This article was written in French then translated into English. The English translation followsimmediately after the French version.
Il existe une confusion volontaire, entretenue depuis des décennies, entre l’islam comme foi spirituelle vécue intimement par des centaines de millions d’hommes et de femmes, et ce que l’on appelle le totalitarisme islamique, qu’il soit chiite ou sunnite. Cette confusion n’est pas innocente. Elle permet d’éviter le cœur du problème : ce n’est pas la foi qui est en cause, mais le moment précis où une religion cesse d’être une voie spirituelle pour devenir un système de pouvoir total, un appareil de domination qui prétend organiser non seulement la relation à Dieu, mais la totalité de la vie humaine.
Le totalitarisme commence toujours de la même manière. Il affirme détenir une vérité absolue, non discutable, non révisable, non perfectible. À partir de là, toute divergence devient une menace, toute liberté une déviance, toute pensée autonome un danger. L’individu cesse d’être une conscience libre ; il devient un matériau à façonner, un corps à discipliner, une âme à soumettre.
Dans l’islam politique sunnite, ce totalitarisme s’est historiquement structuré autour de l’idée d’un retour à une pureté originelle fantasmée. Le pouvoir y est conçu comme l’exécutant direct de la loi divine, la charia, laquelle ne relève plus de l’interprétation spirituelle mais de l’application coercitive. Le sunnisme politique radical ne tolère ni pluralité théologique, ni diversité culturelle, ni dissidence intellectuelle. Il vise à homogénéiser la société, à effacer les différences, à produire un homme standardisé, conforme, obéissant. L’autorité religieuse y est diffuse, souvent portée par des clercs auto-proclamés, mais elle converge toujours vers un même objectif : contrôler les comportements, les mœurs, le langage, l’habillement, la pensée. Le salut devient un instrument de chantage. L’au-delà est utilisé pour gouverner l’ici-bas.
Le totalitarisme chiite, lui, procède différemment, mais il arrive au même résultat. Il repose sur une structure hiérarchique beaucoup plus centralisée, avec une autorité religieuse clairement identifiée, sacralisée, institutionnalisée. Le pouvoir politique y est fusionné avec le pouvoir théologique : gouverner, c’est interpréter la volonté divine, et contester le pouvoir revient à contester Dieu lui-même. Cette fusion produit un système d’une extrême rigidité, où l’État surveille, encadre, moralise, punit, au nom d’une mission transcendante. Le citoyen n’est jamais un citoyen à part entière ; il est un croyant sous tutelle permanente. Sa liberté n’est pas un droit, mais une concession conditionnelle.
La différence entre ces deux formes de totalitarisme est donc surtout structurelle, non philosophique. Le sunnisme radical tend vers l’uniformisation par la norme sociale et la pression communautaire ; le chiisme politique tend vers la domination par l’appareil d’État et le clergé. Mais dans les deux cas, le résultat est identique : la disparition de l’individu libre, responsable, autonome.
Un système devient totalitaire lorsqu’il ne se contente plus de régir les lois, mais prétend gouverner les consciences. Lorsqu’il ne se limite plus à organiser la coexistence des hommes, mais cherche à définir ce qu’ils doivent penser, croire, désirer, craindre. Lorsqu’il abolit la frontière entre le public et l’intime. Lorsqu’il transforme la morale en police et la foi en instrument disciplinaire.
C’est là que la démonstration devient universelle, et non limitée à l’islam. Toute religion, sans exception, dès l’instant où elle veut s’emparer du pouvoir politique, tombe dans le totalitarisme. Non par accident, mais par nécessité interne. Car une religion qui gouverne ne peut accepter la pluralité : elle affirme une vérité ultime. Elle ne peut tolérer la liberté totale : elle prétend sauver les âmes malgré elles. Elle ne peut accepter la séparation des sphères : elle vise la totalité de l’être humain.
L’histoire est implacable sur ce point. Chaque fois qu’une religion s’est confondue avec l’État, elle a produit la censure, la persécution, la peur, la soumission. Chaque fois qu’elle a voulu régenter la loi civile, elle a écrasé la conscience individuelle. Et chaque fois qu’elle a prétendu parler au nom de Dieu dans l’espace politique, elle a transformé Dieu en argument d’autorité, en arme, en justification de la violence.
La foi, lorsqu’elle est libre, élève. Lorsqu’elle est imposée, elle asservit. La spiritualité, lorsqu’elle reste intérieure, ouvre. Lorsqu’elle devient institution totalisante, elle enferme. Ce n’est pas une question d’Orient ou d’Occident, de chiisme ou de sunnisme, d’islam, de christianisme ou de toute autre religion. C’est une loi presque mécanique de l’histoire humaine : dès qu’une croyance prétend gouverner la totalité de la vie des hommes, elle cesse d’être une voie spirituelle et devient un système totalitaire.
Et c’est précisément pour cette raison que la séparation du religieux et du politique n’est pas une attaque contre la foi, mais au contraire sa condition de survie. Là où la religion accepte de ne plus dominer, elle peut encore éclairer. Là où elle cherche à régner, elle finit toujours par détruire, les autres et elle-même.
Il faut aller plus loin encore, car le danger du totalitarisme religieux ne réside pas seulement dans ses lois visibles ou ses institutions officielles. Il s’insinue plus profondément, dans la structure mentale qu’il fabrique chez ceux qui y vivent. Le totalitarisme n’est jamais uniquement un régime : c’est une anthropologie, une manière de façonner l’homme.
Dans les systèmes islamistes, chiites comme sunnites, l’être humain n’est jamais pensé comme une fin en soi. Il est d’abord un dépositaire, un exécutant, un soldat de la vérité révélée. Sa valeur ne vient ni de sa conscience, ni de sa liberté, ni de sa capacité à douter ou à créer, mais de son degré de conformité. La vertu suprême n’est pas la justice intérieure, mais l’obéissance. Le péché majeur n’est pas le mal infligé à autrui, mais la transgression de la norme religieuse. Ainsi s’opère un renversement fondamental : l’éthique disparaît au profit du dogme.
C’est précisément ce mécanisme qui rend ces systèmes totalitaires au sens plein du terme. Ils ne se contentent pas de punir les actes ; ils surveillent les intentions. Ils ne se contentent pas de juger les crimes ; ils contrôlent les pensées. Le soupçon devient permanent. La délation est encouragée. Le silence est souvent la seule forme de survie. Et la peur, lentement, devient une seconde nature.
Dans le totalitarisme chiite institutionnalisé, cette peur est rationalisée, bureaucratisée, inscrite dans les rouages de l’État. Elle se pare de tribunaux, de gardiens de la morale, de commissions de conformité religieuse. Dans le totalitarisme sunnite radical, elle est plus diffuse, plus tribale, mais tout aussi efficace : la pression sociale, la menace de l’exclusion, parfois de la mort, suffisent à étouffer toute dissidence. L’un agit par le haut, l’autre par l’environnement immédiat. L’un est vertical, l’autre horizontal. Mais tous deux encerclent l’individu jusqu’à l’asphyxie.
Ce qui frappe, lorsqu’on observe ces systèmes avec honnêteté, c’est leur incapacité structurelle à produire de la paix intérieure. Ils parlent sans cesse de Dieu, mais vivent dans l’obsession du contrôle. Ils invoquent la morale, mais fonctionnent par la peur. Ils prétendent défendre la foi, mais la vident de sa substance vivante. Car une foi imposée n’est plus une foi : c’est une discipline.
Il faut oser le dire clairement : ce totalitarisme ne protège pas la religion, il la détruit. Il transforme le sacré en idéologie, le mystère en règlement, la transcendance en programme politique. Il remplace la quête intérieure par la conformité extérieure. Et ce faisant, il fabrique des sociétés rigides, anxieuses, violentes, incapables d’évoluer sans se briser.
C’est ici que la leçon devient universelle et intemporelle. Le totalitarisme religieux n’est pas une anomalie de l’islam. Il est une tentation permanente de toute religion. Chaque fois qu’une tradition spirituelle oublie que la foi est un chemin personnel et non un ordre collectif, elle glisse vers la domination. Chaque fois qu’elle confond vérité et pouvoir, elle engendre l’oppression. Chaque fois qu’elle sacralise l’autorité humaine au nom du divin, elle prépare la servitude.
La vraie spiritualité commence là où le pouvoir s’arrête. Elle suppose le risque de la liberté, l’acceptation du doute, le respect du chemin de l’autre. Elle ne peut ni être imposée, ni contrôlée, ni mesurée. Elle relève de l’intime, non de la police. De la conscience, non du tribunal. Du sens, non de la force.
C’est pourquoi toute société qui veut rester humaine doit tracer une frontière claire, non négociable, entre le religieux et le politique. Non pour humilier la foi, mais pour la sauver d’elle-même. Non pour nier Dieu, mais pour empêcher que des hommes s’en proclament les propriétaires.
Là où cette frontière disparaît, le totalitarisme commence toujours. Et là où elle est respectée, l’homme peut enfin respirer, croire ou ne pas croire, chercher, aimer, douter, et rester pleinement humain.
Pour être intellectuellement honnête, il faut appliquer la même grille de lecture à toutes les traditions. Sinon, la critique devient idéologique et non philosophique. Le judaïsme comme le christianisme ne sont pas immunisés contre la tentation totalitaire. Aucun monothéisme ne l’est. Ce qui change, ce ne sont pas les risques, mais les mécanismes par lesquels le glissement peut s’opérer.
Dans le judaïsme, le danger n’est pas d’abord missionnaire ou expansionniste. Il est juridico-théologique. Le judaïsme est une religion de la Loi, et cette Loi n’est pas seulement spirituelle : elle structure la vie quotidienne, le temps, l’alimentation, la sexualité, le rapport au corps, à l’argent, au travail. Tant que cette Loi est vécue comme une alliance libre entre Dieu et l’homme, elle demeure une voie spirituelle exigeante mais non totalitaire. Le basculement commence lorsque cette Loi cesse d’être une pratique volontaire pour devenir un critère d’appartenance politique, identitaire ou étatique.
Le glissement totalitaire apparaît lorsque la Loi religieuse prétend se substituer à la loi civile, lorsque l’autorité rabbinique revendique un pouvoir normatif sur l’ensemble de la société, y compris sur ceux qui ne partagent pas la foi ou ne la vivent pas de la même manière. À ce moment-là, la frontière entre le religieux et le politique se brouille. La norme religieuse devient instrument de contrôle social. L’interprétation se fige. La dissidence interne est perçue comme une menace existentielle. Le pluralisme juif, pourtant historiquement riche, se trouve étouffé par une lecture unique, exclusive, sacralisée.
Dans ce cadre, le totalitarisme ne prend pas la forme d’un universalisme imposé, mais d’un particularisme absolutisé. Il ne cherche pas nécessairement à convertir le monde, mais à enfermer une communauté dans une identité close, sacralisée, juridiquement contrainte. L’individu cesse alors d’être un sujet moral libre ; il devient le dépositaire d’une norme qu’il n’a pas le droit de questionner. Le politique se met à parler le langage de Dieu, et toute critique devient sacrilège.
Le christianisme, lui, porte un risque totalitaire d’une autre nature. Historiquement, il ne s’est pas construit autour de la Loi, mais autour du salut universel. Et c’est précisément cette universalité qui peut devenir dangereuse lorsqu’elle est capturée par le pouvoir. Le glissement s’opère lorsque l’annonce spirituelle se transforme en vérité obligatoire, lorsque l’Église ou l’institution religieuse prétend détenir l’exclusivité du salut, et surtout le droit de l’imposer.
Le christianisme devient totalitaire lorsqu’il cesse d’être une foi proposée pour devenir une foi exigée. Lorsqu’il ne se contente plus de témoigner, mais qu’il contraint. Lorsqu’il ne distingue plus le royaume spirituel du royaume temporel. Dès lors, le pouvoir politique se sacralise, l’autorité religieuse se durcit, la conscience individuelle s’efface derrière l’obéissance. La foi devient discipline. La morale devient coercition. Le salut devient une affaire administrative.
Le mécanisme est toujours le même : la fin justifie les moyens. Sauver les âmes autoriserait alors à contraindre les corps. Corriger l’erreur justifierait la violence. Maintenir l’unité justifierait la répression. Le message d’amour, de liberté intérieure et de responsabilité personnelle se trouve trahi par une machine institutionnelle obsédée par le contrôle.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que le totalitarisme religieux ne dépend pas du contenu initial d’une foi, mais de son rapport au pouvoir. Une religion devient totalitaire non parce qu’elle est monothéiste, mais parce qu’elle refuse toute limite à son autorité. Non parce qu’elle parle de Dieu, mais parce qu’elle prétend parler à la place de Dieu. Non parce qu’elle propose une vérité, mais parce qu’elle interdit toute autre quête de vérité.
À partir du moment où une religion affirme qu’elle doit organiser la totalité de la vie humaine — le droit, la politique, la morale, la culture, la pensée — elle bascule mécaniquement dans le totalitarisme. Elle ne laisse plus d’espace au silence intérieur, à la conscience personnelle, au doute fécond. Elle remplace la foi par l’adhésion, la spiritualité par la conformité, Dieu par l’institution.
La leçon est donc radicale, mais nécessaire : aucune religion n’est dangereuse tant qu’elle accepte de ne pas gouverner. Toutes le deviennent dès qu’elles cherchent à régner. La liberté religieuse n’est pas seulement la liberté de croire ; c’est aussi la liberté de ne pas être gouverné par une croyance. Là où cette distinction disparaît, le sacré se transforme en instrument de domination, et la religion, quelle qu’elle soit, devient un système totalitaire parmi d’autres, un rouleau compresseur contre la vie.
Bernard Raymond Jabre
When Faith Claims to Govern: An Anatomy of Religious Totalitarianism
There exists a deliberate confusion, maintained for decades, between Islam as a spiritual faith lived inwardly by hundreds of millions of men and women, and what is commonly referred to as Islamic totalitarianism, whether Shiite or Sunni. This confusion is not accidental. It allows one to avoid the core issue: what is at stake is not faith itself, but the precise moment when a religion ceases to be a spiritual path and becomes a system of total power—an apparatus of domination that seeks to organize not only the relationship to God, but the totality of human life.
Totalitarianism always begins in the same way. It asserts that it holds an absolute truth—non-negotiable, non-revisable, non-perfectible. From that point onward, any divergence becomes a threat, any freedom a deviation, any autonomous thought a danger. The individual ceases to be a free conscience; he becomes raw material to be shaped, a body to be disciplined, a soul to be subdued.
In Sunni political Islam, this totalitarianism historically took shape around the idea of a return to a fantasized original purity. Power is conceived as the direct executor of divine law—Sharia—which no longer belongs to the realm of spiritual interpretation but to that of coercive application. Radical political Sunnism tolerates neither theological plurality, nor cultural diversity, nor intellectual dissent. Its aim is to homogenize society, to erase differences, to produce a standardized, compliant, obedient human being. Religious authority is diffuse, often carried by self-appointed clerics, yet it invariably converges toward the same objective: controlling behavior, morals, language, dress, and thought. Salvation becomes an instrument of blackmail. The afterlife is used to govern life on earth.
Shiite totalitarianism proceeds differently, but arrives at the same result. It rests upon a far more centralized hierarchical structure, with a clearly identified, sacralized, institutionalized religious authority. Political power is fused with theological authority: to govern is to interpret divine will, and to contest power is to contest God Himself. This fusion produces a system of extreme rigidity, in which the state monitors, regulates, moralizes, and punishes in the name of a transcendent mission. The citizen is never a full citizen; he is a believer under permanent tutelage. His freedom is not a right, but a conditional concession.
The difference between these two forms of totalitarianism is therefore primarily structural, not philosophical. Radical Sunnism tends toward uniformity through social norms and communal pressure; political Shiism tends toward domination through the apparatus of the state and the clergy. But in both cases, the outcome is identical: the disappearance of the free, responsible, autonomous individual.
A system becomes totalitarian when it no longer limits itself to governing laws, but claims to govern consciences—when it no longer merely organizes human coexistence, but seeks to define what people must think, believe, desire, and fear; when it abolishes the boundary between the public and the intimate; when it transforms morality into policing and faith into a disciplinary instrument.
At this point, the demonstration becomes universal, not confined to Islam. Every religion, without exception, the moment it seeks to seize political power, falls into totalitarianism—not by accident, but by internal necessity. A religion that governs cannot accept plurality: it asserts an ultimate truth. It cannot tolerate full freedom: it claims to save souls even against their will. It cannot accept the separation of spheres: it aims at the totality of the human being.
History is relentless on this point. Every time a religion has merged with the state, it has produced censorship, persecution, fear, and submission. Every time it has sought to regulate civil law, it has crushed individual conscience. And every time it has claimed to speak in the name of God in the political realm, it has turned God into an argument of authority, a weapon, a justification for violence.
Faith, when it is free, elevates. When it is imposed, it enslaves. Spirituality, when it remains inward, opens. When it becomes a totalizing institution, it confines. This is not a question of East or West, Shiism or Sunnism, Islam, Christianity, or any other religion. It is an almost mechanical law of human history: the moment a belief claims to govern the totality of human life, it ceases to be a spiritual path and becomes a totalitarian system.
This is precisely why the separation of the religious and the political is not an attack on faith, but rather its condition of survival. Where religion accepts no longer to dominate, it can still illuminate. Where it seeks to rule, it inevitably ends by destroying both others and itself.
One must go further still, for the danger of religious totalitarianism does not lie solely in its visible laws or official institutions. It penetrates more deeply, into the mental structure it produces in those who live under it. Totalitarianism is never merely a regime; it is an anthropology—a way of shaping human beings.
In Islamist systems, Shiite and Sunni alike, the human being is never conceived as an end in himself. He is first a custodian, an executor, a soldier of revealed truth. His value does not derive from conscience, freedom, or the capacity to doubt and create, but from his degree of conformity. The supreme virtue is not inner justice, but obedience. The cardinal sin is not the harm inflicted upon others, but the transgression of religious norm. Thus a fundamental inversion occurs: ethics disappear in favor of dogma.
This is precisely the mechanism that renders these systems totalitarian in the full sense of the term. They do not merely punish acts; they monitor intentions. They do not merely judge crimes; they control thoughts. Suspicion becomes permanent. Informing is encouraged. Silence is often the only means of survival. And fear, slowly, becomes second nature.
In institutionalized Shiite totalitarianism, this fear is rationalized, bureaucratized, embedded in the machinery of the state. It takes the form of courts, moral guardians, religious compliance commissions. In radical Sunni totalitarianism, it is more diffuse, more tribal, yet just as effective: social pressure, the threat of exclusion, sometimes of death, suffice to suffocate dissent. One acts from above, the other from the surrounding environment. One is vertical, the other horizontal. But both encircle the individual until suffocation.
What strikes any honest observer is the structural incapacity of these systems to produce inner peace. They speak incessantly of God, yet live in an obsession with control. They invoke morality, yet function through fear. They claim to defend faith, yet hollow it of its living substance. For an imposed faith is no longer faith—it is discipline.
This must be stated plainly: such totalitarianism does not protect religion; it destroys it. It transforms the sacred into ideology, mystery into regulation, transcendence into political program. It replaces inner quest with external conformity. And in doing so, it produces rigid, anxious, violent societies, incapable of evolving without breaking.
Here the lesson becomes universal and timeless. Religious totalitarianism is not an anomaly of Islam. It is a permanent temptation of every religion. Each time a spiritual tradition forgets that faith is a personal path rather than a collective command, it slides toward domination. Each time it confuses truth with power, it engenders oppression. Each time it sacralizes human authority in the name of the divine, it prepares servitude.
True spirituality begins where power ends. It presupposes the risk of freedom, the acceptance of doubt, respect for the path of the other. It can neither be imposed, nor controlled, nor measured. It belongs to intimacy, not to policing; to conscience, not to tribunals; to meaning, not to force.
This is why any society that wishes to remain human must draw a clear, non-negotiable boundary between the religious and the political—not to humiliate faith, but to save it from itself; not to deny God, but to prevent men from proclaiming themselves His owners.
Where that boundary disappears, totalitarianism always begins. And where it is respected, human beings can finally breathe, believe or not believe, seek, love, doubt—and remain fully human.
To be intellectually honest, the same analytical framework must be applied to all traditions. Otherwise, critique becomes ideological rather than philosophical. Judaism and Christianity are no more immune to the totalitarian temptation than Islam. No monotheism is. What differs are not the risks, but the mechanisms through which the slide can occur.
In Judaism, the danger is not primarily missionary or expansionist; it is juridico-theological. Judaism is a religion of Law, and that Law is not merely spiritual: it structures daily life—time, diet, sexuality, the relationship to the body, money, and work. As long as this Law is lived as a free covenant between God and man, it remains a demanding but non-totalitarian spiritual path. The tipping point comes when this Law ceases to be a voluntary practice and becomes a criterion of political, identitarian, or state belonging.
The totalitarian drift appears when religious law seeks to replace civil law, when rabbinical authority claims normative power over the entire society, including those who do not share the faith or live it differently. At that moment, the boundary between religion and politics collapses. Religious norm becomes an instrument of social control. Interpretation hardens. Internal dissent is perceived as an existential threat. Jewish pluralism—historically rich—is stifled by a single, exclusive, sacralized reading.
In this framework, totalitarianism does not take the form of imposed universalism, but of absolutized particularism. It does not necessarily seek to convert the world, but to imprison a community within a closed, sacralized, juridically constrained identity. The individual ceases to be a free moral subject; he becomes the bearer of a norm he is forbidden to question. Politics begins to speak the language of God, and any critique becomes sacrilege.
Christianity carries a different type of totalitarian risk. Historically, it was not built around Law, but around universal salvation. And it is precisely this universality that can become dangerous when captured by power. The slide occurs when spiritual proclamation turns into obligatory truth, when the Church or religious institution claims exclusive possession of salvation—and above all, the right to impose it.
Christianity becomes totalitarian when it ceases to be a faith proposed and becomes a faith demanded; when it no longer bears witness but constrains; when it no longer distinguishes the spiritual kingdom from the temporal one. Political power then becomes sacralized, religious authority hardens, individual conscience dissolves into obedience. Faith becomes discipline. Morality becomes coercion. Salvation becomes an administrative affair.
The mechanism is always the same: the end justifies the means. Saving souls would then authorize coercing bodies. Correcting error would justify violence. Preserving unity would justify repression. The message of love, inner freedom, and personal responsibility is betrayed by an institutional machine obsessed with control.
What must be understood is that religious totalitarianism does not depend on the original content of a faith, but on its relationship to power. A religion becomes totalitarian not because it is monotheistic, but because it refuses any limit to its authority; not because it speaks of God, but because it claims to speak in God’s place; not because it proposes a truth, but because it forbids any other search for truth.
From the moment a religion claims to organize the totality of human life—law, politics, morality, culture, thought—it mechanically tips into totalitarianism. It leaves no space for inner silence, personal conscience, fertile doubt. It replaces faith with adherence, spirituality with conformity, God with institution.
The lesson is therefore radical, but necessary: no religion is dangerous so long as it accepts not to govern. All become so the moment they seek to rule. Religious freedom is not only the freedom to believe; it is also the freedom not to be governed by a belief. Where that distinction disappears, the sacred is transformed into an instrument of domination, and religion—whatever its name—becomes yet another totalitarian system, a steamroller against life.
Bernard Raymond Jabre



