicateurs concrets : la fréquence des attaques sur l’énergie, la profondeur des dégâts, le temps moyen de restauration, la capacité à sécuriser les sites sensibles, et la continuité du soutien financier et matériel. Ce sont des indicateurs “froids”, mais ce sont eux qui déterminent si une société tient.

Moyen-Orient : la paix n’est plus un état, c’est un arrangement provisoire

Le Moyen-Orient entre dans 2026 avec une caractéristique devenue structurelle : les trêves ne ferment pas les dossiers, elles les organisent. L’équation n’est pas seulement militaire ; elle est politique, institutionnelle, et parfois existentielle pour des États qui portent déjà des fragilités internes.

Sur le dossier Liban–Israël, la séquence de fin 2025 illustre un type de stabilité conditionnelle : un comité de trêve élargit ses discussions à la question du désarmement du Hezbollah et à des échéances, tandis que des avertissements évoquent une action “as necessary” si certaines étapes ne sont pas suivies. Sans entrer dans la rhétorique, le simple fait que la trêve se prolonge dans des négociations sur l’architecture des armes dit le vrai enjeu : la stabilité n’est pas seulement l’absence de tirs, mais la capacité d’un État à imposer un monopole de la force, à tenir un calendrier, à encaisser des coûts politiques, à éviter les incidents.

Ce type de situation fabrique de l’incertitude économique même quand les canons se taisent. Les entreprises ne savent pas si une reprise de violence est probable, à quel horizon, sur quel front. Les assureurs réévaluent le risque, les investisseurs retardent, les ménages épargnent. Ce sont des micro-décisions qui, agrégées, produisent un frein. Dans un monde déjà chargé par la dette, cela devient explosif : la moindre poussée de risque reprice les obligations, durcit le crédit, et nourrit une spirale de méfiance.

Pour 2026, le Moyen-Orient agit donc comme un amplificateur : il ne détermine pas seul l’économie mondiale, mais il ajoute une couche d’instabilité à un système déjà saturé. Et, surtout, il interagit avec l’autre guerre, celle de l’information : chaque incident est immédiatement narrativisé, instrumentalisé, exporté sur les réseaux, utilisé comme carburant de polarisation dans les sociétés occidentales.

Taïwan : l’étincelle n’a pas besoin d’exister pour que la peur produise déjà ses effets

Taïwan revient dans les conversations comme “le prochain front”. C’est une simplification dangereuse, parce qu’elle suppose un calendrier, alors que le risque réel est un mécanisme : la pression permanente, la démonstration de force, les ventes d’armes, les sanctions, et le risque d’erreur de calcul.

Le 26 décembre 2025, la Chine annonce des sanctions contre des individus et des entreprises de défense américaines en réponse à des ventes d’armes à Taïwan, avec gels d’actifs en Chine et restrictions de transactions. Le message est clair : la question taïwanaise est présentée comme une “red line” et un cœur d’intérêts stratégiques. Là encore, l’événement est important non parce qu’il change immédiatement l’équilibre militaire, mais parce qu’il banalise une logique de confrontation graduée : on ne tire pas, mais on sanctionne ; on ne sanctionne pas seulement, on restructure des dépendances ; on ne restructure pas seulement, on prépare des scénarios.

Le point central pour 2026, c’est l’économie mondiale : Taïwan est un nœud industriel. La montée de tension suffit à reconfigurer des chaînes d’approvisionnement, à augmenter les coûts de financement, à déclencher des stratégies de stockage, à déplacer des investissements. C’est une guerre qui, même sans bataille, agit déjà par anticipation. Et, dans un monde où l’information est instantanée, l’anticipation devient un événement.

La guerre hybride, côté Occident : la bataille du réel est devenue un champ d’opérations

Le second fil, celui qui se déroule “chez nous”, ne peut plus être traité comme un sujet de société distinct de la géopolitique. La guerre hybride vise précisément à relier les deux : utiliser les chocs extérieurs pour fracturer l’intérieur.

Les institutions occidentales décrivent aujourd’hui ce que leurs adversaires font et ce qu’elles redoutent : désinformation, cyberattaques, sabotage d’infrastructures, pressions économiques, actions clandestines. Sur le papier, la définition est presque pédagogique. Dans la réalité, l’effet est brutal : il s’agit de semer le doute, de miner la confiance, de saturer l’espace public d’informations contradictoires, de rendre impossible un accord sur des faits simples. C’est là que la polarisation devient stratégique : une société qui ne partage plus le réel se défend moins bien.

Aux États-Unis, une mesure ressort comme un symptôme : en juillet 2025, Pew Research Center relève qu’environ huit Américains sur dix estiment que les électeurs républicains et démocrates “cannot agree on basic facts”. On peut traduire la formule, mais il est utile de conserver sa sécheresse : “ne peuvent pas s’accorder sur des faits de base”. Ce n’est pas une divergence d’opinion ; c’est une divergence de réalité.

En octobre 2025, Pew note aussi que les Américains, à travers le spectre politique, perçoivent la violence politiquement motivée comme en hausse. Là encore, l’essentiel n’est pas d’entrer dans la polémique, mais de comprendre le mécanisme : la violence politique et la désinformation ne sont pas seulement des problèmes d’ordre public ou de plateformes ; elles affectent la crédibilité de l’État, la stabilité des marchés, la continuité des politiques, la capacité à soutenir une guerre longue, et donc l’équilibre international.

Les agences fédérales américaines (CISA et FBI notamment) ont, dès 2024, mis en garde sur l’usage de tactiques de désinformation par des acteurs étrangers dans un contexte électoral, en insistant sur un point : la prolifération d’outils d’IA générative abaisse le coût de production de contenus trompeurs et augmente l’échelle possible des opérations d’influence. Là encore, le sujet n’est pas “l’IA” en général, mais un fait stratégique : une guerre de l’information devient moins chère, plus rapide, plus plausible.

2026, dans ce cadre, ne promet pas une “grande révélation” qui mettrait fin à la désinformation. Il promet une industrialisation supplémentaire de la confusion, et une bataille politique interne sur les moyens de la combattre. Car l’Occident est traversé par une tension structurante : protéger l’espace informationnel sans basculer dans l’accusation de censure, réguler sans alimenter le récit persécutif, défendre la confiance sans donner l’impression d’un contrôle central du vrai.

Et c’est là que les deux approches se rejoignent pleinement : l’extérieur met la pression, l’intérieur se fragilise, et l’ensemble produit une prime d’incertitude qui remonte dans l’économie.

L’argent, enfin : quand la peur devient un prix, et que l’or sert de thermomètre

Si l’on cherche un indicateur qui condense cette période, l’or s’impose, non comme un oracle, mais comme un thermomètre. Le 26 décembre 2025, Reuters rapporte un record sur l’or, porté par la demande refuge et les paris de baisse de taux. La même semaine, Reuters note que les métaux précieux ont été les grands gagnants de 2025, dans une année marquée par turbulences et conflits. La dynamique est claire : lorsque la confiance baisse, lorsque les risques géopolitiques s’additionnent, lorsque la trajectoire des taux devient incertaine, les investisseurs cherchent des actifs perçus comme des abris.

Mais l’or ne dit pas seulement “peur”. Il dit aussi “désordre monétaire”, “incertitude budgétaire”, “doute sur la stabilité”, “anticipation d’un choc”. Et c’est exactement l’atmosphère qui précède 2026 : guerre longue + fragmentation économique + polarisation politique + dette élevée = système nerveux à vif.

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