samedi, février 21, 2026

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Quel avenir pour les minorités religieuses en Syrie après la chute de Bachar al-Assad ?

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Pendant des décennies, le régime de Bachar al-Assad a été perçu par de nombreuses minorités religieuses syriennes, notamment les chrétiens et les alaouites, comme un rempart contre les forces islamistes radicales. Ces communautés, bien que parfois critiques à l’égard du régime, bénéficiaient d’une protection implicite dans un système qui promouvait la centralisation et l’autoritarisme au détriment des mouvements islamistes. Avec la chute d’Assad, cette protection disparaît, laissant les minorités face à une incertitude totale.

Pour les alaouites, la chute d’Assad représente un basculement historique. Avant l’arrivée au pouvoir de Hafez al-Assad en 1971, les alaouites étaient considérés comme une communauté marginalisée, reléguée à des positions sociales et économiques inférieures. Sous le régime Assad, leur intégration dans les structures militaires et sécuritaires leur avait permis de sortir de cette marginalisation. Aujourd’hui, avec la chute du régime, ils se retrouvent exposés à une montée des violences confessionnelles, souvent alimentées par des groupes islamistes.

Les précédents historiques de massacres de minorités par les islamistes
La Syrie a une longue histoire de violences confessionnelles, exacerbées par les idéologies extrémistes. Avant même la guerre civile actuelle, les groupes islamistes avaient souvent pris pour cible les minorités religieuses. Dans les années 1980, les Frères musulmans, alors en rébellion contre le régime d’Hafez al-Assad, avaient mené des attaques meurtrières contre des communautés alaouites, considérées comme les piliers du régime. Ces violences ont culminé avec des massacres dans plusieurs villages alaouites.

Au XIXe siècle déjà, les minorités syriennes avaient été confrontées à des persécutions massives. En 1860-1861, un conflit sanglant avait éclaté entre les Druzes et les chrétiens au Mont-Liban et à Damas. Ces violences avaient conduit à l’intervention humanitaire de la France, sous Napoléon III, qui avait envoyé une expédition militaire pour protéger les chrétiens maronites. À Damas, le célèbre émir algérien Abdelkader, réfugié en Syrie après sa lutte contre les Français, avait joué un rôle clé en protégeant des milliers de chrétiens menacés par les émeutiers. Son action courageuse, saluée par les chrétiens et musulmans, reste un symbole fort de coexistence religieuse dans une région souvent marquée par des tensions confessionnelles.

De même, au cours de la guerre civile syrienne débutée en 2011, les attaques contre les chrétiens se sont intensifiées. Des églises ont été détruites, des villages entiers vidés de leurs habitants, et des prêtres enlevés ou assassinés. Ces actes de violence, souvent perpétrés par des factions islamistes comme Al-Nosra ou l’État islamique, ont renforcé les craintes des minorités sur leur avenir dans une Syrie dominée par des idéologies extrêmes.

Ces massacres historiques et récents rappellent les défis persistants auxquels font face les minorités religieuses en Syrie, où l’effondrement d’un pouvoir central ouvre la voie à des représailles et à des violences systématiques.

Hayat Tahrir al-Sham (HTS) et les ambitions islamistes
La montée en puissance de groupes islamistes tels que Hayat Tahrir al-Sham (HTS) ajoute aux inquiétudes des minorités. Bien que HTS ait tenté de lisser son discours pour apparaître comme une force politique modérée, son héritage en tant qu’ex-Al-Nosra, affilié à Al-Qaïda, suscite de vives craintes. Ces factions, qui dominent certaines régions comme Idlib, imposent déjà une gouvernance basée sur une interprétation stricte de la charia, limitant les droits des minorités religieuses et des femmes.

Cette stratégie rappelle celle des talibans en Afghanistan, qui ont initialement cherché à se montrer politiquement acceptables avant de durcir leur régime. Une évolution similaire pourrait survenir en Syrie, où les groupes islamistes utilisent un discours modéré pour consolider leur pouvoir avant d’instaurer un ordre radical incompatible avec la diversité religieuse du pays.

Les minorités chrétiennes face à l’exode et à la marginalisation
Les chrétiens de Syrie, présents depuis les premiers siècles du christianisme, voient leur avenir sérieusement menacé. Depuis le début du conflit, des centaines de milliers de chrétiens ont quitté le pays, réduisant considérablement leur présence démographique. Cet exode s’accélère avec la chute d’Assad, alors que les zones où ils vivaient traditionnellement, comme Homs et Alep, sont désormais soit en ruines, soit sous le contrôle de groupes hostiles.

Ceux qui restent craignent non seulement une marginalisation politique, mais aussi des représailles ou des restrictions sur leur pratique religieuse. Dans certaines régions contrôlées par des islamistes, des taxes spéciales, connues sous le nom de djizîa, sont imposées aux non-musulmans, renforçant un climat d’insécurité et de discrimination.

Les alaouites face à un risque de représailles
Les alaouites, souvent assimilés à tort à un soutien monolithique au régime Assad, se retrouvent dans une situation critique. Bien qu’ils aient constitué le pilier confessionnel du régime, tous les alaouites ne partageaient pas les politiques d’Assad. Pourtant, cette association historique les expose à des risques accrus de représailles, notamment de la part des factions armées islamistes qui considèrent les alaouites comme des hérétiques.

Dans certaines zones où le régime a perdu le contrôle, des massacres ciblés contre des villages alaouites ont été signalés, renforçant les craintes d’un nettoyage confessionnel. Cette menace pousse de nombreux membres de la communauté alaouite à se replier dans leurs bastions traditionnels, notamment dans les montagnes côtières, où ils espèrent se protéger contre de potentielles représailles.

Un avenir incertain pour les droits des minorités
L’absence de garanties constitutionnelles et d’un cadre politique inclusif après la chute d’Assad complique la protection des droits des minorités. Dans un contexte où l’opposition politique est dominée par des factions islamistes et où la fragmentation militaire est omniprésente, l’instauration d’un système garantissant la liberté de culte et l’égalité des droits semble hors de portée.

Les efforts pour inclure les minorités dans les négociations internationales sont jusqu’ici restés limités, et l’absence de consensus parmi les puissances internationales sur l’avenir de la Syrie ajoute à cette marginalisation.

Perspectives pour les minorités syriennes
Pour les minorités religieuses et ethniques, l’avenir en Syrie semble dépendre de trois scénarios principaux. Le premier est une guerre civile prolongée, où elles seraient exposées à une insécurité chronique. Le deuxième est une fragmentation du pays, permettant à certaines communautés de se regrouper dans des zones autonomes, bien que cette solution comporte également des risques de ségrégation et de tensions intercommunautaires. Enfin, le troisième scénario, moins probable à court terme, est l’instauration d’un système inclusif soutenu par un consensus international, où les droits des minorités seraient protégés.

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