samedi, janvier 24, 2026

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Pressions américaines et sécurité régionale : la visite annoncée de Morgan Ortagus à Beyrouth dans le contexte des camps palestiniens et des réseaux transfrontaliers

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Contexte régional et rôle des États-Unis dans le dossier sécuritaire libanais

La perspective d’une visite à Beyrouth de la conseillère américaine Morgan Ortagus, anciennement porte-parole du département d’État, s’inscrit dans un cadre diplomatique particulièrement chargé. Cette venue intervient à un moment où les États-Unis cherchent à redéfinir leur rôle dans la gestion sécuritaire des foyers de tension régionaux, notamment au Liban, où les camps palestiniens représentent depuis des décennies un point de friction politique, militaire et humanitaire.

L’objectif principal annoncé de cette mission serait de discuter de la situation sécuritaire dans ces camps, mais également d’aborder un sujet particulièrement sensible : l’expulsion de certains responsables du Jihad islamique, actuellement basés à Damas. Cette dimension transfrontalière du conflit pose un défi à la diplomatie américaine, qui tente d’impliquer le Liban dans un effort régional de neutralisation des réseaux radicaux.

Pour Washington, le Liban représente à la fois une ligne de front dans la guerre d’influence contre l’Iran et un espace tampon nécessaire à la stabilité d’Israël. Toute évolution dans les rapports de force internes aux camps palestiniens est donc scrutée à la loupe. En s’impliquant directement, les États-Unis affichent leur volonté de conditionner leur soutien au Liban à des avancées concrètes sur le plan sécuritaire.

Les objectifs de la mission Ortagus : désarmement, expulsions, surveillance

La venue de Morgan Ortagus viserait trois axes principaux. D’abord, renforcer la coopération sécuritaire entre le Liban et ses partenaires occidentaux, en particulier autour du désarmement des factions palestiniennes non contrôlées par l’Autorité. Les Américains plaident depuis plusieurs années pour une limitation du rôle militaire de groupes comme le Hamas ou le Jihad islamique dans les camps, considérés comme des relais de l’Iran et de la Syrie.

Ensuite, Washington souhaite obtenir de Beyrouth une collaboration accrue sur la question des individus recherchés pour activités terroristes. Des responsables du Jihad islamique, installés à Damas, seraient soupçonnés de coordonner des opérations dans le Sud-Liban et dans les camps. Leur présence est jugée incompatible avec les objectifs de stabilité régionale défendus par les États-Unis. La demande américaine porterait sur leur expulsion ou, à défaut, sur des restrictions strictes de leurs déplacements.

Enfin, la mission viserait à évaluer sur le terrain les capacités du Liban à surveiller efficacement les zones sensibles. Il s’agit notamment des périmètres autour des camps d’Ain al-Hilweh, de Rashidieh, de Beddawi ou encore de Nahr el-Bared, où des activités paramilitaires sont régulièrement signalées. Les Américains cherchent à établir une cartographie des risques afin de renforcer leur dispositif d’assistance sécuritaire, tout en assurant un suivi régulier via des moyens de renseignement.

Réactions attendues des autorités libanaises

L’annonce de cette visite, bien que non confirmée officiellement, suscite des discussions en interne parmi les autorités libanaises. Le gouvernement, pris entre la nécessité de préserver ses relations stratégiques avec les États-Unis et la réalité politique intérieure, se trouve dans une position délicate. La question de la souveraineté nationale est au cœur des débats, certains responsables politiques refusant catégoriquement toute forme de diktat sécuritaire venu de l’étranger.

La demande américaine d’expulser des figures basées à Damas soulève également des complications diplomatiques avec la Syrie, partenaire incontournable pour certains partis libanais. Le Liban, officiellement en retrait du conflit syrien, entretient néanmoins des liens officieux avec Damas par le biais de relais politiques locaux. Une coopération directe sur la question du Jihad islamique exposerait le gouvernement à des accusations de compromission avec les intérêts américains.

La classe politique est donc divisée sur la posture à adopter. Tandis que certains ministres prônent une approche pragmatique, misant sur l’aide américaine pour stabiliser les camps, d’autres exigent un débat parlementaire préalable avant toute décision engageant la souveraineté ou les équilibres régionaux.

Enjeux liés aux camps palestiniens dans la stratégie américaine

Pour les États-Unis, les camps palestiniens au Liban sont perçus comme des zones de non-droit susceptibles d’abriter des cellules dormantes ou des réseaux logistiques liés à des groupes armés étrangers. Cette perception s’est accentuée depuis les récentes tensions à Ain al-Hilweh et à Burj al-Barajneh, où des affrontements entre factions ont révélé l’existence de stocks d’armes et de milices structurées.

L’approche américaine repose sur une logique de préemption : en empêchant la consolidation de structures paramilitaires autonomes, Washington espère réduire le risque de déstabilisation régionale. Les programmes d’assistance sécuritaire proposés au Liban visent donc à doter les forces de sécurité libanaises de moyens adaptés à la surveillance des camps, sans nécessairement y entrer, ce qui reste un tabou politique.

Cette politique s’inscrit également dans une tentative plus large de contenir l’influence de l’axe irano-syrien. En ciblant le Jihad islamique, les États-Unis entendent frapper indirectement les réseaux de soutien logistique et idéologique pilotés depuis Damas ou Téhéran. L’enjeu dépasse donc le seul cadre libanais : il s’agit de réduire les capacités d’action régionale de groupes considérés comme des extensions de puissances rivales.

Conséquences diplomatiques et régionales

La visite d’une figure américaine comme Morgan Ortagus est également un message adressé aux autres acteurs régionaux. Elle réaffirme l’engagement des États-Unis à soutenir le Liban dans un cadre de partenariat, mais conditionne ce soutien à des mesures concrètes. Cette posture risque de raviver les tensions avec certains groupes politiques qui voient dans ces initiatives une atteinte à l’indépendance nationale.

Au niveau régional, cette mission pourrait également servir à coordonner les efforts avec des pays comme l’Égypte ou la Jordanie, qui partagent des préoccupations similaires sur les mouvements armés palestiniens. Des contacts préliminaires auraient été établis en amont de la visite pour aligner les positions sur les demandes formulées à Beyrouth.

Enfin, l’Iran et la Syrie surveillent de près ces mouvements diplomatiques. Toute initiative perçue comme hostile ou visant à affaiblir leurs alliés locaux est susceptible de susciter une riposte politique, voire militaire, indirecte. Le Liban pourrait ainsi se retrouver au cœur d’un bras de fer géopolitique plus vaste, dont les camps palestiniens ne seraient que l’un des théâtres.

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