lundi, février 23, 2026

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Rétrospective 2025: les disparitions qui ont fermé un chapitre et obligé le monde à relire son époque

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Une année d’adieux, pas un inventaire

2025 a produit une suite de décès qui ne relèvent pas seulement de la rubrique nécrologique. Certaines disparitions ont eu un statut d’événement, parce qu’elles ont cristallisé des débats déjà ouverts:le rapport à la célébrité, l’autorité morale, le poids des décisions politiques, la place de la culture comme langue commune. Une rétrospective sérieuse ne doit pas empiler des noms; elle doit éclairer pourquoi un décès a compté, ce qu’il a réveillé, ce qu’il a déplacé.

Ce papier suit un principe simple:commencer par les décès les plus récents, remonter le fil de l’année, et replacer chaque figure dans ce qu’elle a représenté. Il s’agit de faits, d’héritages, de contextes. Pas de fiction, pas d’effets faciles. Et, quand le Liban apparaît, ce n’est pas par décor:2025 y a été une année de fatigue morale, où les morts culturelles et médiatiques ont parfois été vécues comme la perte d’un langage commun.

DÉCEMBRE:la fin d’année comme révélateur

Brigitte Bardot, 28 décembre 2025:icône mondiale, mémoire disputée

La mort de Brigitte Bardot, le 28 décembre 2025, clôt l’année comme une image de cinéma. Rarement une figure aura autant dépassé sa filmographie. Bardot a incarné, à la fin des années 1950 et au début des années 1960, un basculement de la célébrité:la star ne se contente plus d’être un visage; elle devient un symbole. La France exporte alors une modernité de mœurs, un rapport au corps, une manière de vivre la presse et le scandale. “Bardot” devient un mot qui circule plus vite que les titres de ses films. Sa notoriété est d’autant plus puissante qu’elle n’est pas seulement artistique:elle est sociologique, presque anthropologique.

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Cette place dans l’imaginaire collectif a produit un paradoxe durable:la fascination n’a jamais cessé, même lorsque la société a changé de codes. Le départ de Bardot du cinéma, au début des années 1970, n’a pas été une disparition; c’était une mue. Elle se réoriente vers la cause animale et installe, sur plusieurs décennies, un militantisme structuré, visible, parfois efficace, qui finit par occuper l’essentiel de son image publique. C’est une trajectoire rare:passer de l’icône des écrans à la militante, en conservant une capacité de mobilisation.

Mais sa fin de parcours a aussi été marquée par des polémiques, et c’est ce qui explique pourquoi sa disparition ne produit pas un hommage unanime. En 2025, la mémoire collective ne fonctionne plus comme un bloc:elle trie, elle discute, elle refuse d’additionner sans nuance. Bardot illustre ce moment contemporain où l’on peut reconnaître un impact culturel majeur, saluer un engagement pour une cause, et en même temps refuser l’absolution morale automatique. La mort, ici, n’efface pas le débat; elle le rend frontal, parce qu’elle oblige à dire clairement ce que l’on retient, et ce que l’on condamne.

Dans un pays comme le Liban, Bardot n’a pas besoin d’un lien biographique artificiel pour exister dans une rétrospective. Elle tient par un fait culturel:elle fait partie de ces icônes françaises dont l’image a longtemps circulé, par la francophonie, par l’écran, par une certaine idée de la France, y compris quand la politique libanaise se fragmentait. Sa disparition, à la toute fin de 2025, agit comme un repère chronologique, mais aussi comme un miroir:qu’est-ce qu’une société fait de ses icônes, quand l’héritage est à la fois admiré et contesté?

Walid Al-Alaili, 20 décembre 2025:la télévision libanaise perd un repère populaire

Le 20 décembre 2025, l’acteur libanais Walid Al-Alaili meurt à 65 ans. Sa disparition touche un point sensible:au Liban, la télévision et la fiction ont longtemps été une scène nationale de substitution. Elles créaient une familiarité collective dans un pays où l’espace public est morcelé. La mort d’un acteur de télévision, dans ce contexte, n’est pas seulement une perte artistique; c’est la disparition d’un visage qui appartenait au quotidien.

Ce type de deuil dit quelque chose de la société libanaise:quand l’État ne produit plus de récit commun, la culture populaire devient une langue partagée. Les acteurs deviennent des repères, pas parce qu’ils sont “grands” au sens académique, mais parce qu’ils ont accompagné des années de vie. En 2025, le pays accumule les crises, la fatigue économique, la tension sociale. Dans cette atmosphère, perdre une figure de l’écran revient à perdre une part de normalité.

NOVEMBRE:le politique et ses ombres longues

Dick Cheney, 3 novembre 2025:l’Amérique post-11-Septembre, la doctrine qui survit à ses architectes

Dick Cheney meurt le 3 novembre 2025, à 84 ans. Il reste l’une des figures les plus clivantes de la politique américaine contemporaine, parce que son nom est associé à une période qui a transformé le monde:la réponse des États-Unis après le 11-Septembre, la priorité absolue donnée au paradigme sécuritaire, la guerre en Irak, et l’extension de dispositifs d’exception au nom de la lutte contre le terrorisme.

La mort de Cheney ne “ferme” pas le dossier; elle rouvre la lecture d’une époque. Ses partisans voient en lui un homme de l’appareil, de la sécurité nationale, convaincu que la puissance protège. Ses adversaires le considèrent comme un architecte d’excès stratégiques et juridiques, et comme l’un des responsables d’un déséquilibre durable au Moyen-Orient. Ce qui frappe, en 2025, c’est l’absence d’apaisement:les débats sur la frontière entre sécurité et libertés, sur la légitimité des guerres préventives, sur la surveillance, n’ont pas disparu. Ils ont changé de forme, d’outils, d’ennemis déclarés, mais l’ossature demeure.

Dans la région, la disparition de Cheney n’est pas un deuil au sens émotionnel. C’est un moment de mémoire politique, presque un rappel historique. Elle renvoie à un cycle de violence, d’instabilité, de reconfigurations, dont les sociétés du Moyen-Orient ont payé le prix. Une rétrospective de 2025 ne peut ignorer cette dimension:certains morts sont des personnes; d’autres sont des symboles qui réactivent des procès d’époque.

Zaher al-Khatib, 18 novembre 2025:un ancien du jeu politique libanais, entre institutions et combats

Le 18 novembre 2025, Zaher al-Khatib meurt à 85 ans. Ancien député et ministre, il appartient à ces figures dont la trajectoire raconte un Liban où la politique se pensait encore à travers des combats et des appartenances qui structuraient l’espace public. Sa disparition n’a pas le retentissement mondial d’un dirigeant occidental, mais elle compte dans une rétrospective libanaise parce qu’elle renvoie à l’usure du champ institutionnel.

Dans un pays où l’État s’est délité sans disparaître, la mort d’anciens responsables politiques fonctionne souvent comme un rappel:il y a eu des périodes où la politique, même conflictuelle, produisait des trajectoires lisibles. En 2025, cette lisibilité est devenue rare. Les hommages, comme les critiques, parlent autant de l’homme que d’une époque qui s’éloigne.

OCTOBRE:au Liban, la perte des voix médiatiques et de la culture populaire

Bassam Barrak, 27 octobre 2025:la parole tenue comme valeur publique

Bassam Barrak meurt le 27 octobre 2025, à 53 ans. Sa disparition dépasse le cercle des médias parce qu’il incarnait une forme de présence à l’antenne où la langue, la mesure, la tenue comptent autant que l’information brute. Dans un paysage médiatique libanais fragilisé par la crise économique, par la polarisation, par l’érosion de la confiance, ce type de figure agit comme un repère.

La mort d’un journaliste n’est jamais neutre dans un pays qui vit avec la pression politique, la violence symbolique, et l’incertitude économique. Elle rappelle une idée simple:la forme fait partie du fond. Dire clairement, sans excès, sans hystérie, sans servir de caisse de résonance à la propagande, est devenu un acte professionnel, mais aussi un acte civique.

Talih Hamdan, octobre 2025:le zajal comme mémoire vivante

Talih Hamdan meurt en octobre 2025. Sa disparition réactive un lien souvent sous-estimé:au Liban, le zajal n’est pas un folklore décoratif. C’est une tradition de joute poétique, d’éloquence populaire, où la société se raconte et se critique, parfois plus librement que dans les institutions. Quand le politique se fige, la culture orale garde une capacité de commentaire immédiat.

La mort d’un grand nom du zajal dit quelque chose d’un pays où les crises ont rétréci les espaces de joie collective. Ce type de perte n’est pas seulement culturelle; elle touche à la sociabilité. Elle rappelle que la culture populaire est parfois l’un des derniers lieux où un peuple se reconnaît sans passer par les étiquettes partisanes.

JUILLET:deux mondes en deuil, la musique comme langue universelle

Ziad Rahbani, 26 juillet 2025:le Liban perd une intelligence satirique centrale

Ziad Rahbani meurt le 26 juillet 2025. Pour le Liban, c’est une disparition structurante, parce que Rahbani n’était pas seulement un musicien. Il a été un dramaturge, un satiriste, un observateur cruel et exact des hypocrisies nationales. Son œuvre a posé, avec un humour parfois noir, une question politique permanente:qu’est-ce qu’un pays fait quand il refuse de se regarder en face?

Rahbani a construit une langue. Une langue de théâtre, une langue musicale, une langue de rue, un mélange de registres qui permettait de dire des vérités que l’espace public institutionnel n’osait pas dire. Il a aussi occupé une place particulière dans la culture libanaise parce qu’il reliait plusieurs mondes:la tradition musicale, l’expérimentation, la satire sociale, la critique politique. Dans un pays où la crise a souvent étouffé la production culturelle, son influence était un rappel que l’intelligence peut être populaire.

Sa mort, en 2025, est vécue comme un appauvrissement symbolique. Elle touche une société déjà épuisée, qui a perdu beaucoup de repères depuis 2019. Et elle pose une question sans consolation:qui, demain, aura la même capacité de tenir ensemble la musique, la satire, et le diagnostic social sans tomber dans la morale ou la propagande?

Ozzy Osbourne, 22 juillet 2025:la fin d’un mythe rock, la clôture d’un imaginaire

Ozzy Osbourne meurt le 22 juillet 2025, à 76 ans. Pour le monde anglo-saxon, et pour la culture pop globale, c’est la disparition d’un symbole qui dépasse de loin la musique. Osbourne a été l’un des visages du heavy metal, un genre qui n’a pas seulement produit des sons, mais une esthétique, des codes, une mythologie.

Son histoire est aussi celle de la célébrité contemporaine:excès, fragilités, mises en scène, résilience. On a souvent résumé Osbourne à un personnage outrancier; ce serait oublier qu’il a incarné, pour des générations, un espace de transgression et d’appartenance. Sa mort, en 2025, est l’un de ces repères qui indiquent que l’ère des grandes figures rock du XXe siècle se referme progressivement, laissant place à une industrie culturelle plus fragmentée, moins incarnée, plus algorithmique.

JUIN:le génie pop et la fragilité, une même histoire

Brian Wilson, 11 juin 2025:la fabrique du son moderne, l’art du studio

Brian Wilson meurt le 11 juin 2025, à 82 ans. Il reste l’une des figures majeures de la musique populaire américaine, non seulement pour des chansons, mais pour une idée:le studio comme instrument. Wilson a contribué à transformer la pop en architecture sonore, à une époque où l’on enregistrait encore comme on capturait une performance.

Sa disparition, en 2025, rappelle un fait:le génie artistique est souvent lié à une fragilité. La trajectoire de Wilson a été marquée par des difficultés personnelles, des périodes d’isolement, des combats intimes. La rétrospective n’a pas à romantiser la souffrance; elle peut simplement constater que l’œuvre s’est construite avec des tensions, et que c’est aussi ce qui la rend durable.

Dans un monde où la musique est désormais consommée par flux, playlists et extraits, la mort de Wilson renvoie à une époque où l’on parlait d’albums comme d’un monde, et où la création était pensée comme un geste d’atelier, presque artisanal.

MAI:la politique comme style de vie, ou l’anti-pouvoir

José “Pepe” Mujica, 13 mai 2025:la sobriété devenue message politique

José Mujica meurt le 13 mai 2025, à 89 ans. Ancien président de l’Uruguay, ex-guérillero tupamaro, Mujica s’était imposé comme une figure morale mondiale par un paradoxe:un homme de pouvoir qui refusait les codes du pouvoir. Son mode de vie austère, son refus de la mise en scène, son discours sur la consommation et la dignité, ont fini par le transformer en personnage global, au-delà de l’Amérique latine.

Les débats autour de Mujica, après sa mort, ont montré une attente contemporaine:beaucoup cherchent, dans la politique, des figures qui paraissent cohérentes, même quand elles sont contestées. Mujica n’a pas été un saint; il a été un responsable public avec des choix, des réformes, des limites. Mais il a incarné une idée qui manque à beaucoup de démocraties:la politique comme responsabilité, pas comme accumulation.

Adnan Kassar, 2 mai 2025:une figure du monde des affaires libanais

Adnan Kassar meurt le 2 mai 2025, à 94 ans. Son nom renvoie à une période où le Liban se pensait comme place économique, commerciale, financière, connectée à la région. Il a été une figure du patronat et du monde des affaires, associé à des réseaux et à un style de capitalisme libanais d’avant l’effondrement.

Sa disparition, en 2025, agit comme un repère historique. Depuis la crise financière, la société libanaise a vu se déliter l’idée même de “modèle économique”. La mort de Kassar renvoie à un Liban qui se racontait encore comme hub, comme carrefour, comme pays de services et de commerce. La rétrospective n’a pas à mythifier cette période; elle peut constater que le pays ne dispose plus, aujourd’hui, d’un récit économique crédible, et que la disparition de figures de cette génération marque la fin d’un imaginaire.

AVRIL:le Vatican, l’autorité morale, la transition institutionnelle

Pape François, 21 avril 2025:une voix mondiale s’éteint, une institution se réorganise

Le pape François meurt le 21 avril 2025, à 88 ans, au Vatican. Le décès d’un pape est un rituel et une mécanique institutionnelle:il déclenche un calendrier, des procédures, un conclave. Mais, en 2025, la portée dépasse le catholicisme pratiquant, parce que François a occupé une place particulière dans la conversation mondiale.

Son pontificat a insisté sur les périphéries, les pauvres, les migrants, les victimes de guerre, les fractures sociales. Il a fait de l’écologie un sujet moral, a parlé de l’économie avec des mots de justice plutôt que de technique, et s’est parfois heurté à des résistances internes au Vatican. Il a aussi été une figure politique au sens large:non pas par partisanerie, mais parce que ses thèmes touchaient au cœur des conflits contemporains.

Sa mort ouvre une question que l’Église connaît bien, mais que le monde observe comme un test:la continuité peut-elle garder la force d’une voix? Le conclave et la succession répondent à la question institutionnelle. La rétrospective, elle, retient autre chose:la disparition d’un pape dont le style et les priorités avaient replacé l’Église au contact direct des tensions du siècle.

FÉVRIER:Hollywood, la mort d’un artisan du cinéma

Gene Hackman, février 2025:la disparition d’un acteur, et la fin d’une génération

Gene Hackman meurt en février 2025. Sa disparition marque la perte d’une figure majeure du cinéma américain, un acteur dont la force tenait moins à l’image glamour qu’à la densité de jeu. Hackman représentait une génération d’acteurs pour qui la crédibilité comptait plus que la pose, et pour qui l’interprétation était une forme de travail, pas un accessoire de célébrité.

Dans une année où les morts culturelles se multiplient, le décès de Hackman prend une valeur symbolique:il rappelle l’époque où Hollywood produisait des acteurs “de métier”, capables de porter des films par la seule précision de leur présence. En 2025, au moment où l’industrie audiovisuelle est fragmentée entre plateformes, franchises et formats, la disparition de ces artisans du grand écran renvoie à une histoire longue du cinéma.

JANVIER:un imaginaire s’éteint, le monde de l’art perd une boussole singulière

David Lynch, 16 janvier 2025:la mort d’un auteur, la fin d’une manière de voir

David Lynch meurt le 16 janvier 2025. Son décès est vécu comme une perte rare dans le monde de la création, parce que Lynch avait construit un univers immédiatement identifiable. Il ne s’agissait pas seulement de films ou de séries, mais d’une manière de représenter le trouble, la violence sourde, le rêve, l’inquiétude, l’Amérique et ses coulisses.

Une rétrospective 2025 retient de Lynch une idée simple:certains artistes inventent un langage. Et quand ce langage disparaît avec eux, le monde culturel mesure ce qu’il doit à ces inventions. Lynch a influencé bien au-delà du cinéma:la musique, la publicité, l’esthétique des images, la narration. Sa mort, au tout début de l’année, a agi comme une première cloche:2025 serait une année où des univers entiers s’éteindraient.

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