Dans la zone industrielle de Dora, limitrophe du quartier densément peuplé de Bourj Hammoud à la périphérie est de Beyrouth, une polémique a resurgi ces derniers jours concernant les installations de stockage de la société Coral. Des informations circulant sur les réseaux sociaux ont mis en lumière les appréhensions liées à la proximité de ces réservoirs avec des zones résidentielles, dans un contexte où les habitants craignent un incident majeur. La société Coral, l’un des principaux importateurs de produits pétroliers au Liban, opère depuis des décennies un terminal majeur dans cette zone, dédié au stockage et à la distribution de carburants. Ces débats interviennent alors que le pays fait face à une dépendance chronique aux importations énergétiques, soulignant une fois de plus les interrogations sur la gestion des risques industriels par les autorités compétentes.
Coral est une entreprise libanaise spécialisée dans l’importation, le stockage et la distribution de produits pétroliers raffinés, tels que l’essence, le diesel, le fuel-oil et le kérosène. Fondée il y a plusieurs décennies, elle dispose de plusieurs installations côtières et terrestres, dont le terminal de Dora constitue l’un des plus importants. Ce site, situé à la lisière de Bourj Hammoud, permet de recevoir les navires-citernes, de stocker des volumes considérables de carburants et de les acheminer vers le réseau national de distribution. Coral fait partie des acteurs dominants du marché libanais, aux côtés d’autres sociétés membres de l’Association des sociétés importatrices de pétrole (APIC), qui coordonne les approvisionnements essentiels pour le fonctionnement du pays. Ces installations sont vitales pour assurer la continuité de l’approvisionnement en carburants, dans un Liban où la quasi-totalité des besoins énergétiques dépend des importations maritimes.
Une polémique alimentée par la proximité urbaine
Les préoccupations actuelles portent sur la localisation même du terminal de Coral, implanté dans une zone où l’urbanisation s’est densifiée au fil des ans. Dora et Bourj Hammoud forment un continuum urbain parmi les plus concentrés du pays, avec des milliers d’habitants vivant à quelques centaines de mètres des réservoirs. Les publications récentes sur les réseaux sociaux ont relayé des images et des témoignages soulignant cette proximité, interrogeant la pertinence de maintenir de telles infrastructures au cœur d’un tissu résidentiel et commercial. Ces interrogations ne sont pas nouvelles, mais elles ont pris une ampleur particulière ces derniers jours, dans un contexte où la mémoire collective reste marquée par des incidents industriels passés.
La société Coral, sous licence du ministère de l’Énergie et de l’Eau, est tenue de respecter des protocoles stricts de maintenance et de sécurité. Ses réservoirs, conçus pour stocker des produits inflammables, sont équipés de systèmes de détection et de protection. Pourtant, la densité démographique environnante amplifie les enjeux : toute défaillance, même mineure, pourrait avoir des répercussions immédiates sur la population voisine. On peut légitimement se demander si les autorités disposent des moyens techniques et humains suffisants pour superviser efficacement ces sites, dans un pays où les ressources publiques ont été fortement éprouvées par des années de crise économique et institutionnelle.
Le rôle central de Coral dans l’approvisionnement national
Coral joue un rôle stratégique dans l’économie libanaise. L’entreprise importe annuellement des millions de tonnes de produits pétroliers, contribuant à alimenter les stations-service, les centrales électriques et les industries. Le terminal de Dora, avec ses capacités de stockage importantes, permet de constituer des réserves tampon face aux fluctuations des prix internationaux et aux disruptions logistiques. Ces dernières années, Coral a investi dans la modernisation de certaines infrastructures pour améliorer l’efficacité des opérations de déchargement et de regazéification partielle, répondant à la demande croissante en carburants malgré les contraintes financières du pays.
Le ministère de l’Énergie et de l’Eau, dirigé par Joe Saddi depuis la formation du gouvernement de Nawaf Salam en février 2025, supervise l’ensemble du secteur. Joe Saddi a multiplié les déclarations sur la nécessité de sécuriser les importations tout en modernisant les infrastructures. En janvier 2026, lors de la signature d’accords avec des partenaires régionaux, il a insisté sur l’importance des terminaux comme celui de Coral pour réduire la vulnérabilité énergétique. Cependant, ces priorités stratégiques se heurtent à la réalité locale : la gestion des risques dans des zones urbaines denses exige une vigilance constante, que les contraintes administratives et budgétaires rendent parfois difficile à maintenir.
Des normes de sécurité sous interrogation
Les réglementations libanaises imposent des inspections régulières et des plans d’urgence pour les sites de stockage de produits dangereux. Depuis plusieurs années, des textes renforcés prévoient des audits techniques et des exercices de simulation. Coral, comme les autres opérateurs, doit soumettre des rapports périodiques démontrant la conformité de ses installations. Le terminal de Dora bénéficie de systèmes de surveillance et de barrières de protection, mais la question de leur efficacité dans un environnement urbain compact reste posée.
On peut s’interroger sur la fréquence réelle et la profondeur de ces contrôles. Dans un système où les ressources des services techniques sont limitées, les inspections risquent-elles de se limiter à des vérifications formelles plutôt qu’à des évaluations exhaustives ? La coordination entre le ministère de l’Énergie, les municipalités locales et les opérateurs privés apparaît parfois fragmentée, laissant place à des doutes sur la chaîne de responsabilité en cas d’incident. Coral affirme respecter l’ensemble des normes, mais la proximité des habitations impose une exigence particulière que les autorités doivent garantir au-delà des déclarations officielles.
Les défis économiques derrière les infrastructures
Le marché des produits pétroliers reste un pilier de l’économie libanaise, générant des recettes fiscales substantielles malgré la crise. Coral et ses pairs assurent l’essentiel des importations, avec des volumes annuels atteignant plusieurs millions de tonnes. Ces activités soutiennent des milliers d’emplois et permettent de maintenir un approvisionnement minimal en carburants pour les ménages et les entreprises. Le terminal de Dora, par sa position stratégique près du port de Beyrouth, facilite les opérations logistiques, réduisant les coûts de transport interne.
Joe Saddi a rappelé, lors de réunions récentes du Conseil des ministres, que le secteur énergétique représente à la fois une vulnérabilité et une opportunité. Les accords signés en janvier 2026 pour des importations renforcées visent à stabiliser les prix et à éviter les pénuries récurrentes. Coral participe activement à ces dynamiques, avec des investissements destinés à accroître les capacités de stockage. Ces développements sont nécessaires pour répondre à une demande en hausse, liée à la croissance démographique et à la reprise partielle de certaines activités industrielles.
Les implications environnementales du terminal de Dora
Au-delà des risques immédiats, le site de Coral soulève des questions environnementales. Le stockage de produits pétroliers peut, en cas de fuite ou d’incident, affecter la qualité de l’air et des sols dans une zone déjà polluée par le trafic routier et les activités industrielles. Bourj Hammoud et Dora concentrent des défis historiques de pollution, rendant toute infrastructure énergétique particulièrement sensible. Les réglementations exigent des études d’impact et des systèmes de monitoring continu, que Coral doit appliquer.
Les autorités municipales et le ministère de l’Environnement sont censés veiller à ces aspects, mais la mise en œuvre effective dépend de ressources souvent insuffisantes. Les habitants attendent des garanties que les opérations du terminal n’aggraveront pas les conditions sanitaires locales, déjà éprouvées par des années de négligences accumulées.
La réponse des importateurs face aux préoccupations
L’Association des sociétés importatrices de pétrole (APIC), dont Coral est membre, a récemment réagi aux informations circulant en ligne. Dans un communiqué diffusé il y a quelques jours, l’association a démenti toute situation de danger imminent au terminal de Dora, qualifiant certaines allégations de tentatives de semer la panique. Les importateurs soulignent que les installations respectent les licences délivrées par le ministère et n’ont connu aucun incident majeur depuis des décennies, hormis durant la guerre civile.
Cette position vise à rassurer la population tout en défendant le rôle économique des opérateurs. Coral, par son implantation historique à Dora, reste un acteur incontournable de la chaîne d’approvisionnement, avec des protocoles alignés sur les standards internationaux pour la gestion des réservoirs.
Les partenariats internationaux et la diversification énergétique
Parallèlement aux débats locaux, le ministère de l’Énergie poursuit des initiatives plus larges. Joe Saddi a signé, le 9 janvier 2026, un accord attribuant l’exploration du bloc 8 offshore à un consortium mené par TotalEnergies, Eni et QatarEnergy. Cette décision, ratifiée par le Conseil des ministres, vise à développer les ressources nationales pour réduire à terme la dépendance aux importations. Ces partenariats incluent des engagements pour des sondages sismiques et potentiellement des forages, renforçant la position du Liban sur le marché régional de l’énergie.
Le terminal de Coral, dans ce cadre, continue de jouer un rôle transitoire essentiel, en attendant que des découvertes éventuelles modifient la structure des approvisionnements. Les investissements des importateurs privés, dont ceux de Coral à Dora, soutiennent cette période de transition, avec des capacités de stockage adaptées aux besoins actuels du pays.


