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Résilience sous contraintes : les entreprises libanaises face à la crise

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Le Lebanese Economic Observatory a récemment publié un classement inédit des cinquante entreprises libanaises considérées comme les plus résilientes depuis le début de la crise économique. Fondé sur trois critères — stabilité de la trésorerie, maintien des effectifs et diversification de l’offre — ce palmarès met en évidence des cas d’adaptation stratégique. En tête figurent Ogero, Liban Lait et Fransabank. Mais derrière ces performances affichées se cache une réalité plus complexe, notamment pour les établissements bancaires, dont la gestion de la crise reste très critiquée par les clients.

Un palmarès structuré autour de trois critères

Le classement repose sur une méthodologie fondée sur des indicateurs quantitatifs et qualitatifs. Les analystes du Lebanese Economic Observatory ont évalué les entreprises sur leur capacité à stabiliser leur trésorerie (40 % du score), à maintenir ou créer des emplois (35 %) et à diversifier leur portefeuille d’activités (25 %). Ce triptyque vise à mesurer la robustesse à long terme plutôt que la simple survie.

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Ogero, opérateur public de télécommunications, occupe la première place grâce à une continuité de service malgré l’effondrement infrastructurel. Liban Lait suit avec une performance remarquable dans l’agroalimentaire. Fransabank, première banque du classement, est distinguée pour sa gestion conservatrice de la liquidité. Mais ce point soulève d’importantes réserves sur les critères retenus et leur compatibilité avec l’expérience réelle des usagers.

Classement des 15 premières entreprises selon la Lebanese Economic Observatory :

  1. Ogero (Télécommunications)
  2. Liban Lait (Agroalimentaire)
  3. Fransabank (Banque)
  4. Khoury Home (Distribution)
  5. IPT Group (Énergie)
  6. SGBL (Banque)
  7. Sanita (Hygiène et emballage)
  8. Touch (Télécommunications)
  9. Zaatar w Zeit (Restauration)
  10. Byblos Bank (Banque)
  11. Debbane Agri (Agro-industrie)
  12. Fattal Group (Distribution et logistique)
  13. Alfa (Télécommunications)
  14. ABC (Commerce de détail)
  15. Daher Foods (Agroalimentaire)

Les banques dans la tourmente de la défiance

La présence de trois grandes banques dans les quinze premières places — Fransabank, SGBL et Byblos Bank — suscite de nombreuses réactions. Ces établissements sont aujourd’hui au cœur d’une crise de confiance aiguë, après avoir imposé des restrictions sévères à leurs clients depuis 2019. Les plafonds de retrait en devises, les interdictions de transfert à l’étranger même pour des raisons médicales ou éducatives, et le gel arbitraire de comptes ont profondément altéré la relation entre les banques et les déposants.

Cette réalité contraste avec l’image de résilience projetée par le classement. Si la stabilité de la trésorerie bancaire a été préservée, c’est en grande partie grâce à une rétention massive des dépôts et à des pratiques de contrôle rigoureux, souvent au détriment des droits des clients. La survie institutionnelle s’est faite aux frais de l’accessibilité, de la transparence et de la justice contractuelle. Plusieurs associations de consommateurs et de juristes estiment que ces pratiques relèvent d’un abus de position dominante, facilité par l’absence de régulation efficace.

Une résilience mesurée à l’aune de la structure, non de l’éthique

Le scoring appliqué par l’Observatory ne prend pas en compte la satisfaction des usagers, ni la conformité aux engagements contractuels ou à la mission de service public dans le cas des banques. Ce biais méthodologique favorise des entreprises solides financièrement, mais contestées dans leur fonctionnement. Les banques, en verrouillant l’accès aux devises et en sélectionnant les bénéficiaires selon des critères opaques, ont exclu une grande partie de la population de l’économie monétaire.

Des centaines de milliers de clients ont vu leurs économies figées, leurs transferts bloqués et leur accès aux liquidités conditionné à des procédures aléatoires. Cette situation a nourri un sentiment d’abandon et d’injustice, encore vivace dans de nombreuses régions. La présence de ces établissements dans le haut du classement est perçue par certains comme une légitimation indirecte de pratiques délétères.

Un débat sur la représentativité du classement

Le palmarès publié par le Lebanese Economic Observatory offre une photographie utile mais incomplète du tissu économique. Il privilégie les structures enregistrées, disposant de bilans certifiés et de canaux de financement formels. Or, dans un Liban où l’économie informelle représenterait près de 44 % du PIB, selon des estimations non officielles, cette méthodologie écarte de facto une large part de l’activité réelle.

Les petits commerçants, artisans, coopératives et services informels, qui assurent une partie significative de la résilience économique quotidienne, sont invisibles dans ce classement. Cette omission limite la portée analytique de l’exercice et alimente la critique d’un palmarès « institutionnel », déconnecté de la réalité des marges.

Une lecture sectorielle des résistances

Le classement met néanmoins en lumière des dynamiques sectorielles intéressantes. Les télécommunications dominent grâce à la continuité de l’activité et à la demande soutenue. L’agroalimentaire et la distribution, malgré les tensions logistiques, ont su maintenir leurs chaînes de valeur. Certains groupes comme Khoury Home ou Fattal ont misé sur la régionalisation et la gestion en circuit court pour traverser la tempête.

Les services bancaires, à l’inverse, doivent leur place non à une performance opérationnelle orientée client, mais à une gestion défensive centrée sur la préservation de leur propre stabilité. Cette asymétrie interpelle. Elle appelle à un affinement des critères pour prendre en compte la qualité de la relation avec les clients et la contribution au tissu économique local.

Vers un modèle de mesure plus équilibré

La publication de ce classement ouvre un chantier plus large : celui d’une refondation des indicateurs de performance économique dans un contexte de crise prolongée. Il ne s’agit plus seulement de mesurer la solidité financière, mais aussi la légitimité sociale, l’ancrage territorial, et la capacité à concilier stabilité et équité.

L’avenir de l’économie libanaise ne peut reposer uniquement sur quelques grandes entités structurées. Il dépendra aussi de la reconnaissance des acteurs invisibles, du soutien aux microstructures, et d’une réintégration de l’informel dans les logiques de développement. Ce palmarès, en révélant certaines forces, rappelle aussi les angles morts d’un système économique encore fragmenté.

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Newsdesk Libnanews
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