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Réserves en devises du Liban : une économie au bord du gouffre

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Un seuil critique franchi dans l’urgence

En ce 1er septembre 2025, le Liban fait face à une crise économique d’une gravité sans précédent, marquée par une chute alarmante de ses réserves en devises étrangères. Les réserves effectives de la Banque du Liban (BDL), hors or, sont tombées sous la barre des 7,5 milliards de dollars, un niveau jugé critique par les économistes. Ce montant ne permet de couvrir qu’environ trois mois d’importations de produits essentiels, comme les carburants, les denrées alimentaires et les médicaments. Cette situation place le pays dans une position de vulnérabilité extrême, incapable de répondre durablement aux besoins de sa population. Depuis l’automne 2019, le Liban est englué dans une crise multidimensionnelle combinant effondrement bancaire, dévaluation monétaire, paralysie politique et tensions géopolitiques. « Nous sommes dans une impasse financière », déclare un économiste de l’Université américaine de Beyrouth. Les réserves, qui dépassaient 30 milliards de dollars avant la crise, ont fondu à une vitesse alarmante, révélant l’ampleur du désastre économique.

Les causes profondes d’une hémorragie financière

La dégringolade des réserves en devises s’explique par une série de facteurs structurels et conjoncturels. Le Liban importe environ 80 % de ses besoins en biens de consommation, avec des dépenses mensuelles estimées à 1,5 milliard de dollars en 2025. Ces importations incluent 40 % pour les carburants, 30 % pour les denrées alimentaires comme le blé, et 20 % pour les produits pharmaceutiques. La dévaluation massive de la livre libanaise, qui a perdu plus de 98 % de sa valeur depuis 2019, a multiplié le coût de ces importations. En janvier 2023, le taux de change sur le marché parallèle atteignait 140 000 livres pour un dollar, avant de se stabiliser à environ 89 500 livres en 2025 grâce à des interventions de la BDL, qui ont englouti des millions de dollars de réserves.

La crise bancaire, déclenchée en 2019, a amplifié cette érosion. Les banques commerciales, confrontées à une crise de liquidités, ont gelé les dépôts en devises, empêchant les Libanais d’accéder à leurs économies en dollars. Cette mesure a brisé la confiance dans le système financier, poussant les citoyens vers le marché noir. « Les banques sont devenues des coffres-forts vides », déplore un ancien gouverneur de la BDL. Les interventions de la banque centrale pour stabiliser la livre, via la plateforme Sayrafa, ont coûté cher, réduisant les réserves utilisables à un niveau historiquement bas.

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Les politiques monétaires controversées ont également joué un rôle clé. Entre 2019 et 2022, la BDL a mis en place des mécanismes d’ingénierie financière, parfois qualifiés de « pyramide de Ponzi », pour maintenir artificiellement la parité de la livre. Ces opérations, impliquant des échanges de dettes en livres contre des Eurobonds, ont drainé environ 2 milliards de dollars de réserves. De plus, les subventions sur les importations de produits essentiels, instaurées pour atténuer l’impact de la crise, ont absorbé 6 milliards de dollars par an en 2021, un rythme insoutenable qui a conduit à leur réduction progressive à partir de 2022, au prix d’une flambée des prix.

Les tensions géopolitiques et les sanctions internationales ont aggravé la situation. Les restrictions visant certains acteurs politiques libanais, en raison de leurs liens présumés avec des organisations sous sanctions, ont dissuadé les investisseurs étrangers. Les remises de la diaspora, qui représentaient 7 milliards de dollars par an avant la crise, ont chuté à environ 6 milliards en 2024, bien qu’elles restent une source essentielle de devises. Les affrontements à la frontière sud avec Israël en 2024 ont perturbé les chaînes logistiques, augmentant le coût des importations.

Une population confrontée à des pénuries dramatiques

La faiblesse des réserves en devises a des répercussions directes sur la vie quotidienne des Libanais. Les stations-service, souvent à court de carburant, imposent des restrictions strictes, avec des files d’attente pouvant durer des heures. Les pharmacies signalent des ruptures de stock pour des médicaments essentiels, notamment pour les maladies chroniques comme le diabète ou l’hypertension. En 2025, les hôpitaux publics, sous-financés, peinent à importer des équipements médicaux, tandis que les écoles publiques réduisent leurs activités. Selon les estimations des Nations unies, 74 % de la population vit sous le seuil de pauvreté en 2024, contre 25 % en 2019.

La crise bancaire alimente un désespoir croissant. Les restrictions sur les retraits, limités à environ 400 dollars par mois, ont poussé certains déposants à des actes extrêmes. Depuis 2022, des incidents de « révolte des déposants » ont vu des citoyens prendre d’assaut des banques pour récupérer leurs économies, souvent avec des armes factices. « Nous voulons juste notre argent pour survivre », déclare un manifestant lors d’un rassemblement à Beyrouth en février 2025. Ces scènes traduisent une frustration généralisée face à un système financier en ruine.

Sur le plan macroéconomique, la chute des réserves fragilise la confiance des investisseurs. En 2020, le Liban a fait défaut sur ses Eurobonds, une première dans son histoire. La dette publique, estimée à 100 milliards de dollars en 2025, représente environ 550 % du PIB, évalué à 18 milliards de dollars. Les agences de notation, comme Moody’s, ont dégradé la note souveraine du Liban à plusieurs reprises, le classant parmi les pays à haut risque de défaut. Cette situation complique l’accès aux marchés financiers internationaux, obligeant le pays à s’endetter à des taux prohibitifs.

Les pistes de sortie de crise et leurs obstacles

Les autorités libanaises explorent plusieurs solutions pour reconstituer les réserves en devises, mais les défis sont immenses. Les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), entamées en 2020, constituent une piste majeure. En 2022, un accord préliminaire prévoyait un prêt de 3 milliards de dollars, conditionné à des réformes : recapitalisation des banques, levée des subventions, et lutte contre la corruption. Cependant, ces réformes se heurtent à des blocages politiques. L’absence d’un gouvernement stable depuis les élections de 2022, combinée aux rivalités entre factions, paralyse toute avancée. « Le temps presse pour éviter un effondrement total », avertit un représentant du FMI en juillet 2025.

Les remises de la diaspora restent une bouée de sauvetage. En 2024, elles ont généré environ 6 milliards de dollars, mais leur impact est limité par les restrictions bancaires et la méfiance envers le système financier. Des initiatives, comme la création de comptes en dollars à l’étranger pour les expatriés, ont été proposées, mais leur mise en œuvre demeure lente. « La diaspora veut aider, mais elle a besoin de garanties », explique un analyste économique basé à Beyrouth.

Les réformes internes, comme la restructuration du secteur bancaire, sont cruciales. Un rapport de 2023 estimait les pertes bancaires à 70 milliards de dollars, nécessitant une recapitalisation massive. La levée progressive des subventions sur le carburant et l’électricité, amorcée en 2022, a permis d’économiser environ 2 milliards de dollars par an, mais elle a accentué la pression sur les ménages. La lutte contre la corruption, souvent citée comme un obstacle majeur, reste au point mort, les élites politiques étant accusées de protéger leurs intérêts.

Le rôle de la communauté internationale

La communauté internationale tente de soutenir le Liban, mais ses efforts sont limités par l’absence de réformes. La France, qui a organisé plusieurs conférences des donateurs depuis 2018, a promis 1 milliard d’euros d’aide en 2024, principalement pour des projets humanitaires. Ces fonds, souvent versés sous forme de dons directs pour éviter la corruption, ne suffisent pas à combler le déficit de devises. Les États-Unis et l’Union européenne conditionnent leur aide à des progrès dans la gouvernance, une exigence difficile à satisfaire dans le contexte actuel.

Les tensions géopolitiques compliquent l’équation. Les sanctions visant certains acteurs libanais, en raison de leurs liens présumés avec des organisations comme le Hezbollah, dissuadent les investisseurs. Les affrontements à la frontière sud avec Israël, intensifiés en 2024, ont perturbé les importations, augmentant les coûts logistiques. « Le Liban est pris dans un étau régional », note un diplomate européen. Ces facteurs externes réduisent les chances d’un afflux rapide de devises.

Les défis d’une relance économique

La reconstitution des réserves en devises nécessitera une mobilisation sans précédent. Les négociations avec le FMI restent la principale piste, mais leur succès dépend de la formation d’un gouvernement capable d’appliquer des réformes. La recapitalisation du secteur bancaire, estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars, exige un consensus politique difficile à atteindre. Les remises de la diaspora, bien que cruciales, ne peuvent compenser l’absence de réformes structurelles.

Le potentiel économique du Liban, notamment dans le tourisme et les énergies renouvelables, reste sous-exploité. Avant 2019, le tourisme générait environ 8 milliards de dollars par an, mais le secteur est à l’arrêt en raison de la crise et des tensions régionales. Des projets d’exploration gazière en mer, lancés en 2023, suscitent un espoir prudent, mais leur impact ne se concrétisera qu’à long terme. « Nous avons les ressources, mais pas la volonté politique », regrette un entrepreneur libanais.

La population, confrontée à des pénuries quotidiennes, exprime une frustration croissante. Les manifestations, bien que moins fréquentes qu’en 2019, continuent d’éclater, notamment à Tripoli et à Saïda. « Nous survivons à peine », confie un commerçant de Beyrouth, confronté à la hausse des prix et aux ruptures de stock. Ces témoignages traduisent une réalité brutale : sans un redressement rapide des réserves en devises, le Liban risque de s’enfoncer davantage dans la crise.

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Newsdesk Libnanews
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